mime et pantomime
Dans le menu Fichier, cliquez sur Imprimer.
mime et pantomime
3. Époque moderne

Progressivement, la scène initiale, ou pantomime, devint plus longue et plus importante que l’arlequinade, en particulier dans le développement apporté au début du XIXe siècle par l’acteur Joseph Grimaldi, excellent acrobate qui inventa des tours et une mécanique scénique, et qui créa le personnage du clown absurde Joey. La pantomime devint un spectacle costumé au jeu de scène complexe, fondé sur des contes de fées, incluant chant, danse, acrobaties, dialogues et d’autres éléments empruntés au music-hall anglais.

Le mime moderne évolua vers un art totalement muet, où la signification est donnée uniquement par les gestes, le mouvement et l’expression. Il fut élevé au plus haut niveau artistique au XIXe siècle par Jean-Gaspard Deburau, qui reprit un ancien personnage de la commedia dell’arte, Pierrot, le clown éperdument amoureux. Au XXe siècle, le mime servit à la recherche sur le jeu corporel de l’acteur, exploré entre autres par Meyerhold, Craig, Appia, Copeau, Artaud, Brecht et Grotowski. En France, l’acteur Étienne Decroux (1898-1991), qui étudia les composantes du langage corporel, arracha le mime à une tradition d’imitation dépassée ; parmi ses élèves figurent Jean-Louis Barrault, qui immortalisa Deburau dans le film de Marcel Carné, les Enfants du paradis (1945), et Marcel Marceau, qui créa le personnage de Bip.

Le mime permettait aux comédiens qui jouaient dans les films muets du début du XXe siècle, en particulier Charlie Chaplin et Buster Keaton, de faire progresser le récit et on retrouve l’association d’origine avec la danse chez des artistes comme Maguy Marin, Pina Bausch, Joseph Nadj.

L’école de Jacques Lecoq a largement contribué au développement du mime, dont la place n’est pas encore reconnue à sa juste mesure, alors que la plupart des artistes contemporains se nourrissent d’expériences croisées entre la danse, le mime, le théâtre en prose. La pièce sans paroles de Peter Handke,L’heure où nous ne savions rien l’un de l’autre (1992), est une véritable pantomime moderne, qui met en scène une multiplicité de situations. Le mime a permis d’explorer les possibilités d’abstraction au théâtre, comme en témoignent le spectacle de Bob Wilson le Regard du sourd, qui créa l’événement au festival de Nancy en 1972, la pièce de Tadeusz Kantor, Classe morte, ou le mouvement japonais Buto. Élément enrichissant du théâtre occidental, le mime contribue aujourd’hui à limiter la prépondérance souvent exorbitante du texte par la mise en scène des corps et du mouvement.