impressionnisme (art)
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impressionnisme (art)
5. La ville et la réalité immédiate

La ville, berceau de la modernité, attire en effet les impressionnistes, qui lui consacrent certaines de leurs meilleures toiles. La plupart parviennent à saisir à la fois l’agitation trépidante de la rue et sa lumière propre en d’audacieux raccourcis. C’est encore Monet qui explore le mieux cette modernité des paysages urbains en choisissant de peindre la Gare Saint-Lazare (1877, musée d’Orsay, Paris), thème qui lui inspire sept toiles, qui inaugurent ses célèbres séries futures (les Cathédrales, les Meules, les Nymphéas). Aux fumées des villes, Renoir préfère la figure humaine, à laquelle il applique les principes de l’impressionnisme. En 1876, il réalise trois œuvres remarquables, toutes trois conservées au musée d’Orsay : le Bal au moulin de la Galette, scène populaire et campagnarde, la Balançoire et Étude; torse, effet de soleil (musée d’Orsay, Paris), que les critiques n’hésitent pas à qualifier d’« amas de chair en décomposition ». Quant à Degas, pourtant principal animateur des expositions impressionnistes, il n’adhère au mouvement qu’au nom de la liberté de peindre, préférant de très loin au plein air « ce que l’on ne voit plus que dans sa mémoire ». « Il vous faut une vie naturelle ; à moi la vie factice », explique-t-il à Pissarro. Pourtant, qu’il utilise l’huile ou le pastel, ses thèmes s’avèrent résolument modernes lorsqu’il montre le monde animé des champs de courses et celui de l’Opéra, les cafés, les boutiques de repasseuses et de modistes. Autant de prétextes à rendre le mouvement par la décomposition des gestes, l’espace par d’ingénieux cadrages, et à varier enfin à l’infini les effets chromatiques.

À l’issue d’une décennie héroïque — 1870-1880 — et alors que le mouvement commence à être reconnu, la spontanéité impressionniste s’essouffle : Pissarro et Renoir, entre autres, commencent à en pressentir les défauts, et la manière de chacun, désormais parvenue à maturité, poursuit son évolution propre. Simultanément, à l’orée des années 1880, débutent de nouvelles recherches esthétiques, certes issues de l’impressionnisme, mais souvent en réaction contre une déclinaison abusive de ses préceptes.