| rime | Format lecture | ||||
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| 4. | La rime et le sens |
Aragon exagère peu quand il dit que « l'écriture du vers commence par le mot essentiel appelé rime ». C'est littéralement le cas dans le bout-rimé, poème écrit sur des rimes imposées. Baudelaire, quant à lui, est capable de construire un pantoum sur deux rimes (tige / vertige, afflige / fige / vestige, et encensoir / soir, reposoir / noir / ostensoir) dont les sons vocaliques sont réunis dans le titre (« Harmonie du soir »).
Du point de vue du sens, on observe que les mots qui riment l'un avec l'autre en fin de vers sont mis en position d'équivalence : « la rime trace un chemin entre les mots ‘...’, fait percevoir entre eux une nécessité » (Aragon).
Comme il y a un lexique d'auteur (l'ensemble de ses mots préférés qui condensent son univers littéraire), il y a peut-être un dictionnaire des rimes propres à chaque auteur (rime gloire / mémoire chez Corneille, rime sur ombre chez Hugo, par exemple).
À l'époque contemporaine, la rime est menacée avec l'apparition du vers libre et attaquée par les surréalistes comme relevant d'une tradition qu'ils rejettent (« la rime est une paire de claques », écrivent Éluard et Aragon). Mais elle resurgit dans l'« écriture automatique » sous la forme de rime intérieure (ou paronomase) : on retrouve là le procédé fondamental de la comptine, du proverbe ou du slogan (« Beaux corps sur le billard, vous serez peaux sur le corbillard », Desnos). C'est Aragon qui remet en honneur (comme acte de résistance à l'Allemagne nazie) la poésie nationale rimée ainsi que le raffinement formel du lyrisme médiéval (les Yeux d'Elsa, 1942). (Voir aussi versification.)