Inquisition
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Inquisition
3. L’Inquisition espagnole
1. Un redoutable instrument d’État…

L’Inquisition espagnole est instituée en 1478 à l’initiative des Rois Catholiques Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille, qui ont reçu du pape Sixte IV le pouvoir de nommer personnellement trois inquisiteurs sur leurs terres. Initialement, l’Inquisition espagnole doit se consacrer exclusivement à la question des marranes (juifs convertis soupçonnés de relaps). Toutefois, dès 1502 — la Reconquista chrétienne de la péninsule venant de s’achever (1492) —, elle prend en charge le procès des morisques (musulmans convertis soupçonnés de relaps) puis, à partir de 1520, elle intègre à ses compétences l’instruction des individus suspectés de protestantisme.

De surcroît, quelques années après la création de l’Inquisition, la papauté en confie le contrôle total aux souverains. Et en 1483, le Conseil de l’Inquisition suprême et général (tribunal connu sous le nom de Suprema) est créé, unique institution d’Espagne (non encore unifiée) ayant alors compétence sur toute la péninsule. Ainsi, l’Inquisition espagnole devient-elle plus un instrument de l’État que celui de l’Église, bien qu’elle demeure dirigée par des dominicains.

Les procédures de la Suprema sont semblables à son équivalent médiéval. Devenue le symbole de la cruauté et de l’obscurantisme, l’Inquisition espagnole établit plus de 100 000 accusations en dix-sept ans d’activité sous la seule tutelle de Tomás de Torquemada (le plus célèbre des Grands Inquisiteurs), dont 2 000 condamnations à mort. Néanmoins, grâce à son organisation rigoureuse et au soutien que lui accordent les monarques espagnols, en particulier Philippe II, elle a un impact inégalé sur la religion, la politique et la culture de l’Espagne.

2. … qui fait école

Dans les colonies espagnoles du Mexique et du Pérou, le Grand Inquisiteur et son tribunal ont autorité sur les tribunaux locaux, qui ont plus affaire à la sorcellerie qu’à l’hérésie. En 1517, les Espagnols installent l’Inquisition en Sicile (mais échouent à Naples et à Milan). En 1522, elle est établit aux Pays-Bas espagnols par Charles Quint, mais ne parvient pas à y juguler le protestantisme. Par ailleurs, dans de nombreux pays protestants, il existe des institutions similaires dans la répression à l’Inquisition espagnole, tel le consistoire de Genève à l’époque de Jean Calvin. Suspendue durant la période napoléonienne (1808-1814), l’Inquisition espagnole est définitivement supprimée en 1834.

Les Portugais instaurent également l’Inquisition en 1531, à l’initiative du roi Jean III le Pieux ; suspendue à plusieurs reprises à ses débuts, elle est définitivement établie en 1547. Indépendante comme en Espagne, mais plus terrible encore que sa consœur, l’Inquisition portugaise est active jusqu’en 1788, et officiellement abolie en 1822.