| Eliot, T. S. | Format lecture | ||||
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| 3. | La théorisation critique |
Dès ses débuts de poète, Eliot exerce parallèlement une activité de critique littéraire, d’abord au périodique Egoist (de 1917 à 1919), puis pour la revue Criterion, qu’il fonde en 1922 et dont il remplit la fonction de rédacteur en chef durant ses dix-sept années d’existence. À l’inverse de ceux qui privilégient les impressions personnelles, il défend l’objectivité de la critique. Son influence touche également le domaine de la publication : entré chez l’éditeur Faber & Faber en 1925, il finit par en prendre la direction, donnant leur chance à de jeunes talents (Auden, Spender…). Il se lie par ailleurs avec Ezra Pound et rencontre les écrivains et intellectuels anglophones les plus connus de l’époque : Woolf, Joyce, Yeats.
La conciliation opérée par Eliot dans ses poèmes entre immobilité et mouvement se retrouve dans ses prises de position plus théoriques : le critique est en effet convaincu de l’importance du « sens historique » dans la poésie et croit à une harmonie possible, quoique ambiguë, entre la tradition et ce qui la modifie. En outre, de même que les poèmes d’Eliot mettent en pratique le détachement, ses ouvrages critiques (Tradition and Individual Talent, 1919 ; Rhetoric and Poetic Drama cinq ans plus tard, etc.) affirment la distance entre l’émotion née de la création et son créateur, par une sorte d’autonomie de l’œuvre, une économie propre : « L’artiste sera d’autant plus parfait que l’homme qui souffre et l’esprit qui crée seront plus complètement séparés en lui ; et l’esprit digérera et transmuera d’autant plus parfaitement les passions qui sont son élément. » (Tradition and Individual Talent.)
Même si son influence directe sur la création poétique s’est estompée, Eliot n’a cessé, depuis sa mort, de fournir une abondante matière aux commentateurs. Les 434 vers elliptiques de la Terre vaine et son apparat critique, ajouté par l’auteur, restent la source d’interprétations nombreuses liées aux thèmes abordés : la légende du Graal, la faillite puis la rédemption de la société… Ainsi, après avoir été préoccupé toute sa vie par les questions relatives au temps, c’est peut-être dans ce legs, figé mais générateur de nouveauté, qu’Eliot a trouvé ce qu’il appelait « the still point of the turning world », l’harmonie entre mouvement et repos.
T. S. Eliot a obtenu le prix Nobel de littérature en 1948.