| Vigny, Alfred de | Format lecture | ||||
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| 2. | Une vie de désillusions |
| 1. | Débuts dans les armes |
Alfred de Vigny naquit à Loches, en Touraine, dans une famille d'ancienne noblesse ; son éducation fut fortement marquée par le culte des valeurs aristocratiques. Après la tourmente révolutionnaire, qui les laissa ruinés, les Vigny s'installèrent à Paris.
À la chute de l'Empire en 1814, Alfred de Vigny, conformément à sa naissance, entra avec le grade de sous-lieutenant dans les compagnies rouges ou Gendarmes du roi. Son plus brillant fait de guerre se limita cependant à escorter la calèche de Louis XVIII fuyant le retour de Napoléon en 1815. Pendant dix ans, il mena une vie de garnison qu'il trouva assez morne : ses premiers rêves, ceux des gloires militaires, étaient irrémédiablement déçus.
| 2. | Fréquentation du Cénacle |
Il tira profit du temps libre que lui laissait la vie militaire pour lire — notamment Byron — et faire ses débuts dans la carrière des lettres. En 1820, il fut introduit au sein du Cénacle, groupe littéraire qui s'attachait à définir les idées du romantisme naissant. Il se lia d'amitié avec Victor Hugo, qui fit paraître ses premiers poèmes dans sa revue, le Conservateur littéraire, dès 1822. C'est par un poème philosophique, Eloa ou la Sœur des anges (1824), qu'Alfred de Vigny fut révélé au grand public.
Après avoir quitté l'armée en 1827, Vigny épousa une jeune anglaise, Lydia Bunbury, et s'installa définitivement à Paris, où il publia coup sur coup Poèmes antiques et modernes (1822-1841), recueil qui réunit ses poèmes publiés en revue, et Cinq-Mars (1826), roman qui devint très populaire. Hugo lui-même écrivit dans la Quotidienne du 30 juillet 1826 un article élogieux sur ce roman « admirable » : « La foule le lira comme un roman, le poète comme un drame, l'homme d'État comme une histoire. »
Admirateur de Shakespeare, Vigny contribua à faire connaître en France le grand dramaturge en traduisant en vers quelques-unes de ses pièces, notamment Othello, le More de Venise, qui fut représenté à la Comédie-Française le 24 octobre 1829.
Lui-même se lança bientôt dans la carrière dramatique et, après quelques essais, une pièce historique, la Maréchale d'Ancre (1831) et un proverbe Quitte pour la peur (1833), il rencontra le succès avec Chatterton (1835). Représentée à la Comédie-Française, la pièce était interprétée entre autres par Marie Dorval, maîtresse de Vigny, qui fut très applaudie dans le rôle de Kitty Bell. La pièce reprenait le thème d'un roman philosophique, Stello, que Vigny avait écrit trois ans plus tôt et dans lequel il développait l'idée du poète « paria » de la société moderne. C'est également ce thème que le poète développa dans Servitude et Grandeur militaires (1835) en racontant l'histoire d'un officier placé entre sa conscience d'homme et son devoir de soldat.
| 3. | Époque des désillusions |
À la suite de la mort de sa mère, de sa rupture avec Marie Dorval (1837) et de brouilles successives avec ses anciens amis du Cénacle, Vigny se replia dans une solitude amère. Il en sortit néanmoins pour briguer un siège à l'Académie française, entreprise où il rencontra de sérieuses oppositions. C'est seulement après six candidatures malheureuses qu'il finit par être élu, en 1845. Pendant ces années sombres, il composa également de nombreux poèmes, comme « la Mort du loup » (1843), « la Flûte » (1843) ou « le Mont des Oliviers » (1844), qui furent rassemblés plus tard sous le titre les Destinées (posthume, 1864). Ce recueil constitue son testament philosophique.
S'étant progressivement rapproché des valeurs républicaines, Alfred de Vigny s'enthousiasma pour la révolution de 1848 et espéra jouer un rôle politique dans la IIe République. Le peu de voix recueillies par sa candidature de député en Charente lui apportèrent une nouvelle désillusion. Il se retira alors à la campagne, où il vécut jusqu'en 1853 pour y soigner sa femme devenue infirme — elle mourut en 1862. Il revint ensuite à Paris, composa quelques poèmes et rédigea des notes sur sa vie qui furent recueillies dans Journal d'un poète (posthume, 1867). Il mourut des suites d'un cancer.
| 4. | Poète et paria dans la société moderne |
Poète, romancier et auteur dramatique, Vigny est l'une des figures marquantes du romantisme en France. Son œuvre se caractérise par un pessimisme fondamental, qui se fit de plus en plus prégnant au cours de sa vie et de sa production. Sa vision désenchantée de la société va de pair avec un thème qu'il développa à plusieurs reprises, celui du « paria ». Empruntant les traits tantôt du poète, tantôt du noble, parfois aussi du soldat, ce dernier est toujours un avatar de Vigny lui-même. S'il eut recours à des procédés et à des formes classiques en matière de versification, il se montra novateur en revanche dans l'utilisation qu'il fit des symboles — notamment des symboles bibliques —, qui annonce la modernité poétique de la fin du siècle.