| Mendès France, Pierre | Format lecture | ||||
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| 4. | Sept mois au pouvoir |
Réélu maire et député radical de Louviers, représentant la France au Fonds monétaire international (1947-1958), Pierre Mendès France intervient peu dans la vie politique jusqu’en 1953, date à laquelle il signe un article proposant de conclure la paix en Indochine, où la France s’enlise dans une guerre interminable, dans le magazine l’Express — dont il avait soutenu la création par Jean-Jacques Servan-Schreiber et Françoise Giroud. Porté par une vague de sympathie émanant de l’élite moderniste de la haute administration et d’intellectuels comme Mauriac ou Merleau-Ponty, il n’obtient pas la présidence du Conseil en juin 1953, en raison de l’hostilité des démocrates-chrétiens du MRP qui le jugent trop peu européen. Il est investi par l’Assemblée un an plus tard (juin 1954), promettant, quelques semaines après le désastre de Diên Biên Phu (7 mai), de conclure la paix en Indochine dans un délai d’un mois, ce qui est accompli avec la signature des accords de Genève au mois de juillet.
Il ne fait pas mystère de son hostilité au projet de Communauté européenne de défense (CED) qui paralyse la vie politique française depuis 1952. Ce projet, visant à intégrer l’Allemagne fédérale dans une structure de défense européenne pour empêcher son adhésion à l’OTAN, est rejeté définitivement par l’Assemblée nationale le 30 août, et conduit aux accords de Londres (octobre) entérinant cette adhésion que la France a voulu éviter. Enfin, Mendès France amorce le règlement du problème tunisien en prononçant, le 1er août à Carthage, un discours qui accorde au pays l’autonomie interne, devant ouvrir la voie à l’indépendance.
Déterminé, indépendant des appareils et des partis, Pierre Mendès France surprend et séduit en fixant à son gouvernement des objectifs précis, et en faisant de leur respect une condition de son maintien au pouvoir. Initiateur d’un style nouveau, il prend l’habitude de s’adresser directement à l’opinion dans des causeries radiodiffusées, engage un vigoureux combat contre l’alcoolisme, fait distribuer du lait dans les écoles, relance la planification et cristallise l’espoir d’une partie de la jeunesse qui rejette la monotonie et le clientélisme de gouvernements interchangeables, incapables de répondre aux aspirations de la France de l’après-guerre. Mais les débuts de l’insurrection en Algérie (novembre 1955), face à laquelle il adopte une position très ferme, la montée du mouvement de protestation des petits commerçants emmené par Pierre Poujade, et l’hostilité de la classe politique, du MRP qui ne pardonne pas l’abandon de la CED aux communistes dont il a refusé les votes favorables lors de son investiture, en passant par tous ceux qui fustigent le « bradeur de l’Empire », provoquent la chute du gouvernement (6 février 1955).
En 1956, il prend la tête du Front républicain, coalition électorale rassemblant les radicaux, les socialistes et les membres de l’Union démocratique et socialiste de la Résistance UDSR, la formation dirigée par François Mitterrand, mais le succès de cette alliance aux élections législatives ne lui vaut qu’un poste de ministre d’État dans le nouveau gouvernement, Guy Mollet lui ayant été préféré pour en prendre la tête. Opposé à ce dernier sur sa politique en Algérie, il démissionne en mai 1956 et s’éloigne progressivement du Parti radical qu’il n’a pas réussi à moderniser et qui penche de plus en plus vers la droite.