| Format recherche | Fellini, Federico | Format lecture |
| 1. | Présentation |
Fellini, Federico (1920-1993), scénariste et réalisateur italien.
Né à Rimini, sur la côte adriatique, Federico Fellini est issu d’une famille de la petite bourgeoisie. Amoureux de la bande dessinée américaine (Flash Gordon et surtout Mandrake, qu'il souhaitera plus tard, mais en vain, porter à l'écran) et du cirque, il passe son enfance entre rêve et ennui.
| 2. | Jeunesse |
Ayant quitté les siens à dix-huit ans pour s'installer à Florence, il travaille comme échotier et caricaturiste dans un périodique satirique édité par Nerbini, puis décide de tenter sa chance à Rome où il s’installe en 1939. Collaborateur régulier du journal Marc'Aurelio, il bénéficie de ce fait d'une belle réputation de dessinateur humoristique. C’est ce qui lui permet de travailler comme gagman pour les films interprétés par le comédien Macario (1902-1980) et de se lier d'amitié avec Aldo Fabrizi, qui lui permet de faire ses débuts comme scénariste de cinéma.
| 3. | Premiers pas au cinéma |
Dès 1942, Fellini travaille pour Mario Bonnard sur Avanti c'è posto (1942) puis sur Campo de’fiori (1942). Il écrit également le Diamant mystérieux (l'Ultima Carrozzella, 1942) de Mario Mattoli, avant de travailler au bureau des projets dans la société de production de Roberto Rossellini. Il rédige dans le même temps des textes pour la radio et rencontre à cette occasion Giulietta Masina qu'il épouse en 1943.
Roberto Rossellini l'entraîne dans la mouvance du néoréalisme en le faisant participer à l’écriture de Rome ville ouverte (Roma città aperta, 1945), puis de Paisa (Paisà, 1946), du Miracle (sketch de l'Amore, 1948), dont il est aussi l’un des interprètes, des Onze Fioretti de François d'Assise (Francesco, giullare di Dio, 1950) et d’Europe 51 (Europa 51, 1952).
Il travaille également avec Pietro Germi et surtout Alberto Lattuada pour le Crime de Giovanni Episcopo (il Delitto di Giovanni Episcopo, 1947) et Sans pitié (Senza pietà, 1948), avant de cosigner avec ce dernier la mise en scène des Feux du Music hall (Luci del varietà, 1951), une œuvre nostalgique et baroque qui tranche avec le néoréalisme de l'époque et annonce ses futurs chefs-d'œuvre par le choix du thème et par le goût de l'insolite.
| 4. | Premiers films |
En 1952, Fellini réalise Courrier du Cœur / le Scheik blanc (lo Sceicco bianco), une satire décapante du milieu du roman-photo, univers qu'il connaît bien pour y avoir travaillé autrefois, puis les Vitelloni (i Vitelloni, 1953), chronique à la fois tendre et amère d’un groupe de jeunes provinciaux désœuvrés. Il collabore ensuite à un film collectif, l'Amour à la ville (l'Amore in città, 1953) avec le sketch Un’agenzia matrimoniale) qui entérine son éloignement du néoréalisme vers un univers ludique et onirique, ce que confirme son mélodrame populaire, la Strada (1954), fable poétique et cruelle qui révèle au monde le talent de Giulietta Masina et assure une gloire internationale à son auteur.
Après un film caustique sur une bande d'escrocs déguisés en prêtres, il Bidone (1955), il écrit avec Ennio Flaiano et Pier Paolo Pasolini les Nuits de Cabiria (le Notte di Cabiria, 1957), chronique déchirante où Giulietta Masina incarne une prostituée pathétique. Ce film semble marquer un retour vers la doctrine du néoréalisme, bien qu’il demeure très personnel dans sa forme.
Après trois années de silence, Fellini obtient la palme d'or au festival de Cannes avec la Dolce Vita (1960), une dérive poétique, sans concessions ni complaisance, dans le milieu de la grande bourgeoisie romaine, à la fois riche et désœuvrée.
| 5. | Un poète inclassable |
Le succès international de la Dolce Vita permet désormais à Fellini d'imposer toutes ses vues artistiques aux producteurs. Il commence par tourner un sketch de Boccace 70 (Boccaccio 70, 1962), le Tentazioni del dottore Antonio, fable sur les obsessions d'un homme frustré et satire virulente et cocasse de la publicité. Cette œuvre marque son éloignement de l’écriture cinématographique classique, et on y décèle l’influence des écrits de Calvino et de Buzzati.
Il se livre ensuite à une réflexion sur le monde du cinéma et sur la création artistique avec Huit et demi (Otto e mezzo, 1963) où Marcello Mastroianni incarne un réalisateur italien très proche de Fellini lui-même. L'œuvre, mise en musique par Nino Rota, brasse les angoisses, les fantasmes, les souvenirs et les délires érotiques de son auteur dans une structure éclatée qui se refuse à toute narration linéaire. Quoique très expérimental, ce film connaît un succès sans précédent. Son œuvre suivante, Juliette des esprits (Giulietta degli spiriti, 1965), pourtant fondée sur le même principe de la fable onirique et écrite pour son épouse Giulietta Masina, est en revanche un échec commercial et critique.
Rencontrant des difficultés dans le financement de ses projets, il signe un sketch des Histoires extraordinaires (Tre Passi nel delirio, 1968) intitulé Toby Dammit ou Il ne faut jamais parier sa tête avec le diable, qui impressionne beaucoup par sa volonté d'irréalisme et son onirisme flamboyant et macabre. Bien que court, ce film a influencé l’esthétique visuelle des années quatre-vingt — cinéma, clip et publicité confondus.
Fellini peut ensuite tourner Satyricon (Fellini Satyricon, 1969), d'après l'œuvre de Pétrone, et laisser libre cours à la démesure de son imaginaire, peuplé de « monstres féminins » (déjà présents dans son œuvre antérieure), de délires sensuels et de fantômes en tous genres. Baroque, cauchemardesque et d'une imparable beauté plastique, le film a obtenu un réel succès.
| 6. | Regards sur l'enfance et l'adolescence |
Considéré désormais comme un des cinéastes les plus créatifs du monde, Fellini décide de se plonger dans le souvenir de ses émotions d'enfant en réalisant un documentaire très personnel sur le cirque, les Clowns (i Clowns, 1970), dont la facture onirique reflète une nouvelle fois son goût pour la poésie et la magie du spectacle populaire.
Il réalise ensuite Fellini Roma (1972), hymne pittoresque et lyrique à la ville de Rome, qui n'a pour ligne directrice que le fil de ses souvenirs et la puissance de ses fantasmes, où il mélange reconstitutions nostalgiques et visions futuristes avec une verve poétique qui n’appartient qu’à lui. Conforté par l’intérêt que lui prête à nouveau le grand public, il continue d’explorer le monde des souvenirs avec Amarcord (1973), chronique foisonnante et satirique d’une petite ville de province dans les années trente, qui enthousiasme le public par sa liberté de ton.
| 7. | Parades |
Il s’attaque ensuite à un projet ambitieux, Casanova (Il Casanova di Federico Fellini, 1976), librement adapté des Mémoires de Giacomo Casanova, une œuvre également orgiaque par ses moyens financiers et sa surabondance de visions et de trouvailles baroques, qui déconcerte la critique et le public car la biographie du célèbre séducteur s’y trouve réduite à une démentielle galerie de monstres et d’automates.
Il réalise peu après un petit film atypique sur la musique, Répétition d'orchestre (Prova d'orchestra, 1978), très noir mais aussi plein d’une drôlerie qui évoque le « slapstick » américain du temps du muet, puis une métaphore apocalyptique et sombre, la Cité des femmes (la Città delle donne, 1980) qui témoigne de son pessimisme et de son inquiétude sur le monde moderne et les rapports humains. Et vogue le navire (E la nave va, 1983), récit allégorique plein d’expérimentations formelles, retrouve quant à lui une certaine légèreté de ton.
| 8. | Règlements de comptes |
De moins en moins soutenu par le public, Fellini en vient à accuser la télévision d'être responsable de l'abêtissement des spectateurs et tourne à ce sujet un pamphlet avec Marcello Mastroianni et Giulietta Masina, Ginger et Fred (Ginger e Fred, 1986). Drôle et pathétique, c'est le récit de deux anciennes stars du music-hall invitées à s'exhiber sur le plateau d'une télévision privée. La fable grinçante et sentimentale retrouve ici les bases du néoréalisme, tant par l'analyse sociale et économique d'un milieu que par la mise en lumière d'une réalité aliénante.
Fellini tourne ensuite Intervista (1987), son testament cinématographique et une réflexion désabusée sur le métier de cinéaste et sur le temps qui passe, puis revient une dernière fois à ses merveilleux fantasmes dans la Voce della luna (1990), une promenade sentimentale et hallucinée dans un no man's land poétique et inquiétant, avec l’acteur Roberto Benigni.