François Ier (de France)
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François Ier (de France)
3. Le mirage italien
1. L’héritage des guerres d’Italie

Riche et splendide depuis les débuts de la Renaissance, la péninsule italique est convoitée par les puissances européennes, notamment les souverains de France. Aussi, depuis le règne de Charles VIII, la France est-elle en conflit ouvert avec le pape et les principautés italiennes, coalisés avec des princes européens dans une Sainte Ligue. En 1499, Louis XII conquiert le Milanais, mais doit le restituer après la défaite de Novare (6 juin 1513). S’étant attribué les droits de sa femme Claude sur le duché, François Ier cherche, à son tour, à le rattacher au domaine royal.

Après s’être garanti la neutralité d’Henri VIII d’Angleterre et l’appui des Vénitiens, François Ier lance une expédition dès 1515. À Marignan, en septembre, la supériorité de l’artillerie française lui assure la victoire sur les mercenaires suisses, alliés du duc de Milan. Ce succès militaire procure à François Ier, roi de vingt ans, adoubé chevalier sur le champ de bataille par le seigneur de Bayard, une immense popularité et une flatteuse réputation de bravoure. Les ennemis de la veille doivent alors négocier avec le roi de France : le pape Léon X traite avec François Ier à Bologne, les Suisses signent une paix perpétuelle — qui permet à la France de lever dorénavant des troupes de mercenaires — et Charles Ier d’Espagne (futur Charles Quint) reconnaît à la France le Milanais contre le maintien de ses droits sur le royaume de Naples.

2. La rivalité avec Charles Quint

Candidat en 1519 au trône du Saint Empire romain germanique, François Ier se voit préférer par les Électeurs impériaux le roi Charles d’Espagne, qui, grâce à l’or des Fugger gagé sur les mines du Nouveau Monde, bénéficie d’une puissance bien supérieure à celle du roi de France. Les visées expansionnistes de Charles Quint (« Toujours plus oultre », toujours plus loin) mettent le souverain de France en danger : petit-fils de Charles le Téméraire, Charles cherche à annexer la Bourgogne ; empereur du Saint Empire, il réclame la suzeraineté sur les anciennes possessions du Dauphiné et de Provence. Dès lors, encerclé de toutes parts par un souverain qui règne à la fois sur l’Espagne, les Flandres, l’Empire et une grande partie de l’Italie, François Ier n’a de cesse de se ménager des alliances avec les princes étrangers. Cependant, après la coûteuse et inutile entrevue du camp du Drap d’or (juin 1520), où il ne réussit pas à obtenir le soutien d’Henri VIII d’Angleterre, il se trouve acculé à la guerre avec l’empereur.

Dans le cadre des guerres d’Italie, les hostilités entre les deux souverains débutent en 1521. Très vite, les opérations tournent à la défaveur de la France : la défaite à La Bicoque (1522), où Bayard trouve la mort, livre le Milanais aux impériaux. L’année suivante, le connétable de Bourbon, grand commandant de l’armée royale, trahit son souverain, entre au service de Charles Quint et tente vainement une invasion de la Provence. Enfin, en 1525, à l’issue du désastre de Pavie, le roi lui-même est capturé par les troupes de l’empereur ; comme le roi l’écrit lui-même à sa mère : « De toutes choses, ne m’est demeuré que l’honneur et la vie sauve. » Durant son emprisonnement, Louise de Savoie assure la régence dans de dramatiques conditions qui ne sont pas sans rappeler la captivité de Jean II le Bon durant la guerre de Cent Ans.

Retenu à Madrid, François Ier doit signer le 14 janvier 1526 un traité qui cède le Milanais et la Bourgogne à l’Empire, promesses dont il s’affranchit dès sa libération, relançant ainsi la guerre. Après l’alliance contractée à Cognac par François Ier, le pape, Venise et le duc Sforza de Milan (mai 1526), les troupes impériales mettent la Ville éternelle à sac (1527), et le pape doit signer un traité humiliant avec Charles Quint. C’est pourquoi, afin de limiter les opérations belliqueuses sur l’Europe septentrionale, Louise de Savoie et Marguerite d’Autriche, tante de Charles Quint, s’accordent lors du traité de Cambrai (1529) : confirmation de la possession française de la Bourgogne contre l’abandon des prétentions italiennes ; l’année suivante, le mariage de François Ier, veuf depuis 1524, avec la sœur de l’empereur, Éléonore de Habsbourg, elle-même veuve de Manuel Ier, roi de Portugal, semble confirmer cette embellie.

3. Des nouvelles alliances

Cependant, conscient de la fragilité de cet apaisement, François Ier s’emploie à conclure de nouvelles alliances et offre en 1531, au grand scandale de l’Europe catholique, son soutien à la ligue de Smalkalde, formée contre Charles Quint par les princes luthériens allemands. D’autre part, il signe en 1535 un traité avec les Turcs de Soliman, comme lui désireux d’affaiblir la puissance des Habsbourg ; la guerre reprend alors dès l’année suivante lorsque l’empereur envahit la Provence. Repoussé par le duc Anne de Montmorency, qui obtient la charge de connétable en 1537, Charles Quint est contraint de signer une trêve de dix ans à Aigues-Mortes (1538).

Mais, comme la politique diplomatique de Montmorency pour l’obtention du duché de Milan reste vaine, François Ier le congédie et relance le conflit dès 1542. Face à la coalition anglo-germanique, les troupes françaises reprennent Nice avec l’appui des Turcs en 1543 ; l’année suivante, François Ier est victorieux à la bataille de Cérisoles. Cependant, menacé d’une invasion du royaume du fait de son alliance avec des « infidèles », il signe le traité de Crépy avec Charles Quint (1544), puis celui d’Ardres avec Henri VIII (1546). Mettant un terme à une guerre ruineuse qui n’a pas réussi à ébranler l’équilibre de l’empire des Habsbourg, ces accords consacrent l’abandon par la France de la Savoie, et la perte de l’Artois et de la Flandre.