Fin de partie [Samuel Beckett]
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Fin de partie [Samuel Beckett]
4. La parole contre le néant

La lutte contre l'engloutissement s'effectue par la parole. Tantôt rare, interrompue, empêchée, tantôt prolixe, sous la forme de monologues imposés à l'interlocuteur, c'est elle qui crée un suspense dramatique paradoxal, puisque elle ne fait advenir aucun événement significatif.

Malgré tout, l'exercice de la parole reste la seule action possible, et le dialogue, même inefficace, tisse les liens, fussent-ils cruels, entre les êtres : quand Clov demande à Hamm à quoi il sert, ce dernier répond : « à me donner la réplique ». La complexité du dialogue tient à ses contradictions internes, qui peuvent donner une apparence d'absurdité — le terme « théâtre de l'absurde », trop vague, ne doit pas laisser croire qu'il n'y a là aucun sens à chercher — mais qui révèlent plutôt les failles profondes minant moins les relations humaines que les individus eux-mêmes. Clov a beau dire dix fois à Hamm : « je vais te quitter », il n'en fait rien. Le dialogue abolit de manière saisissante le principe de non-contradiction tenu pour un des piliers de la logique.