Gide, André
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Gide, André
4. Une tension vitale

Après Paludes (1895), sotie (du nom d’un genre médiéval de farces satiriques) où, dans une mise en abyme de la littérature, Gide se moque des cénacles symbolistes et de lui-même, il publie les Nourritures terrestres (1897). Ce livre lyrique — et vieilli — plein d’un appétit de vivre que Gide vient de découvrir lors d’un voyage en Algérie avec le « scandaleux » Oscar Wilde, devient, des années après sa parution, le livre culte de la jeunesse de l’après-guerre.

La tension entre la recherche des plaisirs de la vie et celle d’une pureté toute religieuse est moins une exigence de choix qu’une oscillation entre ces deux pôles. Elle alimente une réflexion critique où la morale est sans cesse interrogée. Dans l’Immoraliste (1902), Michel, relevant d’une grave maladie, se détourne de sa vie studieuse et de sa femme pour se vouer aux plaisirs ; dans la Porte étroite (1909), premier succès de Gide auprès d’un large public, Alissa refuse l’amour terrestre de son cousin Jérôme pour se tourner vers Dieu. La Symphonie pastorale (1919) met en scène un pasteur qui, sauvant une jeune orpheline aveugle, voit son amour filial se muer en amour charnel ; mais la culpabilité ne peut être ignorée et mène la jeune fille à la mort.

C’est sans doute dans les Caves du Vatican (1914) que Gide pousse le plus loin son interrogation morale. L’acte gratuit commis par Lafcadio lui vaudra d’ailleurs l’admiration des surréalistes.