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| 2. | Histoire du protestantisme |
Dès avant la Réforme proprement dite au xvie siècle, des mouvements dissidents au sein de l’Église médiévale s’élèvent contre la corruption des clercs et critiquent plusieurs des enseignements catholiques fondamentaux.
| 1. | Les précurseurs |
Au xiie siècle, les vaudois, disciples du marchand lyonnais Pierre Valdo, pratiquent un christianisme simple et non corrompu, inspiré de l’Église primitive. Le mouvement se développe surtout en France et en Italie, et survit aux violentes persécutions de la croisade des albigeois. Beaucoup de vaudois adoptent le calvinisme à la suite de la Réforme et subissent de nouvelles persécutions au xvie siècle : massacres d’Avignon et de Mérindol en 1545.
En Angleterre, vers 1380 apparaît le mouvement des lollards inspiré par le théologien John Wycliffe, qui rejette l’autorité des prélats corrompus, ainsi que divers enseignements catholiques traditionnels. Les lollards survivent également aux persécutions et jouent un rôle dans la Réforme anglicane.
L’enseignement de Wycliffe influence également le réformateur tchèque Jan Hus, dont les adeptes appelés hussites réforment l’Église de Bohême et obtiennent une réelle indépendance après le martyr de Jan Hus, en 1415, et les guerres qui s’ensuivent. Beaucoup se convertissent au luthéranisme au xvie siècle.
| 2. | La Réforme |
Plusieurs circonstances historiques contribuent à expliquer le succès de Martin Luther et des réformateurs du xvie siècle. Les pouvoirs de l’empereur germanique (catholique) et du pape diminuent ; ils sont surtout préoccupés alors par la menace turque. La mise au point de l’imprimerie au xve siècle facilite la propagation des pamphlets religieux en langues vernaculaires et, notamment en Europe du Nord, favorise la diffusion de l’enseignement protestant.
| 2.1. | Martin Luther |
L’histoire a retenu, comme début de la Réforme, la publication en 1517, par Martin Luther, de 95 thèses, dans lesquelles il condamne la vente systématique des indulgences pour financer la construction de la basilique Saint-Pierre à Rome. Moine augustin et professeur de théologie à l’université de Wittenberg, Luther ne se satisfait pas de l’enseignement catholique traditionnel sur la question du salut. Il élabore la doctrine de la justification par la grâce divine au travers de la foi. Il juge la foi négligée par une théologie catholique qui a placé sur le même plan l’efficacité des « bonnes œuvres ». À ses yeux, la vente abusive d’indulgences découle de l’importance accordée aux œuvres au détriment de la foi.
Martin Luther n’a d’abord pour intention que de promouvoir une réforme au sein de l’Église catholique ; il se heurte à une vive opposition. Refusant de renier ses opinions et exigeant qu’on lui démontre ses erreurs en s’appuyant sur l’Écriture, il en vient à rejeter l’autorité de l’Église et se retrouve excommunié. Protégé par Frédéric le Sage, duc de Saxe, il peut développer ses idées dans une série de livres et de pamphlets religieux : elles se répandent ainsi rapidement à travers l’Allemagne puis dans toute l’Europe. En Scandinavie, des Églises luthériennes sont organisées relativement rapidement.
| 2.2. | Ulrich Zwingli |
Un peu plus tard, dans la lignée de la rébellion luthérienne, un mouvement réformateur encore plus radical se fait jour en Suisse, à Zurich, sur l’initiative du pasteur Ulrich Zwingli. Au terme de ses études bibliques, Zwingli arrive à la conclusion que l’on doit conserver, dans la doctrine et les rites de l’Église, uniquement ce qui se trouve spécifié dans les Écritures. Alors que les luthériens conservent nombre d’éléments de la liturgie médiévale, Zwingli instaure une liturgie simplifiée et présente l’eucharistie comme une cérémonie purement symbolique. Les réformes de Zwingli sont adoptées sans conflit par le conseil municipal de Zurich, puis s’étendent à d’autres villes suisses.
| 2.3. | Jean Calvin |
Le principal réformateur de la génération suivante est Jean Calvin, théologien français installé à Genève en 1536. Sans être aussi radicales que celles d’Ulrich Zwingli sur le plan doctrinal, les réformes de Calvin associent l’Église et l’État en un régime sévère, destiné à garantir la rigueur morale et doctrinale des croyants. Calvin rédige aussi le premier catéchisme systématique de théologie protestante, organise les églises selon un modèle presbytérien démocratique et fonde des universités influentes.
John Knox s’y forme avant d’introduire le calvinisme en Écosse, où il donne naissance à l’Église presbytérienne établie. Le calvinisme se répand également en France, où ses fidèles sont appelés les huguenots, et en Hollande, où il contribue à l’essor du sentiment national néerlandais face à l’Espagne catholique occupante.
| 2.4. | Les sectes radicales |
Tandis que les luthériens et les calvinistes organisent leurs Églises, apparaissent de nouveaux courants protestants plus radicaux. Ils jugent que le protestantisme établi ne va pas assez loin dans la simplicité du christianisme biblique. Ils s’attaquent donc, avec une égale violence, aux Églises protestantes établies et à l’Église catholique ; ils sont en retour violemment persécutés par les deux camps.
Plusieurs de ces groupes suscitent des révoltes politiques ou s’attaquent aux églises dont ils détruisent les images, les vitraux, les statues et les orgues. Presque tous rejettent le lien entre l’Église et l’État. La plus significative de ces sectes est celle des anabaptistes, surtout présente en Allemagne et aux Pays-Bas, jouant un rôle majeur dans la guerre des Paysans. Ils rejettent le baptême des jeunes enfants et le réservent aux croyants adultes. D’autres courants renoncent à tout usage de la force : ainsi les mennonites, secte anabaptiste née en Hollande et en Suisse, tentent de former des communautés pacifistes vivant en autarcie et fondées sur les principes du Nouveau Testament. Tous ces groupes influencent fortement le mouvement anglais des quakers, apparu dans les années 1640. Beaucoup de ces petites sectes, à commencer par les puritains, fuient la persécution en émigrant vers les colonies américaines. Plusieurs colonies du Nord sont fondées par l’une ou l’autre secte, surtout luthériennes, mennonites et anabaptistes ; en revanche, dans les colonies du Sud, l’Église anglicane s’impose comme l’Église établie.
| 2.5. | Le schisme anglican |
En 1534, le roi Henri VIII d’Angleterre s’arroge l’autorité ecclésiastique, jusqu’alors exercée par le pape. L’anglicanisme devient alors la religion d’État. Dans cette affaire, le souverain a été plus motivé par la volonté d’obtenir l’annulation de son mariage avec Catherine d’Aragon que par un appétit de réformes doctrinales. Aussi maintient-il les principes majeurs du catholicisme médiéval. Puis, sous les règnes d’Édouard VI et d’Élisabeth Ire, l’Église anglicane adopte un symbole (credo) protestant, formulé dans les Trente-neuf Articles. Le rite anglican et l’organisation de l’Église d’Angleterre conservent cependant beaucoup des formes du catholicisme — ce qui lui vaut les critiques des dissidents calvinistes, les puritains (voir puritanisme).
| 3. | Réactions à la Réforme |
| 3.1. | Les guerres de Religion en Europe |
L’histoire des débuts du protestantisme est marquée par des guerres dont les causes sont en général autant politiques que religieuses. En Allemagne, les guerres de Religion du xvie siècle puis la guerre de Trente Ans au siècle suivant dévastent et affaiblissent durablement le pays. En France, huguenots et catholiques se livrent à une guerre sanglante, qui culmine en 1572 avec le massacre de la Saint-Barthélémy, au cours duquel plus de 3 000 huguenots sont assassinés (voir guerres de Religion). La paix civile est rétablie et la tolérance instaurée à l’égard des huguenots par le roi Henri IV, qui promulgue l’édit de Nantes en 1598 ; lors de sa révocation par Louis XIV, en 1685, beaucoup d’entre eux quittent la France. En Angleterre, la guerre civile entre Parlement et monarchie recouvre la division entre puritains et anglicans.
Après le traité de Westphalie, qui met fin aux guerres de Religion allemandes en 1648, le protestantisme entre dans une période de consolidation. Une orthodoxie protestante est précisément définie et systématiquement appliquée tout au long du xviie siècle : on a appelé ce mouvement — insistant sur l’autorité sans faille de la Bible et sur une logique rigoureuse — « scolastique protestante », par analogie avec la théologie systématiste du Moyen Âge.
| 3.2. | Le piétisme |
Au cours des années 1670 et en réaction à l’intellectualisme de l’orthodoxie protestante se développe en Allemagne un mouvement appelé le piétisme, dirigé par le pasteur allemand Philipp Jakob Spener. Les fidèles se réunissent par petits groupes au domicile de l’un d’entre eux, afin d’y étudier la Bible et de prier. Le piétisme met l’accent sur la conversion personnelle et la simple piété, plus que sur l’adhésion à des propositions théologiques correctes. Il se répand assez largement en Allemagne, en Scandinavie et aux États-Unis.
| 3.3. | Les courants rationalistes |
À la fin du xviie et au début du xviiie siècle, l’influence de la pensée scientifique se reflète dans diverses formes de rationalisme. On voit d’abord apparaître des courants comme l’arminianisme, qui rejette la doctrine calviniste de la prédestination absolue, ou le latitudinarisme, tendance tolérante et antidogmatique issue de l’Église d’Angleterre au xviie siècle.
Le rationalisme introduit l’esprit critique dans la théologie et souligne que les croyances traditionnelles doivent être réétudiées à la lumière de la raison et de la science. Se préoccupant d’abord de la cohérence globale des doctrines plutôt que de points précis de la théologie, il réduit l’influence des orthodoxies rigides développées depuis le début du xviie siècle. L’expression achevée du rationalisme est le déisme, religion philosophique qui rejette la révélation, les miracles et les enseignements dogmatiques de toutes les Églises.
D’autres formes de rationalisme protestant se développent au xviiie siècle, par exemple l’unitarisme, né en Europe au xvie siècle sous l’appellation de socinianisme, d’après le nom de l’oncle du réformateur italien Fausto Socini (1539-1604) dit Socinus, lui-même réformateur. Après 1689 et l’acte de Tolérance, l’unitarisme peut être prêché en Angleterre puis, au xviiie siècle, dans les colonies américaines (Nouvelle-Angleterre). Les unitariens refusent les doctrines de la Trinité et la divinité de Jésus-Christ, préférant insister sur son enseignement moral.
| 3.4. | Le méthodisme et le revitalisme |
La réaction antiformaliste, qui a suscité le piétisme, se poursuit de son côté au cours du xviiie siècle. Plusieurs mouvements populaires se développent, qui font directement appel à l’expérience religieuse émotionnelle.
En Angleterre, ce mouvement prend la forme du méthodisme, fondé par John Wesley et Charles Wesley, deux frères influencés par le piétisme et l’arminianisme. Au cours de grands rassemblements en plein air à travers toute l’Angleterre, ils prêchent la conversion personnelle et le souci des plus pauvres. Leur prédication contribue au regain de la ferveur religieuse dans la classe ouvrière britannique, jusque-là rebutée par le formalisme hautain de l’Église anglicane d’Angleterre. Désapprouvé officiellement, le méthodisme finit par se séparer de l’Église anglicane et devient l’une des confessions non conformistes.
Dans les colonies américaines, l’évangéliste anglais George Whitefield entreprend une tournée de prêches qu’il tient au cours de grandes célébrations religieuses en plein air. Il inspire le premier Grand Réveil (Great Awakering), regain général d’enthousiasme religieux aux États-Unis.
| 4. | Le protestantisme au xixe siècle |
Au cours du xixe siècle, le protestantisme s’élargit aux dimensions du monde au prix d’une intense activité missionnaire. De nouvelles sectes et tendances théologiques continuent à se manifester. Le théologien le plus influent du siècle est l’Allemand Friedrich Schleiermacher, qui présente la religion comme un sentiment intuitif de dépendance envers l’Infini (ou Dieu), ce qu’il suppose une expérience universelle de l’humanité. Cette primauté de l’expérience sur le dogme est également affirmée par l’école théologique du protestantisme libéral. Les théologiens libéraux, soucieux de réconcilier la religion et la science moderne, ont recours aux techniques historiques et critiques de l’exégèse biblique afin d’établir la distinction entre la part historique de la Bible et ce qu’ils considèrent comme des ajouts mythologiques ou dogmatiques.
| 4.1. | Le revitalisme |
Le revitalisme continue d’exercer une certaine influence dans le monde protestant, en particulier aux États-Unis. De nouveaux groupes revitalistes apparaissent, tels les adventistes.
| 4.2. | Les problèmes de société |
Les protestants jouent un rôle important dans plusieurs mouvements humanitaires et réformistes du xixe siècle. En Angleterre, des évangélistes sont à la tête de la contestation qui aboutit à l’abolition de l’esclavage dans les dominions britanniques ; aux États-Unis, les évangélistes mènent également des campagnes actives contre l’esclavage, ce qui entraîne des schismes dans plusieurs Églises. Confrontés à la misère née de la révolution industrielle, des courants comme le socialisme chrétien ou l’évangile social tentent de provoquer des changements sociaux fondamentaux au nom des principes chrétiens.
| 5. | Le protestantisme depuis le xxe siècle |
Au xxe siècle, des réactions se manifestent contre le libéralisme théologique. La première est le fondamentalisme, mouvement américain issu du revitalisme qui insiste sur l’absolue infaillibilité de la Bible. Après la Première Guerre mondiale, l’évangélisme, forme modérée du fondamentalisme, devient un courant important du protestantisme américain.
La seconde est une théologie de crise ou néo-orthodoxie, qui apparaît comme une réponse aux souffrances de la Première Guerre mondiale : elle est associée au théologien suisse Karl Barth qui réaffirme le caractère coupable de l’humanité, la transcendance absolue de Dieu et la dépendance de l’homme à l’égard de Dieu, toutes doctrines essentielles de la Réforme. En revanche, et contrairement aux fondamentalistes, Barth accepte les résultats de l’érudition biblique moderne.
Le mouvement œcuménique représente un autre apport important du xxe siècle et suscite l’apparition de nouvelles confessions protestantes à travers le monde ; il amène la fondation du Conseil œcuménique des Églises en 1948. Les protestants y entament un dialogue avec les Églises catholique et orthodoxe ainsi qu’avec des religions non chrétiennes.
Le protestantisme a conservé son caractère dynamique. Beaucoup de changements sont intervenus durant et depuis les années 1960, en particulier pour attirer les jeunes au culte. Les questions de l’ordination des femmes, de la modernisation du langage liturgique, de la fusion avec d’autres Églises ainsi que l’inusable problème de l’interprétation de la Bible et de sa relation avec la vérité scientifique, ont divisé bien des Églises. Mais les caractéristiques des premiers protestants, la volonté de remettre en question les idées reçues, de protester contre les excès et de défier les autorités établies, ont été conservées, pour l’essentiel, dans le protestantisme du xxe siècle, qui continue à exercer une influence profonde sur la culture et la société contemporaines.