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Marceau, Marcel
1. Présentation

Marceau, Marcel (1923-2007), mime français, l’un des plus grands représentants au xxe siècle de l’art de la pantomime. Tantôt burlesque, tantôt poétique, Bip, son célèbre personnage, a su se faire aimer dans le monde entier.

2. Des débuts à la naissance de Bip

Né à Strasbourg, Marcel Marceau, de son vrai nom Marcel Mangel, est le fils d’un boucher juif polonais. De Strasbourg à Lille, puis de nouveau à Strasbourg, son enfance est marquée par la découverte des grands acteurs comiques du cinéma muet : Charlie Chaplin (« S’il n’avait pas créé le personnage de Charlot au cinéma, je n’aurai peut-être pas créé Bip au théâtre. Pour moi, il est resté le maître », car « il jouait avec son âme »), Buster Keaton, Harry Langdon, Stan Laurel et Oliver Hardy.

À dix ans, Marcel Mangel monte sa première troupe de théâtre avec d’autres enfants, se consacre à la peinture et au dessin ainsi qu’à l’escrime, au fleuret et au sabre. Lorsque la guerre est déclarée, il s’installe à Limoges et s’inscrit à l’école des Arts décoratifs. À vingt ans, entré dans la Résistance sous le nom de Marceau (en hommage à un vers de Victor Hugo, « Joubert sur l’Adige, Et Marceau sur le Rhin », in « À l’obéissance passive », les Contemplations), il falsifie les papiers de ses amis résistants, tandis que son père est déporté en 1944 (il ne reviendra pas d’Auschwitz). Marcel Mangel se cache à Sèvres, anime un atelier d’art dramatique puis rencontre Charles Dullin, dans l’école duquel il suit, dès 1946, les cours du mime Étienne Decroux, maître dans la « statuaire mobile », qui le considère déjà comme un « mime-né » — ses origines juives ont peut-être joué un rôle dans son choix du mime : « les gens qui revenaient des camps ne savaient pas comment raconter. J’ai des origines juives. Peut-être cela a-t-il compté dans le choix du silence, inconsciemment ». La même année, il est choisi pour jouer Arlequin par Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault, interprète talentueux du mime Jean-Gaspard Deburau dans les Enfants du paradis de Marcel Carné, et joue dans leur compagnie jusqu’en 1947.

Bip, son célèbre personnage inspiré du Pip des Grandes Espérances de Charles Dickens — clown blanc en pantalon large, maillot rayé et haut-de-forme gris quelque peu cabossé, orné d’une fleur rouge —, naît le 22 mars 1947 au Théâtre de Poche, à Montparnasse.

3. Le tour du monde de Bip

Récompensé par le prix Deburau en 1947, Marcel Marceau donne avec la troupe (la première et seule troupe de mime au monde) qu’il a formée autour du Théâtre de Poche ses premiers mimodrames et pantomimes ; le Manteau (1951), d’après Nikolaï Gogol, est l’une de ses créations les plus abouties. Il joue sur les grandes scènes parisiennes comme le Théâtre des Champs-Élysées, le Théâtre de la Renaissance et le Théâtre Sarah-Bernhardt (aujourd’hui Théâtre de la Ville). En 1955, il part jouer pour deux semaines à New York et il raconte que depuis « tout s’est enchaîné ». Son one-man-show est le plus grand succès de la saison théâtrale 1955-1956 et les tournées aux États-Unis se succèdent, certaines longues de six mois. Ses tournées en Amérique et au Japon et sa participation à des émissions de télévision lui assurent bientôt une renommée internationale.

4. Le fondateur de l’École internationale de mime

C’est à Paris que Marcel Marceau choisit d’ouvrir, en 1978, l’École internationale de mimodrame. Soutenue financièrement par la Ville de Paris, elle offre un programme d’études de deux années à des élèves du monde entier. Le créateur de la « marche contre le vent », adaptée par Michel Jackson sous la forme du moonwalk, entend enseigner « l’essentiel des composantes de la scène : la danse, le théâtre, l’expression corporelle », car « un mime sait tout faire » (selon ses propres mots dans un entretien donné à Jean-Pierre Jumez). En 1997-1998, pour le cinquantième anniversaire de la création de Bip, il présente à l’Espace Cardin, à Paris, deux spectacles en alternance, réalisés avec le concours de douze professionnels issus de son école : Pantomimes de Style et Pantomimes de Bip, et le mimodrame le Chapeau melon ou l’Extraordinaire Odyssée de Jonathan Bowler, un hommage à Charlie Chaplin avec des références aux Lumières de la ville. Le spectacle tourne à Londres, Tokyo, Taipei, Caracas, etc.

5. Un grand virtuose du geste

Très souvent imité, le mime Marceau demeure unique dans son genre. Universel, son art a pu voyager aux quatre coins du monde car « l’expression de la douleur ou de la joie est la même partout, ce qui montre la pureté du mime. Il n’y a pas de code. » (op. cit.). Alliant pantomime et mimodrame, Marcel Marceau parvient à théâtraliser le mime. Sa virtuosité, sa poésie teintée d’humour, son intelligence de l’âme humaine et des situations le classent parmi les plus grands artistes de son temps. Son univers est en effet aussi caractéristique que celui de Charlie Chaplin. Il est très populaire aux États-Unis où il a reçu de nombreuses distinctions et où est créée, en 1996, The Marceau Foundation, dans le but de promouvoir et développer l’art du mime dans ce pays, et de préserver et perpétuer son œuvre. En France, il est nommé officier de la Légion d’honneur, reçoit la Médaille Vermeil de la Mairie de Paris en 1978 et est promu grand officier de l’Ordre national du Mérite en 1998. En 1991, il est élu membre de la section des Membres Libres de l’Académie des beaux-arts (Institut de France) et en 2002, il est également nommé ambassadeur de bonne volonté pour le troisième âge par l’ONU.

Par ailleurs, ce « fou de cinéma » (comme il se qualifie), qui aurait aimé tourner davantage (des projets avec Luis Buñuel, Jean Renoir ou Vittorio De Sica n’ont pas abouti), a fait quelques apparitions dans le septième art : il joue le professeur de Jane Fonda dans Barbarella (1967) de Roger Vadim, interprète Napoléon dans la Belle et l’Empereur (1969) d’Axel von Ambesser ou prononce le seul mot d’un film muet (« no ») dans la Dernière Folie de Mel Brooks (1976), une parodie de Mel Brooks sur le cinéma muet.