verre (art)
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verre (art)
2. L’Antiquité
1. Les origines

La technique du verre apparaît probablement au Proche-Orient (Égypte et Mésopotamie) autour du IIIe millénaire av. J.-C. Les objets en verre les plus anciens sont généralement des perles ou des amulettes, les véritables récipients creux en verre n’apparaissant pas avant 1500 av. J.-C. environ. Des artisans d’Asie auraient établi l’industrie verrière en Égypte, où les premières pièces dateraient du règne de Thoutmosis III (1479-1424 av. J.-C.).

Avant l’invention de la canne à souffler, il existe déjà différentes méthodes pour fabriquer et pour embellir des objets en verre de couleur. Certains articles sont ciselés dans des blocs de verre solide ; sur le modèle des potiers et des ferronniers, les verriers adaptent des procédés de moulage, versant du verre fondu dans des moules pour produire des incrustations, des statuettes et des récipients. Des motifs d’une grande complexité sont alors réalisés grâce à la technique de la mosaïque, dans laquelle des éléments, fusionnés dans une canne, constituent un dessin en coupe transversale.

2. L’époque préromaine

La majorité des verres de l’époque préromaine étaient réalisés selon une technique relativement simple. Un mélange d’argile et de fumier était attaché à une baguette en métal, puis plongé dans un creuset de verre fondu ou enroulé avec des fils de verre. L’objet était constamment réchauffé et adouci sur une pierre plate. Les fils de verre de différentes couleurs étaient étirés et peignés, créant de remarquables motifs de plume, comme on le voit dans les verres égyptiens des XVIIIe et XIXe dynasties (1550-1185 av. J.-C.). Les anses, les pieds et le col étaient ajoutés avant le refroidissement de l’objet.

Les Égyptiens ont été sans nul doute les premiers artisans du verre. Ils firent preuve d’une grande originalité dans les nombreux et divers objets qu’ils créèrent. Ils élaborèrent des vases aux formes et aux couleurs variées, dont la réalisation nécessitait une grande dextérité.

Les fouilles de Tell el-Amarna ont livré un riche matériel verrier datant de la XVIIIe dynastie (1550-1291 av. J.-C.). Les pièces majeures de cet ensemble sont un vase en forme de poisson, dont les écailles sont reproduites par des zébrures et par des festons de couleur, et une grappe de raisin constituée de perles, dont certaines prennent la forme de grains blets. Des vases canopes, en forme de tête de femme portant une perruque, ont exigé deux moulages successifs parfaitement ajustés. Parmi les nombreux autres objets figurent des gourdes lenticulaires, des pièces de jeu, des étuis à collyre, des flacons de parfum, ou encore de très nombreux bijoux (boucles d’oreille, amulettes et pendeloques).

La production de verre reste florissante en Égypte et en Mésopotamie jusqu’à 1200 av. J.-C. environ, puis elle se tarit pendant plusieurs décennies. Au IXe siècle av. J.-C., la Syrie et la Mésopotamie émergent comme centres de production verrière, et l’industrie s’étend à l’ensemble du pourtour méditerranéen.

3. L’époque romaine

En découvrant le soufflage, les Romains révolutionnent l’art et l’industrie du verre. Plus rapide et moins onéreuse, cette technique de fabrication voit le jour en Syrie et se répand dans tout l’Empire romain, remplaçant petit à petit les techniques précédentes. Un nouvel engouement pour la verrerie apparaît : les procédés de fabrication plus anciens accordaient de l’importance à la couleur et au motif, alors que le soufflage souligne plus volontiers les qualités de finesse et de transparence du matériau. À la fin du Ier siècle av. J.-C., le verre incolore supplante le verre coloré. Le soufflage du verre rend possible la production à grande échelle, et le verre devient un matériau plus courant, utilisé également pour les fenêtres et pour les récipients.

On doit aussi aux Romains l’invention de la plupart des techniques décoratives connues. Les articles en verre soufflé sont modelés dans des moules qui permettent une production en grande quantité et des formes très nombreuses. Réalisés suivant cette technique, de petits bols fantaisie portent la signature d’Ennion, un maître verrier de Sidon, actif au Ier siècle av. J.-C.

Nombre d’objets en verre sont décorés de scènes religieuses ou historiques. Certains sont parfois ornés de motifs de feuilles d’or pressées entre deux épaisseurs de verre transparent. Cette technique peut se prêter à des rendus extrêmement raffinés, comme le montre le portrait d’homme à fond bleu du IIe siècle av. J.-C. (musée d’Arezzo, Italie).

Dans le verre camée, des couches de verre de diverses couleurs sont fusionnées, puis ciselées de façon à laisser en relief des motifs contrastés. La pièce la plus célèbre du verre camée romain est le vase de Portland (Ier siècle av. J.-C., British Museum, Londres), qui représente le mythe de Pélée et Thétis.

Le goût de la polychromie est très vif en Orient. En Syrie, on applique avec habileté des cordons de verre filé sur des vases à parfum. En Égypte, dès le IIIe siècle av. J.-C., on fabrique des verres mosaïques, puis des objets millefiori (« mille fleurs »), dans lesquels se trouvent incrustées des baguettes polychromes ornées de motifs. Les artisans orientaux viennent pratiquer et enseigner leur art en Occident.

Outre Rome, les centres de production les plus importants se trouvent en Gaule et en Rhénanie. À Cologne, qui est l’un des foyers les plus actifs, on a retrouvé des verres diatrètes, où certaines parties de la surface externe sont ajourées (coupe de Lycurgue, IVe siècle av. J.-C., British Museum). Certaines inventions locales sont loin d’être dépourvues de charme : ainsi, les vases barillets signés par le verrier normand Frontinus rappellent que les Gaulois sont les inventeurs des tonneaux (IIIe siècle av. J.-C.).