| presse, histoire de la | Format lecture | ||||
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| 9. | La presse depuis 1945 |
Après la parenthèse des années de guerre où se développe la presse clandestine, l’univers des journaux vit une profonde métamorphose. dès l’après-guerre, l’information écrite est sérieusement concurrencée par la radio. À la fin des années cinquante, la télévision à son tour devient une concurrente. le privilège sur l’information dont bénéficiait l’écrit depuis le xviie siècle est remis en cause par l’attraction des prouesses techniques de l’audiovisuel (information rapide, prise directe sur l’événement, image « vivante »), par les transformations des modalités de lecture et le recul du temps consacré à celle de la presse en particulier.
Quoique certains, trop pressés et piètres prophètes, ont cru bon d’annoncer, dans les années soixante-soixante-dix, la « fin de l’écrit », la presse relève le gant, se modernise (impression, mise en page, élargissement du champ informatif), se spécialise et se plie, avec difficulté certes, mais sans dépérir, à la loi de plus en plus dominante, voire écrasante, de la mise en régie des titres (grands groupes multimédias) et, plus que jamais, de la concurrence économique. De cette évolution et de cette épreuve, les magazines sortent indéniablement vainqueurs.
| 1. | Sous les Trente Glorieuses |
| 1.1. | L’élan artificiel de la Libération |
En 1944, le gouvernement provisoire d'Alger suspend les titres ayant continué à sortir après l’invasion des zones Nord et Sud. Pour réinstaller une République et une presse garantes du débat démocratique, l’État instaure la rupture : épuration des titres collaborateurs, séquestration de leurs biens attribués aux journaux autorisés, création de l’Agence France-Presse (AFP), des Nouvelles Messageries de la presse parisienne (NMPP), de la régie publicitaire Havas, exonération de certaines charges fiscales et aide à la diffusion (tarifs réduits par la Poste et la SNCF). Le paysage de l’écrit s’en trouve bouleversé. Seuls le Figaro, la Croix, l’Humanité, le Populaire réchappent de la tourmente. Franc-Tireur, Combat, Défense de la France, Front national naissent de la clandestinité et sont rejoints par des nouveaux venus, tels le Parisien libéré, Libération et le Monde notamment. Mais si les tirages s’envolent (12 millions d’exemplaires en 1945 et 15 millions en 1946) dans une France libérée et euphorique, la situation s’assombrit rapidement : restrictions et prix du papier, faible pouvoir d’achat des lecteurs et logique sélective du marché entraînent des coupes claires : 50 p. 100 des titres disparaissent en quinze ans. À l’élan artificiel de la Libération succède un temps d’incertitude.
| 1.2. | Début d’une crise durable |
Les quotidiens perdent dès lors du terrain relativement à la croissance démographique du pays. Cette crise est due à la concurrence de l’audiovisuel et des magazines, au reflux de la presse politique, à la place grandissante des titres régionaux. « Les feuilles mortes se ramassent alors à la pelle », particulièrement du côté des quotidiens politiques : l’Aube (1951), Franc-Tireur, le Populaire (1969), Combat (1974). L’Humanité ne cesse de faiblir.
La pression sélective du marché entraîne une passation de pouvoir entre presse d’opinion et presse d’information et un rééquilibrage gauche / droite par rapport à la dominante de gauche des années 1940-1950. Néanmoins, les titres d’information générale souffrent aussi, ce dont témoigne la disparition de Paris-Jour (1957-1972) et l’éphémère expérience de Paris-Matin (1964). Certes, France-Soir, le Parisien libéré, le Monde, et plus encore les régionaux (Ouest-France en tête), montrent un profil assez stable, voire conquérant. Mais, en 1972, la France ne compte plus que 89 titres, contre 203 en 1946, et la diffusion quotidienne, avec 10 millions d’exemplaires quotidiens, est à la baisse.
| 1.3. | Et à l’étranger ? |
Cette situation n’est pas propre à la France. Par-delà les disparités liées à la nature des pratiques de lecture et aux caractéristiques propres à l’histoire de la presse dans tel ou tel pays, en général, les quotidiens pâtissent d’une désaffection. En Europe, excepté la situation spécifique de l’Allemagne renaissante et de la réussite de Bild Zeitung (3 millions en 1970), hormis la bonne santé des titres nordiques, le tableau est nuancé, aussi bien pour l’Angleterre (qui se maintient tout de même grâce à une très forte tradition de lecture de la presse et des titres moteurs comme The Daily Express, The Daily Mail, The Times, The Sun…) que pour l’Autriche et l’Italie (malgré le lancement de la Repubblica, en 1976). Aux États-Unis enfin, pays de la télévision reine, la pression sélective des titres est extrêmement forte et le progrès général des tirages accuse un retard sur la progression démographique.
| 1.4. | Le succès des magazines : un phénomène planétaire |
Les énormes progrès des périodiques et magazines constituent une des principales caractéristiques des années cinquante-soixante-dix. Cette presse aiguillonne le mode d’écriture et d’investigation journalistique en l’ouvrant à l’évolution socioculturelle. Elle joue la carte de la spécialisation et de la modernisation technique.
La démocratisation de la lecture conjuguée à la révolution du temps libre et des loisirs détermine leur succès, avec des titres emblématiques à la réussite planétaire (l’américain Vogue, le français Elle). Même s’il existe en France une tradition « magazine » datant de l’entre-deux-guerres, les États-Unis sont en ce domaine les maîtres incontestés avec Newsweek, US News and Report, Look, Life. En Allemagne, Der Spiegel réussit dès son lancement en 1947.
En France, la période est très faste. Elle voit la naissance des hebdomadaires d’opinion et d’information, aussi appelés « news magazines » : l’ Observateur (1950, puis France Observateur), l’Express (1953), le Point (1972). Avec des couleurs attractives, une photographie omniprésente, des maquettes innovantes et des typographies modernes, les magazines augmentent leur lectorat, à l’instar de la presse sportive qui compte 169 titres en 1970, à l’exemple encore de la presse à sensation, de la presse féminine, de la presse musicale. Paris-Match est un des principaux symboles de cette progression des périodiques sur le marché français.