| Format recherche | Rodin, Auguste | Format lecture |
| 1. | Présentation |
Rodin, Auguste (1840-1917), sculpteur et dessinateur français.
Précurseur de la sculpture moderne selon Constantin Brancusi, contemporain de l'impressionnisme, Auguste Rodin a su tout à la fois saisir l'instant et la palpitation de la vie, et imprimer à son œuvre l'esprit symboliste de la fin du siècle.
| 2. | De longs débuts |
Né à Paris, Auguste Rodin montre dès l’enfance un goût si vif pour le dessin que ses parents le font entrer, à l'âge de quatorze ans, à l'École spéciale de dessin et de mathématiques (dite la « Petite École »). Il y suit les cours du peintre Horace Lecoq de Boisbaudran (1802-1897), avant de découvrir la sculpture. Parallèlement, le jeune Rodin se rend fréquemment au Louvre pour copier les antiques, ainsi qu’à la manufacture des Gobelins où il peut dessiner d'après des modèles vivants. Il travaille également au Muséum d'histoire naturelle où le sculpteur Antoine-Louis Barye corrige ses premiers travaux.
Refusé à trois reprises au concours d'admission à l'École des beaux-arts, Rodin entre en 1864 dans l'atelier du sculpteur Carrier-Belleuse. La même année, désireux d'être reconnu par la critique, il décide de présenter au Salon des artistes français l'Homme au nez cassé ; le jury refuse l'œuvre. Rodin reprend son apprentissage et se rend notamment à Bruxelles, où il réalise les décors de la Bourse pour le compte de Carrier-Belleuse.
En 1875, il fait un séjour en Italie où la confrontation avec les œuvres des artistes de la Renaissance — Donatello et Michel-Ange en particulier — le marque profondément. À son retour à Bruxelles, il commence à travailler à l'Âge d'airain (musée d'Orsay, Paris), qu'il présente au Salon de 1877. L'œuvre, d'un réalisme jugé outrancier, déclenche une vive polémique ; on accuse Rodin d'avoir moulé cet homme nu debout sur nature. Réalisé dans le même esprit, mais plus élaboré, son Saint Jean-Baptiste (Tate Modern, Londres) reçoit un accueil plus froid encore au Salon de 1880. À quarante ans, Rodin est encore peu considéré du public, soutenu par quelques rares esprits éclairés qui apprécient sa manière si sensible de saisir les vibrations des corps.
| 3. | L’œuvre d’une vie, la Porte de l'Enfer |
L'année du Saint Jean-Baptiste, Rodin reçoit toutefois une commande de l'État qui lui permet de cesser toute activité annexe. Il s'agit d'une porte monumentale, destinée au futur musée des Arts décoratifs de Paris. Rodin tire le sujet du premier chapitre de la Divine Comédie de Dante, « l’Enfer », d'où le nom de Porte de l'Enfer.
Œuvre d'une vie — l'artiste y travaille jusqu'à sa mort —, restée inachevée, la Porte de l'Enfer se veut une grande allégorie des passions humaines à travers la représentation du nu. Elle est composée de quelque deux cents figures, dont les ébauches sont également à l'origine de certaines des plus célèbres sculptures de Rodin : le Penseur (1880, musée Rodin, Paris), par exemple, constitue la figure centrale du tympan de la porte. On peut encore citer le Baiser (1888, musée Rodin), Ugolin et Adam et Ève. L'ensemble, de même que chaque élément indépendant, est très fortement rythmé par des déséquilibres de masses, récurrents chez le sculpteur, et de violentes torsions des corps.
| 4. | Une renommée internationale |
À partir de 1880, la carrière de Rodin prend une dimension internationale et les commandes se multiplient. Son style reste toutefois très controversé, et ses commanditaires sont rarement satisfaits de son travail : désireux d'imposer sa propre vision du sujet, Rodin est en effet incapable de se plier aux contraintes. Il rencontre ainsi de nombreuses difficultés avec les commanditaires de ses Bourgeois de Calais (bronze, Calais et musée Rodin de Paris), commencés en 1884 et achevés onze ans plus tard.
De même, la Société des gens de lettres refuse le modèle en plâtre (1891-1898) de son Monument à Balzac (boulevard Raspail, Paris) : le sculpteur a donné au romancier une forme massive, réduite aux seuls volumes essentiels et dont l'aspect inachevé provoque le scandale. L'œuvre n’est fondue et ne connaît son succès public que vingt ans après la mort de Rodin.
Pour honorer les commandes qu'il continue cependant à recevoir, Rodin fait travailler de nombreux praticiens et des sculpteurs chevronnés — comme Antoine Bourdelle, François Pompon, Aristide Maillol et Camille Claudel — que fascinent tout à la fois sa forte personnalité et son talent.
| 5. | Les honneurs officiels |
Très controversé, mais largement soutenu par les critiques d'avant-garde, Rodin finit par recevoir les honneurs officiels : chevalier (1887), officier (1892), commandeur (1903) puis grand officier (1910) de la Légion d’honneur. En 1900, la présentation de ses cent soixante-huit plâtres, bronzes et marbres lors de l'Exposition universelle de Paris est un immense succès : les musées étrangers se pressent désormais pour acheter ses œuvres et lui organiser des expositions.
En 1916, à la veille de sa mort, le sculpteur fait don à l'État français de ses collections d’art et de sa villa de Meudon à condition que l'hôtel Biron soit aménagé en musée (le futur musée Rodin, ouvert en 1919).
En contact avec les grands écrivains de son temps (notamment Rainer Maria Rilke, son secrétaire entre septembre 1905 et mai 1906), Rodin a également laissé de nombreux écrits sur l'art et sur la création. Son œuvre dépasse largement les seuls mouvements artistiques de la fin du XIXe siècle, pour exprimer pleinement la pensée et l'inquiétude modernes.