| Format recherche | Fonds monétaire international [FMI] | Format lecture |
| 1. | Présentation |
Fonds monétaire international [FMI], institution financière internationale dépendant de l’Organisation des Nations unies (ONU) qui a pour objectif de réguler les désordres monétaires internationaux.
La création du Fonds monétaire international (FMI) en 1945 répond au constat fait par l’ensemble des gouvernements composant ce que l’on n’appelait pas encore la communauté internationale : les dérèglements monétaires et les crises financières ont joué un rôle aggravant dans le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Au lendemain du conflit, il semble donc nécessaire de donner les moyens à une organisation supranationale de prévenir, et le cas échéant de réguler, les fluctuations du système monétaire international. Il s’agit de faire du FMI un « gendarme de la prospérité » chargé de promouvoir la coopération monétaire internationale par le développement du commerce transfrontalier. Si ces objectifs conservent de nos jours, et avec une acuité certainement encore plus grande, toute leur importance, il n’en reste pas moins vrai que le FMI est au cœur de la problématique qui a trait à la nécessité d’une gouvernance mondiale en matière financière. La globalisation des marchés, la mondialisation des économies, la libéralisation des échanges sont autant de mouvements qui, de nouveau, replacent au centre des interrogations la nécessaire question de la régulation et, partant, du rôle du FMI et des moyens dont il dispose.
| 2. | Les origines et les missions du FMI |
Le Fonds monétaire international (FMI) voit le jour en décembre 1945 après que les 29 premiers États membres ont procédé à la ratification des statuts élaborés lors de la Conférence monétaire et financière de Bretton Woods (juillet 1944) — au cours de laquelle ceux de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD ou Banque mondiale) ont également été formulés.
Le FMI s’assigne dès sa création de multiples objectifs : promouvoir la coopération monétaire internationale et œuvrer en faveur d’une croissance équilibrée des échanges commerciaux transnationaux, par la mise en place d’un régime de paiements multilatéral des transactions courantes, dans un cadre général de suppression des entraves au développement du commerce international. Le FMI est une institution conçue pour permettre aux États membres de gérer collectivement les désordres relatifs au déséquilibre des paiements internationaux. Pour ce faire, ils s’engagent à maintenir la parité de leur monnaie dans un système de change fixe qui reste en vigueur jusqu’en 1971, date à laquelle le gouvernement américain suspend la convertibilité du dollar en or. Le FMI conseille les pays membres en matière de politiques économique et fiscale, encourage la coordination des politiques à l'échelle mondiale et procure une assistance technique aux banques centrales et en matière de comptabilité, de fiscalité et autres questions financières.
Mais, ce n’est pas là sa seule tâche : le FMI est également un fonds dont l’objet est d’accorder des crédits aux pays qui connaissent des difficultés pour maintenir l’équilibre de leur balance des paiements ou qui sont destinés à financer des politiques d’ajustement et de réforme macro-économique.
| 3. | L’administration du FMI |
Le FMI, dont le siège se trouve à Washington (États-Unis), est une institution qui est responsable devant ses 184 États membres (en 2003).
| 1. | Le conseil des gouverneurs |
Le conseil des gouverneurs constitue la plus haute autorité du FMI, au sein de laquelle l’ensemble des pays membres sont représentés. Chaque État y nomme un gouverneur (le plus souvent, il s’agit du ministre des Finances ou, à défaut, du gouverneur de la banque centrale) ainsi qu’un suppléant. Le conseil se réunit une fois par an au cours de l’assemblée générale du FMI. Ses membres sont également amenés à siéger en comité, qu’il s’agisse du comité monétaire et financier ou du comité du développement qui traite des questions intéressant plus spécifiquement les pays en développement, instances qui siégent deux fois par an.
| 2. | Le directeur général et le conseil d’administration |
Sous la présidence du directeur général, les vingt-quatre membres du conseil d’administration se réunissent trois fois par semaine. Les cinq plus importants contributeurs du FMI (États-Unis, Japon, Allemagne, France, Grande-Bretagne) disposent, de droit, d’un administrateur, de même que la Chine, la Russie et l’Arabie saoudite. Les seize administrateurs restants sont désignés, pour un mandat de deux ans, par un collège de pays. À la différence d’autres agences internationales où chaque pays dispose d’une voix, le conseil vote selon un système de pondération qui est fonction de la quote-part du pays en question.
Les membres du conseil élisent leur président, qui porte le titre de directeur général, pour un mandat de cinq ans renouvelable. Ce poste est occupé, de 2000 à 2004, par Horst Köhler, l’ancien président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), huitième directeur général de l’institution depuis sa création, auquel succède l’Espagnol Rodrigo Rato, ancien ministre des Finances du gouvernement de José María Aznar.
| 4. | Le financement du Fonds monétaire international |
En devenant membre du FMI, chaque État se voit demander une souscription ou quote-part, qu’il verse au moment de son adhésion. Son montant varie en fonction du poids relatif du pays en question dans l’économie mondiale : plus celle-ci (en termes de production et de volume de ses échanges) est importante, plus la quote-part due au Fonds est élevée. En 2003, la contribution la plus forte est celle des États-Unis, qui représente 17,1 p. 100 de l’ensemble, devant le Japon (6,1 p. 100), l’Allemagne (6 p. 100), la France et la Grande-Bretagne (4,9 p. 100). À l’opposé, la contribution de São Tomé et Príncipe compte parmi les plus modestes (0,0003 p. 100 du total).
Le montant de cette quote-part détermine à la fois le montant de la souscription, le montant des concours que chaque pays peut demander au FMI ainsi que son allocation en droits de tirages spéciaux (les DTS). Depuis 1969, les DTS sont l’unité monétaire de réserve et de compte dans laquelle sont libellés les crédits alloués par le FMI.
Le DTS n’est pas, stricto sensu, une monnaie car elle n’est pas matérialisée : il ne circule aucune pièce, ni aucun billet de banque en DTS. Cette unité monétaire joue un rôle identique à celui que remplissait l’ECU avant que les pays de l’Union européenne n’adoptent l’euro comme monnaie commune. La valeur d’un DTS est déterminée à partir d’une moyenne pondérée d'un panier de quatre devises représentatives des monnaies les plus couramment utilisées dans les transactions internationales, à savoir le dollar, l’euro, le yen et la livre sterling. La composition de ce panier de monnaie est réexaminée périodiquement (tous les cinq ans) mais sa valeur est déterminée quotidiennement : en 2001, en moyenne, 1 DTS valait 1,26 dollar. Le montant global de ces DTS s’élevait, en 2002, à 290 milliards de dollars.
Pour faire face à des difficultés passagères de financement de leur balance des paiements, les États membres peuvent recourir au compte des ressources générales du Fonds, lequel peut également contracter des emprunts auprès d’autres d'institutions internationales ou auprès d’organisations informelles comme le Club de Paris. Celui-ci regroupe les dix-neuf États détenant les plus fortes créances sur les pays en voie de développement avec lesquels des négociations de gré à gré s’établissent afin de remédier au poids du surendettement qui caractérise la structure de leurs fonds publics.
| 5. | Les concours financiers alloués par le FMI |
Le FMI accorde ses concours financiers d’ajustement aux pays connaissant des problèmes d’équilibre de leur balance des paiements. Les instruments de prêts sont nombreux : aux accords dits de confirmation mis en place en 1952, qui restent à ce jour le principal support des prêts, cinq autres modalités d’octroi de crédits existent aujourd’hui (qu’il s’agisse du mécanisme élargi du crédit — MEC — ou de la ligne de crédit préventive), mais tous ont, peu ou prou, des caractéristiques identiques.
Ces crédits sont assortis de conditions. Ils sont temporaires et sont décaissés selon le mécanisme de financement sollicité par l’État demandeur pour une période allant de six mois à quatre ans. Ils sont remboursables : le FMI n’est ni une agence d’aide, ni une banque de développement et, à la différence des prêts alloués par ces dernières, les concours du FMI ne sont pas destinés à financer des projets ou des secteurs d’activité spécifiques. Ils font l’objet d’un dépôt auprès de la banque centrale de l’État récipiendaire à seule finalité de compléter ses réserves de change. En dernier lieu, l’octroi de ces prêts est subordonné au respect de la mise en œuvre effective d’une politique économique convenue entre les autorités de l’État bénéficiaire et les autorités du FMI. Cette tendance s’est notablement accrue au cours des années 1980 et marque une plus grande intervention du FMI sur la structure productive et financière des économies nationales par le biais des politiques dites d’ajustement.
Sur la période 1947-2000, les pays qui ont le plus fortement sollicité le FMI sont le Mexique (pour 20 milliards de DTS), la Corée (18 milliards), la Russie (16 milliards), le Brésil (13 milliards) et l’Argentine (11 milliards).
| 6. | Le rôle du FMI dans l’évolution de l’économie mondiale |
| 1. | L’immédiat après-guerre |
La création du FMI caractérise le renouveau institutionnel qui marque cette période. Le Fonds veille à ce que les comportements monétaires non coopératifs de l’entre-deux-guerres, qui sont à l’origine de crises qui ont alimenté l’esprit belliciste de nombreux États, ne se reproduisent plus. Il s’agit alors de mettre sur pied un nouveau système monétaire international (SMI) contribuant à la stabilité du cours des monnaies. Cet objectif s’est concrétisé par l’adoption d’un régime de changes fixes mais ajustables où les cours sont susceptibles de varier dans le cadre de marges de fluctuation a minima et a maxima définies de manière concertée.
| 2. | Les désordres monétaires des années 1970 |
Les règles, qui fondaient l’ordre monétaire instauré en 1944, sont brutalement bouleversées après la décision du gouvernement américain de supprimer ce système de change fixe en refusant, dorénavant, d’assurer la convertibilité du dollar en or (août 1971). Cette décision ouvre une période de flottement généralisé des monnaies, un système qui sera officialisé en 1976 avec la signature des accords de la Jamaïque. Une logique de marché se substitue à une forme de gouvernance mondiale contrôlée : les capitaux et devises circulent librement, prétexte à des mouvements spéculatifs de grande ampleur qui renforcent les déséquilibres affectant la balance des paiements de nombreux États. Cette situation face à laquelle le FMI s’est trouvé mis de fait a affaibli d’autant son rôle d’arbitrage qui s’est vu réduit à la portion congrue.
| 3. | Les années 1980 : la gestion de la dette |
Durant cette période, les ressources du FMI servent essentiellement à résorber la crise mondiale de l'endettement, due aux prêts excessifs octroyés aux pays en développement. En 1982, le Mexique suspend le service de sa dette, c’est-à-dire son remboursement, bientôt suivi par d’autres pays d’Amérique latine. Nombre de prêts viennent à échéance en 1982-1983 et ce continent se voit dans l’obligation de transférer vers le FMI davantage de flux financiers qu’il ne peut espérer en recevoir. Cette spirale de l’endettement ouvre une période caractérisée par la mise en place de politiques d’ajustement structurel des économies marqué par la succession de divers plans de rééchelonnement ou de conversion de la dette (plan Baker en 1985, plan Brady en 1988).
| 4. | Les années 1990 : les institutions financières internationales sous les feux de la critique |
Si le poids de l’endettement continue de jouer son rôle de goulet d’étranglement, les crises de change qui se succèdent durant cette période sont d’une nature quelque peu différente. Certaines ont concerné les pays industrialisés (notamment l’Europe en 1992 et 1993 avec la crise du Système monétaire européen), mais elles frappent surtout les pays émergents : le Mexique en 1994, plusieurs pays asiatiques en 1997, la Russie en 1998, le Brésil l’année suivante et l’Argentine en 2001. À chaque fois, un scénario quasi identique se produit : un mouvement spéculatif sur telle ou telle devise aboutit à une forte dépréciation de sa valeur, laquelle provoque une fuite des capitaux qui entraîne un déficit de la balance des paiements. Le pays qui en est victime sollicite alors l’intervention du FMI qui, en contrepartie des crédits qu’il alloue, exige de l’État en question des « ajustements ».
C’est la pertinence de ceux-ci qui marque la limite de l’intervention du FMI dans la gestion des crises monétaires. En dépit de concours financiers importants (le Mexique s’est vu attribuer un prêt de 17,8 milliards de dollars en 1994, le continent asiatique a reçu en l’espace de deux ans plus de 36 milliards de dollars de crédits), la « conditionnalité » qui a présidé à l’attribution du soutien du FMI est aujourd’hui l’objet de contestations diverses.
Les politiques d’ajustement prônées par le FMI se caractérisent par une stricte orthodoxie en matière de finances publiques, laquelle s’exprime, en premier lieu, par des exigences très fortes en matière de politique budgétaire. Il s’agit, le plus souvent, d’accroître les recettes mais surtout de réduire les dépenses courantes (dépenses de personnel que l’on ne peut abaisser qu’en réduisant les salaires ou en diminuant le volume d’emploi) et de sélectionner plus sévèrement les dépenses d’investissements en les orientant vers des domaines d’activité susceptibles d’engendrer des revenus en devises qui permettraient d’assurer le service de la dette.
Dans cette optique, tout déséquilibre de la balance des paiements s’analyse comme le résultat inéluctable d’une gestion dispendieuse, une hypothèse devenue classique. En plaçant l’austérité monétaire et fiscale au centre des politiques d’ajustement, l’action du FMI a pu contribuer à amplifier les effets récessifs engendrés par un désordre boursier qui, à l’origine, n’est imputable qu’à la seule défaillance du marché des capitaux privés. Or, en ignorant cette réalité ou du moins en minorant l’effet causal de ce type de comportement, et en imposant une conditionnalité macroéconomique très stricte, l’action du FMI ne laisse guère de place aux réflexions sur les conséquences sociales et politiques, souvent extrêmes, des politiques d’ajustement proposées. La crise argentine des années 2001-2002 reste l’illustration parfaite de ce paradoxe : elle a coûté son poste à un président de la République, plongé le pays dans un état de quasi-faillite et jeté dans les rues des milliers de nécessiteux alors même que l’Argentine, jusque-là financièrement soutenue, figurait sur la liste des « bons élèves » du Fonds. La réforme de l’architecture financière mondiale reste plus que jamais le défi auquel le FMI doit s’atteler.