Tchécoslovaquie
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Tchécoslovaquie
3. La Ire République (1918-1938)
1. La création d’un nouvel État

La défaite de l’Autriche-Hongrie face aux Alliés, en 1918, précipite les événements. Le 28 octobre, la république est proclamée à Prague. Le 31, un gouvernement provisoire d’union nationale reconnu par les Alliés s’installe dans la capitale, et Tomáš Masaryk est proclamé président. Deux présidents — Tomáš Masaryk (de 1918 à 1935), qui se retire en raison de son grand âge, et Edvard Beneš (de 1935 à 1938) — se sont succédé à la tête de cette Ire République tchécoslovaque.

Les frontières sont définies au traité de Saint-Germain (10 septembre 1919), puis revues au traité de Trianon (4 juin 1920). La partie tchèque de la république comprend la Bohême, la Moravie, la Silésie autrichienne et les Sudètes. La Slovaquie, ancienne dépendance de la Hongrie, étend sa frontière au sud pour bénéficier d’une ouverture sur le Danube et à l’est, en Ruthénie.

La Constitution de 1920, qui établit une république parlementaire centralisée, inspirée du modèle français, fait figure d’exception en Europe centrale. Les députés sont élus au suffrage universel et les droits de l’homme sont garantis. Cependant, l’extrême éclatement de la représentation parlementaire impose la constitution de gouvernements de coalition autour du Parti agrarien pendant presque toute la période. Les groupes extrémistes de droite et de gauche, y compris le mouvement fasciste et le Parti communiste (créé en 1921), n’obtiennent jamais une réelle influence.

Les territoires nouvellement acquis et les ressources industrielles héritées de l’Empire austro-hongrois font de la Tchécoslovaquie un pays relativement prospère. Une monnaie stable et un programme modéré de redistribution des terres lui permettent de surmonter la crise économique de l’après-guerre, mais la crise économique de 1929 provoque une chute de 40 % de la production industrielle en quatre ans.

2. Une mosaïque ethnique

Le tracé des frontières ne tient pas compte du peuplement et porte en germe de lourds conflits avec les pays voisins. La Tchécoslovaquie comprend deux tiers seulement de nationaux, le reste étant composé d’Allemands (22 %, surtout dans les Sudètes), de Hongrois (5 %, en Slovaquie et Ruthénie), de Polonais (1 % du territoire de Teschen) et d’Ukrainiens (Ruthénie).

Les droits des minorités sont respectés (aucune plainte n’est déposée avant 1938 devant la commission des minorités de la Société des Nations), contrairement à ce qui se passe dans les pays voisins, mais certains groupes de populations ont manifesté leur réticence à intégrer le nouvel État dès sa fondation. Les Allemands des Sudètes, en particulier, ont émis le souhait d’être incorporés au puissant voisin. Les revendications des Ukrainiens et des Hongrois vont également constituer une menace de plus en plus sérieuse pour le jeune État.

En outre, les relations entre Tchèques et Slovaques se dégradent rapidement. En 1918, Tomáš Masaryk a signé l’accord de Pittsburgh avec des émigrants slovaques aux États-Unis, garantissant à la Slovaquie un statut autonome dans le futur État commun. Cependant, la constitution de 1920 proclame que la Tchécoslovaquie est l’État unique et centralisé d’un seul « peuple tchèque » parlant « la langue tchèque ». Les Slovaques sont également indignés par l’attitude condescendante des Tchèques, plus urbanisés et plus industrialisés, qui ont la mainmise sur le gouvernement et la plupart des administrations, même en Slovaquie. Leur catholicisme fervent s’offense de l’hostilité qui existe entre le gouvernement et le Vatican. Le Parti populiste slovaque de l’abbé Hlinka, sous l’influence croissante de Mgr Jozef Tiso, adopte des positions de plus en plus autonomistes et fascisantes, et remporte la moitié des suffrages en Slovaquie, en 1932.

3. La mise en place d’alliances diplomatiques

La question des minorités et ses implications en politique étrangère constituent une menace de plus en plus sérieuse pour la jeune république, favorable au statu quo. Effrayée par les projets révisionnistes de ses voisins allemands, autrichiens, hongrois et polonais, elle cherche à garantir sa sécurité par le biais d’accords, d’alliances militaires et de traités de coopération. Entre 1920 et 1922, elle forme la Petite Entente avec la Roumanie et la Yougoslavie (qui s’en retire en 1936). Soucieuse de se ménager l’appui d’une grande puissance, elle signe en 1925 un traité d’assistance militaire avec la France. En 1935, elle conclut un pacte défensif avec l’URSS, dont la mise en application est subordonnée au respect des engagements français.

4. Le choc des accords de Munich

Les divisions internes combinées aux menaces externes vont causer la disparition de la République tchécoslovaque. En 1933, l’arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne replace au premier plan la question des trois millions d’Allemands des Sudètes. Deux ans plus tard, le parti pronazi de Konrad Henlein obtient près d’un tiers des suffrages de l’électorat allemand.

Après l’annexion de l’Autriche par Adolf Hitler, le 12 mars 1938, tous les partis politiques allemands de Tchécoslovaquie, à l’exception des sociaux-démocrates, quittent le gouvernement. Encouragé par Hitler, Konrad Henlein rassemble ses revendications dans le programme en huit points, de Karlsbad (ou Karlovy Vary) en avril 1938. Son exigence d’une autonomie complète des Sudètes dans un État fédéraliste est d’abord repoussée par Prague, malgré les pressions des Français et des Britanniques. Quand le président Edvard Beneš accepte finalement (4 septembre), grâce à la médiation de Lord Runciman, Konrad Henlein rompt les négociations et déclenche une vague d’attentats. Réfugié en Allemagne, il demande le rattachement des Sudètes au IIIe Reich. Le 12 septembre, Adolf Hitler prononce un discours très violent à l’égard de la Tchécoslovaquie. Cherchant à éviter la guerre, le Premier ministre britannique Neville Chamberlain rencontre le Führer à Berchtesgaden (15 septembre), et accepte le principe d’une cession des Sudètes. Les Français, plus hésitants en raison du traité qui les lie, tombent d’accord avec Londres pour encourager Prague à accepter. Les nouvelles exigences formulées par l’Allemagne (22 septembre) accroissent la tension et provoquent la mobilisation en France. À la demande du Britannique Chamberlain, une conférence réunissant Édouard Daladier (France), Adolf Hitler (Allemagne) et Benito Mussolini (Italie) est organisée à Munich, les 29 et 30 septembre. N’ayant pas été convié, le Premier ministre tchécoslovaque Syrovy est placé devant le fait accompli.

Les accords de Munich, entrés en vigueur dès le 1er octobre 1938, enlèvent à la Tchécoslovaquie un territoire de 30 000 km², peuplé de 3 millions d’habitants et lui fait perdre ses fortifications, ses défenses naturelles ainsi que d’importantes ressources économiques.

Profitant de l’affaiblissement de Prague, la Pologne et la Hongrie lancent des ultimatums concernant la cession des territoires frontaliers contestés. Dès le 30 septembre, la Pologne annexe le territoire de Teschen. À la suite de l’arbitrage italo-allemand (2 novembre), la Hongrie récupère le sud de la Slovaquie. En un mois, la Tchécoslovaquie a perdu 4,8 millions d’habitants, dont un quart sont Tchèques et Slovaques, un tiers de ses territoires et un quart de son potentiel industriel.