Internationales ouvrières
Dans le menu Fichier, cliquez sur Imprimer.
Internationales ouvrières
3. IIe Internationale
1. Fondements de la IIe Internationale

En 1889, deux congrès socialistes ont lieu à Paris à l’occasion du centenaire de la Révolution française. L’un d’eux, inspiré par le Manifeste du parti communiste de Marx, constitue la IIe Internationale. Fédération de partis de masse, la nouvelle organisation ne se dote d’un bureau de coordination, le Bureau socialiste international (Bruxelles), qu’en 1900. Elle est conçue à l’origine comme un simple cadre pour des rencontres périodiques et non comme un organisme puissant et structuré à vocation révolutionnaire. Elle se réunit neuf fois à intervalles irréguliers avant la Première Guerre mondiale. La lutte des classes comme principe fondamental est adopté au congrès de Bruxelles de 1891. L’Internationale décide que le 1er mai sera chaque année un jour de manifestations internationales en vue de faire aboutir des revendications communes, dont, tout d’abord, la journée de huit heures (congrès de Zurich, 1893).

Les anarchistes sont exclus au congrès de Londres de 1896, laissant les marxistes, surtout allemands, maîtres incontestés du mouvement. Il s’agit d’une confédération de partis socialistes organisés pour conquérir le pouvoir politique dans les parlements nationaux sur une base locale et non plus spécifiquement ouvrière. L’expansion de la IIe Internationale se produit essentiellement en Europe. La propagande des partis socialistes, dont les cadres sont pourtant souvent des intellectuels, s’oriente en direction des ouvriers. À la veille de la Première Guerre mondiale, la IIe Internationale compte 3,5 millions d’adhérents. Elle se heurte, malgré son expansion, à d’importants problèmes internes.

2. Divisions internes et échec de la IIe Internationale

La IIe Internationale est profondément marquée par le débat qui sépare alors « réformistes » ou « révisionnistes » et « marxistes orthodoxes », c’est-à-dire révolutionnaires. Le réformisme se développe particulièrement en Allemagne, où il trouve ses principaux théoriciens. Il cherche à corriger ou à compléter la pensée de Marx en fonction de la nouvelle politique sociale de Guillaume II et de l’évolution économique marquée par le renversement de la conjoncture.

En 1899, le dirigeant socialiste allemand Eduard Bernstein publie son Socialisme théorique et Social-démocratie pratique, une révision des enseignements de Marx rejetant le concept de la révolution inévitable et proposant de collaborer avec les partis non marxistes pour faire progresser les acquis du socialisme. Il critique la « rigidité » du déterminisme historique et considère, contrairement à Marx (voir Marxisme), qu’il n’y a pas d’aggravation de la lutte des classes. Pour lui, une révolution comme la Révolution française n’est plus possible dans les pays développés. Il faut tendre la main aux bourgeois libéraux et introduire des fragments de socialisme dans le capitalisme. De nombreux marxistes français adoptent la même attitude. Ainsi, en 1899, le socialiste français Alexandre Millerand accepte un poste dans un cabinet non socialiste, celui de Pierre Waldeck-Rousseau. De même, Jean Jaurès se refuse à tout ramener à l’évolution économique et à la lutte des classes. De son côté, Karl Kautsky, chef de file des marxistes allemands orthodoxes, s’oppose aux vues de Bernstein.

Ce débat est la cause de profondes divisions et d’une certaine indécision quant à la politique à mener sur le terrain. Ainsi la grève générale est-elle rejetée par les socialistes allemands qui en dénoncent l’aspect anarchiste. De plus, l’Internationale ne prend pas de position ferme sur l’impérialisme et le nationalisme, en raison de l’évolution de la social-démocratie allemande, devenue favorable à la colonisation.

Un conflit parallèle mine les efforts de l’Internationale pour éviter une guerre européenne. Idéologiquement gagnés au pacifisme et à l’internationalisme, les socialistes européens ne peuvent accepter l’idée d’une défaite de leurs nations respectives, dans lesquelles ils constituent des sous-groupes reconnus. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate en 1914, les allégeances nationales se révèlent plus fortes que l’appartenance de classe, et la plupart des socialistes soutiennent l’effort de guerre de leurs gouvernements respectifs. L’Union sacrée, réalisée en 1914, entraîne la faillite de la IIe Internationale. Au lendemain de la guerre, plusieurs partis socialistes fondent une Internationale II et demie, rejetant la IIe Internationale qui ne s’est pas opposée au conflit mondial et la IIIe Internationale créée par les bolcheviks. Mais, dès 1923, ils se rapprochent de la IIe Internationale et fusionnent avec elle dans une Internationale ouvrière socialiste qui regroupe, durant l’entre-deux-guerres, les principaux partis socialistes d’Europe.