| Eliot, T. S. | Format lecture | ||||
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| 2. | Une poésie en quête de détachement |
Né à Saint-Louis (Missouri), brillant étudiant à Harvard puis intellectuel nomade, Thomas Stearns Eliot, dit T. S. Eliot, s’installe à Londres au début de la Première Guerre mondiale. Il opte en 1927 pour la nationalité britannique.
Influencé par les symbolistes français, notamment Laforgue, Eliot s’essaie, étudiant, à la poésie. Sa première grande pièce, le Chant d’amour de J. Alfred Prufrock (The Love Song of J. Alfred Prufrock, 1915), publiée en 1915, laisse deviner les fondements de sa poétique, développée plus tard dans Prufrock et autres observations (Prufrock and Other Observations, 1917), puis surtout dans la Terre vaine (The Waste Land, 1922) et Quatre Quatuors (Four Quartets, 1943).
L’univers de ces poèmes se révèle sordide (le quotidien, dans ses premiers écrits), désolé (comme peut l’être l’Europe, terre dévastée au lendemain de la Première Guerre mondiale) ou tourmenté (celui des Quatuors composés entre 1935 et 1942). Les méditations et la réflexion naissent dans ce cadre, dominées par la distance et la dépersonnalisation. Dans un vers à la rime nette, dont le rythme oscille entre mouvement et immobilité (la « vie même du vers » se situe, selon Eliot, dans « ce contraste entre la fixité et le flux »), le sujet se trouve objectivé par la technique de composition. L’un des éléments principaux de la poétique d’Eliot est en effet la recherche du détachement, ce que le poète appelle « l’impersonnalité ».
C’est également à partir du rythme poétique qu’Eliot compose son théâtre. Parti d’un certain lyrisme avec Meurtre dans la cathédrale (Murder in the Cathedral, 1935), il opte par la suite pour un langage de plus en plus épuré au fil de ses créations (dont Cocktail Party, en 1949), jusqu’à la dernière, Fin de carrière (The Elder Statesman, 1959), de manière telle que le spectateur ne s’aperçoit pas immédiatement qu’il voit jouer une pièce écrite en vers : le public est ainsi imprégné à son insu de la substance poétique. Eliot publie pour la scène après sa conversion à l’anglicanisme en 1927 ; de fait, la composante religieuse se retrouve dans cette partie de son œuvre : confrontés à un dilemme, les héros peuvent, s’ils opèrent le bon choix, trouver la grâce.