Algérie
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Algérie
3. Population et société
1. Démographie

En 2008, l’Algérie comptait 33,7 millions d’habitants, soit 14,2 habitants au km². Cependant, ce chiffre reflète mal une répartition inégale : on estime que 96 p. 100 de la population vit sur 17 p. 100 du territoire, essentiellement dans le nord du pays.

La population algérienne a plus que doublé depuis les années 1960 ; toutefois, son taux de croissance annuel moyen diminue lentement : de 3,2 p. 100 pour cette même période, il est passé en 2002 à 1,68 p. 100, soit l’un des taux de croissance démographique les plus bas d’Afrique. La baisse sensible de la fécondité (1,82 enfants par femme en 2008, contre 7,4 en 1970) est en partie imputable au recul de l’âge du mariage et à l’amélioration du niveau d’instruction des filles. La population de l’Algérie est jeune : en 2002, on estime à 33,5 p. 100 de la population totale la part des moins de 15 ans, alors que celle des individus âgés de 65 ans et plus est de 4,9 p. 100. L’espérance moyenne de vie est de 73,8 années.

La population de l’Algérie se compose en majorité d’Arabes (82 p. 100) ; elle compte aussi une très forte minorité berbère (Kabyles, Chaouïas, Zénètes ; 17 p. 100). Avant l’indépendance, près de 150 000 juifs vivaient en Algérie, parfois de souche très ancienne. Presque tous ont quitté le pays en même temps que les colons européens (environ 1 million de personnes), essentiellement des Français. La proportion de résidents étrangers a fortement diminué lors des événements du début des années 1990. La population française, en particulier, est passée de 52 000, en 1986, à 24 500 en 1992 et 8 300 (dont les trois quarts possèdent la double nationalité) en 1996 ; elle tend à croître cependant depuis 1996 en raison de l’amélioration sensible du climat sécuritaire.

Il existe une importante communauté algérienne à l’étranger (1,8 million de personnes en 1995), dont la plus nombreuse se trouve en France, où les Algériens émigrèrent massivement, notamment à partir des années 1950 : on y compte 700 000 ressortissants algériens et plus d’un million de binationaux.

2. Découpage administratif et villes principales

Sur le plan administratif, l’Algérie comprend 48 wilayas, divisées en 160 dairates (sous-préfectures) et 1 541 communes.

En 1970, les Algériens étaient près de 60 p. 100 à vivre hors des villes. Le rapport s’est depuis inversé, avec un exode rural important qui a joué un rôle essentiel dans le développement de la crise sociale, politique et économique que connaît l’Algérie. Cette désarticulation de la société traditionnelle n’est pas étrangère à la facilité avec laquelle les mouvements islamistes ont pu s’implanter. En 2005, 60 p. 100 de la population algérienne résidait en milieu urbain. La capitale, Alger, premier port maritime du pays, est passée de 1 908 000 habitants en 1990 à 3 059 643 en 2003. Oran, sur la côte ouest, est un pôle commercial et portuaire important (655 852 habitants en 1998). À l’est, Constantine est la capitale d’une région productrice de bestiaux et de blé (462 187 habitants en 1998).

3. Institutions et vie politique
3.1. Historique

La Charte nationale promulguée en 1976 fait de l’Algérie une république démocratique et populaire, reposant sur un régime présidentiel. Cette Constitution institue le Front de libération nationale (FLN) comme parti unique, alors que celui-ci domine de fait le paysage politique national depuis l’indépendance, en 1962. Au lendemain de la guerre d’Algérie, le parti qui a mené la longue guerre d’indépendance algérienne jouit en effet d’une légitimité, intérieure autant qu’extérieure, incarnée par les « héros de l’indépendance ». Il monopolise la représentation nationale et contrôle l’ensemble des rouages du pouvoir.

La révision de la Constitution opérée en 1989 abolit les références au socialisme et la notion de parti unique, et introduit le multipartisme. Elle établit aussi la séparation des pouvoirs et limite le rôle de l’armée. La transition démocratique est toutefois interrompue dès les élections législatives de décembre 1991, qui consacrent au premier tour l’avancée écrasante du Front islamique du salut (FIS), parti confessionnel militant pour la création d’un État islamique. Après un coup d’État militaire, le second tour des élections est annulé par le Haut Conseil de sécurité (HCS) tandis que l’Assemblée populaire nationale est suspendue. Un Haut Comité d’État (HCE) est créé en janvier, qui instaure l’état d’urgence et dissout le FIS. L’Algérie, qui plonge dans une guerre civile sanglante à la suite de la répression anti-islamique, est gouvernée de 1992 à 1994 par le HCE. La nomination par le HCE de Liamine Zéroual comme président par intérim (janvier 1994) est suivie de son élection, contestée, en novembre 1995. En novembre 1996, une réforme constitutionnelle, approuvée par référendum, interdit les partis religieux, linguistiques et régionalistes, consacre l’islam comme religion d’État, renforce le pouvoir présidentiel et crée également un système législatif bicaméral. En 1999, Abdelaziz Bouteflika est élu à la présidence de l’Algérie avec le soutien de l’armée. Il est réélu en 2004 pour un second mandat.

3.2. Pouvoir exécutif

Le pouvoir exécutif appartient au président de la République, élu au suffrage universel (à partir de 18 ans) pour un mandat de cinq ans, renouvelable une fois. Chef suprême de toutes les forces armées et responsable de la Défense, le président de la République arrête et conduit la politique extérieure de la nation. Il nomme un Premier ministre à la tête du gouvernement, puis les membres du gouvernement, sur proposition du Premier ministre. Conformément à la Constitution, le président peut s’appuyer sur deux institutions consultatives, un Haut Conseil islamique et un Haut Conseil de sécurité.

3.3. Pouvoir législatif

Le pouvoir législatif repose sur un système bicaméral constitué d’une Chambre haute, le Conseil de la nation, et d’une Chambre basse, l’Assemblée populaire nationale. Le Conseil de la nation est composé de 144 membres, dont un tiers est désigné par le président de la République ; les autres 96 membres sont élus au suffrage indirect. Le mandat des membres du Conseil, renouvelable par moitié tous les trois ans, est de six ans. L’Assemblée populaire nationale est composée de 389 membres élus au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans.

3.4. Partis politiques

Les deux principaux partis au pouvoir en Algérie sont le Front de libération national (FLN), l’ancien parti unique qui domine le paysage politique algérien depuis l’indépendance, et le Rassemblement national démocratique (RND), créé quatre mois avant les élections législatives de juin 1997 pour soutenir le président Liamine Zéroual. Les élections législatives de juin 2002, auxquelles ont participé 23 partis, ont signé le retour en force du FLN d’Ali Benflis, qui détient la majorité absolue avec 199 sièges, et le très net recul du RND, conduit par Ahmed Ouyahia, qui a vu son nombre de sièges chuter de 155 à 47 entre les élections de 1997 et celles de 2002 — le RND dispose cependant d’une forte majorité au Conseil de la nation.

Alors que le Front islamique du salut (FIS) est interdit depuis mars 1992, le pouvoir algérien tolère un certain nombre de partis islamistes agréés ; tandis que les mouvements islamistes proches du pouvoir sont en perte de vitesse — le mouvement Ennahda (« Renaissance ») de Lahbib Adami est passé de 34 sièges dans la précédente législature à un seul à l’issue des élections de 2002, et le Mouvement de la société de la paix (MSP) du cheikh Mahfoud Nahnah, de 69 à 38 —, le mouvement Islah (Mouvement de la réforme nationale, MRN) d’Abdallah Djaballah, plus radical, détient désormais 43 sièges à l’Assemblée. Les principaux partis d’opposition laïcs face au FLN sont le Front des forces socialistes (FFS) d’Hocine Aït Ahmed et le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) de Saïd Saadi. Ces deux partis kabyles, qui disposaient chacun de 19 sièges dans la précédente Assemblée, ont boycotté le scrutin en raison de la crise insurrectionnelle qui agite la Kabylie depuis le printemps 2001. Parmi les autres partis qui composent le paysage politique algérien et qui sont représentés à l’Assemblée, figurent le Parti des travailleurs (PT) de Louisa Hanoune (21 sièges) et le Front national algérien (FNA, 8 sièges).

3.5. Défense nationale

En 2004, les forces armées algériennes regroupaient 120 000 hommes dans l’armée de terre, 10 000 dans l’aviation, 7 500 dans la marine. L’État a consacré 3,4 p. 100 du produit intérieur brut (PIB) aux dépenses de la Défense nationale.

3.6. Les groupes armés

Les principaux mouvements armés sont le GIA (Groupe islamique armé), l’AIS (Armée islamique du salut) et l’AEI (Armée de l’État islamique).

Le GIA recrute essentiellement parmi les masses périurbaines et la jeunesse désœuvrée, et pratique un terrorisme qui a pris la forme de massacres collectifs. Il est probablement infiltré par les services spéciaux algériens. L’AIS, la branche armée du FIS, fondée en juillet 1994, regrouperait 4 000 à 5 000 maquisards. Ses actions ont été volontairement passées sous silence par le gouvernement algérien, alors qu’elles seraient au moins dix fois supérieures en nombre à celles du GIA. L’AEI regrouperait surtout des déserteurs de l’armée algérienne. Les groupes armés ont aujourd’hui cessé toutes les opérations contre les installations pétrolières. Autour de ces mouvements gravitent des petits groupes plus ou moins contrôlés qui agissent ponctuellement.

À l’exception de la Kabylie, la carte des actions terroristes et des maquis se superpose en partie à celle de la guerre d’Algérie, notamment l’Algérois, la Mitidja, ainsi que le Nord-Constantinois.

4. Langues et religions

L’arabe est la langue officielle de l’Algérie. Environ 80 p. 100 de la population est arabophone, et parle majoritairement l’arabe algérien, une variante dialectale de l’arabe. Par ailleurs, environ 6 millions d’Algériens, regroupés principalement en Kabylie, parlent l’une des variantes du berbère (en particulier le tamazight). Le français, longtemps enseigné dès l’école primaire, est lu et parlé par de nombreux Algériens. Il a cependant été supprimé dans l’enseignement secondaire en 1989, avec la disparition du baccalauréat bilingue arabe-français. Née de la volonté d’en finir avec la langue colonisatrice, l’arabisation a pris une tournure autoritaire au début des années 1990. La première loi de généralisation de l’arabe date de 1991. Elle stipule que tous les actes officiels doivent être rédigés en arabe. Ce vote ayant provoqué de violentes manifestations à Alger en faveur de la démocratisation et de la défense du berbère, son adoption est reportée sur l’initiative de Mohamed Boudiaf. La nouvelle Constitution de 1996 confirme l’arabe comme seule langue nationale et officielle, mais reconnaît l’amazighité (l’identité berbère) comme l’une des trois composantes fondamentales de l’identité nationale, à côté de l’arabité et de l’islamité. Une nouvelle loi est votée la même année, en faveur de la généralisation de l’utilisation de l’arabe, qui touche les secteurs où le français est encore la langue de travail majoritaire (la vie économique et l’enseignement supérieur notamment). La bataille de l’arabisation est cependant loin d’être gagnée et, en 2002, face aux revendications des berbérophones, le berbère accède au statut de langue nationale par un amendement de la Constitution.

La Charte nationale de 1976 a proclamé l’islam religion d’État. La très grande majorité des Algériens sont musulmans sunnites, pour la plupart de rite malékite.

5. Éducation

Le système éducatif algérien a longtemps été cité en exemple dans les pays anciennement colonisés et contribuait à maintenir le sentiment d’appartenance nationale. Depuis 1962, la scolarité est gratuite et obligatoire pour les enfants de 6 à 16 ans, qui suivent un cycle dit « fondamental » de neuf ans (six ans d’école élémentaire, trois ans de collège). En 1998, plus de 7 millions d’élèves étaient encadrés par 300 000 enseignants ; près de 60 p. 100 des enfants âgés de 12 à 17 ans étaient scolarisés ; 21 p. 100 de la classe d’âge concernée poursuivaient des études dans le troisième degré.

L’Algérie dispose de 8 universités (dont 2 en sciences et technologie) qui accueillent 682 775 étudiants en 1998. L’université d’Alger, fondée en 1879, offre un enseignement dans plusieurs disciplines (droit, médecine, sciences et lettres). Sept de ces universités et la quasi-totalité des établissements spécialisés de l’enseignement supérieur ont été fondés après l’indépendance.

Malgré les efforts consentis — l’État algérien consacre environ 5,12 p. 100 du PNB (1996) et 27,6 p. 100 (1998) de son budget aux dépenses d’éducation —, le système éducatif algérien n’est cependant pas parvenu à répondre aux exigences de l’explosion démographique. De plus, l’arabisation de l’enseignement introduite en 1972 a été jugée trop brutale par bon nombre d’observateurs. Elle a nécessité la formation hâtive d’enseignants arabophones, et le gouvernement dut même faire appel à des enseignants étrangers. Les résultats ont été, dans un premier temps, très médiocres, car les premières générations issues de cet enseignement ont connu un fort taux d’analphabétisme et d’illettrisme dans les deux langues. Aussi le taux d’alphabétisation demeure-t-il bas (72,2 p. 100 en 2005, 121e rang mondial). Les enseignants francophones, et notamment les universitaires, sont devenus en outre l’une des cibles privilégiées du terrorisme islamiste.

6. Arts et vie culturelle

Capitale politique, Alger est aussi la capitale culturelle du pays. La Bibliothèque nationale, qui y est située, possède l’un des fonds les plus riches du pays (650 000 volumes), comprenant d’importants ouvrages sur l’Afrique. La bibliothèque de l’université d’Alger abrite plus de 700 000 volumes. Le musée de la Préhistoire et de l’Ethnographie, le musée national des Antiquités classiques et musulmanes et le musée national des Beaux-Arts se trouvent tous à Alger. Le musée de Cirta, à Constantine, conserve des collections d’art et d’archéologie.

Héritiers d’une tradition ancienne, les écrivains algériens ont su maintenir la richesse d’expression de la littérature de langue arabe tout en lui associant la langue française (voir aussi littérature du Maghreb). À l’image de la nation algérienne, la plus occidentale, sans doute, des nations arabo-musulmanes, la littérature algérienne contemporaine s’est forgée à partir d’une double influence qui lui confère sa singularité. Les écrits de Mohammed Dib, Malek Haddad, Kateb Yacine, Assia Djebar ou, encore, Rachid Mimouni et Rachid Boudjedra se font l’écho des espoirs et des contradictions d’une société aujourd’hui déchirée.

Voir aussi art de l’islam ; musique arabe ; musique islamique ; cinéma africain.