Compagnie de Jésus
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Compagnie de Jésus
3. Historique

Lorsque Ignace de Loyola constitue son groupe, il veut surtout partir en Terre sainte afin de convertir les musulmans, mais la guerre avec les Turcs Ottomans rend impossible ce voyage. Les membres de l'ordre soumettent une proposition au pape : ils s'engagent à partir comme missionnaires là où le pape les enverra. Une fois la constitution ratifiée, Ignace de Loyola est élu premier préposé général de l'ordre.

La Compagnie se développe rapidement. Ses membres s'impliquent énormément dans la Contre-Réforme, construisant écoles et collèges dans toute l'Europe. Pendant cent cinquante ans, ils vont dominer l'enseignement européen. Vers 1640, ils gèrent plus de 500 collèges en Europe, plus de 650, un siècle plus tard, sans compter que l'ordre a la charge totale ou partielle de 24 universités et qu'il instaure plus de 200 séminaires et maisons d'études pour ses membres. L'enseignement dispensé par les jésuites pendant la Contre-Réforme a pour objet de renforcer le catholicisme menacé par l'expansion protestante. Les cours pour laïcs s'adressent surtout aux nobles et aux riches, même si l'ordre dirige des écoles techniques et, dans les pays de mission, des établissements scolaires pour les moins fortunés.

Les missions jésuites prennent aussi beaucoup d'importance. Saint François-Xavier en installe en Inde (à Goa) et au Japon, et d'autres sont établies en Chine (à partir de Macao) où, le 24 janvier 1601, Matteo Ricci est le premier missionnaire — depuis l’époque de Marco Polo (dynastie mongole des Yuan) — à être admis définitivement à Pékin. La correspondance des missionnaires jésuites constitue à cet égard un témoignage (tant ethnologique, historique que scientifique) unique et d’une valeur exceptionnelle, dont l’influence est notable sur la philosophie des Lumières (sur Voltaire en particulier). Cette correspondance a été rassemblée et publiée en France de 1702 à 1776 sous le titre Lettres édifiantes et curieuses.

Dans le Nouveau Monde (plus particulièrement dans les provinces sud-américaines), l’œuvre la plus importante que les jésuites ont réalisée est sans conteste l'établissement de réductions (communautés amérindiennes dirigées par les jésuites). Pendant près de deux siècles, ceux-ci gouvernent jusqu'à trente-huit villages d'Amérindiens, ce qui représente un total de 160 000 personnes environ. Ces réductions sont placées sous l'autorité spirituelle et temporelle de prêtres jésuites, et les Amérindiens qui y vivent apprennent l'agriculture, la mécanique et le commerce. Une petite armée est également formée pour défendre les villages. Les communautés du Paraguay sont un modèle du genre.

L'histoire de la Compagnie de Jésus est marquée par la montée régulière des hostilités qu'elle a suscitées, surtout dans les pays catholiques, et plus particulièrement au Portugal, sous le marquis de Pombal. C’est que les chefs d'État et gouvernants de ces pays ne supportent pas l’entier dévouement des jésuites à la seule autorité du pape, et le clergé (dont les jansénistes) leur reproche leur engouement trop ouvertement affiché pour les réformes ecclésiastiques, ainsi que leur art subtil de l’inculturation dans les pays de mission (Querelle des rites). À un moment ou à un autre de leur histoire, chaque pays d'Europe a expulsé l'ordre, dont la France (suppression le 7 avril 1762 de la Compagnie par le Parlement de Paris, avec l’aval du roi Louis XV).

En 1773, une coalition de puissances, sous l'influence des Bourbons, pousse le pape Clément XIV à dissoudre l’ordre des clercs réguliers de la Compagnie de Jésus (bref Dominus ac Redemptor du 21 juillet 1773). Frédéric II, roi de Prusse, et Catherine II, impératrice de Russie, qui ne cachent pas leur admiration pour l'enseignement et l'érudition jésuites, refusent de donner à cette décision la diffusion nécessaire. C'est ainsi que dans ces deux pays, l'ordre survit sous forme d'organisations locales jusqu'au 7 août 1814, date à laquelle la compagnie est rétablie par le pape Pie VII.