courtois, courtoisie
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courtois, courtoisie
3. L'invention de la fin'amor dans la poésie de langue d'oc

La lyrique courtoise se développe à partir des premières années du xiie siècle dans le sud de la France, mais aussi en Catalogne et dans le nord de l’Italie. Il s’agit d’une poésie lyrique au sens propre, c’est-à-dire chantée : le troubadour (du verbe trobar : « trouver ») devait en composer le texte, mais aussi la mélodie.

Les formes poétiques qui constituent la lyrique d’oc sont multiples. La forme la plus représentée est celle que Paul Zumthor a appelée « le grand chant courtois » (la canso). Conformément à l’esthétique qui régit l’ensemble de la création médiévale, du moins jusqu’au xve siècle, la valeur de cette poésie réside moins dans l’expression originale d’une subjectivité singulière que dans l’aptitude à jouer de manière inédite de contraintes communes — en l’occurrence très exigeantes. On distingue généralement trois grands courants poétiques dans la lyrique d’oc :

— le trobar clus (hermétique), illustré notamment par Raimbaut d’Orange ;

— le trobar ric (riche), poésie virtuose qui joue surtout sur la langue et les combinaisons métriques (cf. Arnaut Daniel) ;

— le trobar leu (léger), poésie plus accessible, quoique toujours exigeante (cf. Bernard de Ventadour).

La fin’amor, appelée « amour courtois » au xixe siècle, ne se présente pas comme un art d’aimer précisément réglé. Les tentatives pour l’organiser en un corps de doctrine datent de la fin du xiie siècle (dans le Traité sur l’amour d’André le Chapelain) et du xiiie siècle (avec la casuistique amoureuse des jeux-partis). Il est cependant possible d’isoler quelques constantes.

La première est l’absolue liberté des amants. La relation courtoise suppose le don libre et réversible de soi-même, ce qui implique presque nécessairement une relation adultère : le mariage aristocratique, tel qu’il est pratiqué au Moyen Âge, exclut en effet le principe du libre choix initial et fait du corps de la dame la possession du mari. Le secret est donc au cœur de la relation amoureuse, les amants devant constamment se garder des losengiers, les médisants qui ne songent qu’à les perdre aux yeux du monde. La seconde de ces constantes est l’accent porté sur le désir, désir qui enclenche l’écriture du poème et, qui, dans le roman, suscite l’élan chevaleresque. Pour autant, l’amour courtois n’est pas platonique. S’il suppose une tension entre le désir et sa satisfaction, cette dernière est le plus souvent accordée. L’importance accordée au désir amoureux et à sa maîtrise explique que la dame soit non pas inaccessible, mais difficilement accessible. Cette difficulté est le plus souvent manifestée par l’écart social qui sépare l’amant de la femme aimée, et par la similitude qu’offre leur relation avec le lien qui unit le vassal à son suzerain.