Oh les beaux jours [Samuel Beckett]
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Oh les beaux jours [Samuel Beckett]
3. La condition humaine

Le spectateur est saisi d'emblée par la tension entre la situation objectivement sordide de cette femme à moitié enterrée dans un lieu désert et son bavardage charmant et désuet, où elle fait l'inventaire de ses motifs de satisfaction. L'évocation par Winnie des passants qui la plaignent renvoie le spectateur à son statut ambigu de voyeur ému de pitié et forcé en même temps de reconnaître dans la situation du personnage la misère de sa propre condition. C'est sur cette contradiction que repose l'humour du texte et sa gravité philosophique.

Le thème principal de la pièce, comme le titre l'indique, est la perception du temps individuel : le passé est moins une dimension causale, explicative, que l'occasion du souvenir : « Oh le beau jour encore que ça aura été », dit Winnie dans un futur antérieur qui destine le présent à n'être que le passé qui sera évoqué demain. La vie se consume dans le discours qui est tenu sur elle, dans une communication illusoire où l'interlocuteur (Willie) ne sert qu'à renvoyer à celui qui parle son propre écho pour lui confirmer son existence.