Dada
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Dada
3. New York et les machines à Dada

Parallèlement à l’effervescence zurichoise, un groupe d’esprit dadaïste se développe à partir de 1915 à New York autour d’artistes français ayant fui la guerre à l’image de Marcel Duchamp, Francis Picabia et Jean Crotti. Les artistes américains Man Ray, Morton Schamberg, Paul Haviland et le poète Walter Arensberg, également mécène, se joignent à eux. Le mouvement prend vie à la faveur de la voie nouvelle initiée par Marcel Duchamp au cours des années précédentes. Dès 1912, alors qu’il se trouve au Salon de l’aéronautique à Paris en compagnie de Fernand Léger et de Constantin Brancusi, Marcel Duchamp reste fasciné devant une hélice d’avion pour prononcer ensuite : « C’est fini la peinture, qui fera mieux que cette hélice ? » Cette fascination pour le progrès technique lui fait remettre en cause les principes communément admis concernant l’œuvre d’art dès 1914 avec ses ready-made, tel le Porte-bouteille, en réalité un objet du quotidien de fabrication industrielle mué en œuvre d’art du simple fait du choix et de l’intervention de l’artiste. Au printemps 1917, à l’occasion de la première exposition de la Société américaine des artistes indépendants à New York, Marcel Duchamp — sous le pseudonyme de R. Mutt car il est membre du jury — provoque un nouveau scandale en exposant l’œuvre baptisée Fountain (« Fontaine », 1917), un urinoir renversé daté 1917 et signé R. Mutt. Marcel Duchamp au cours de la même période se consacre également à l’une de ses œuvres majeures, entamée dès 1915 et qui l’occupe jusqu’en 1923, le Grand verre ou la Mariée mise à nu par ses célibataires, même (Museum of Art, Philadelphie).

L’activité de Dada à New York est également marquée par les œuvres de Man Ray qui produit des collages, des peintures au pistolet (aérographies), et des assemblages énigmatiques d’objets usuels (Self-Portrait, 1916, Fondation Marconi, Milan). En 1915, est créée la revue 291 — nommée ainsi en référence à l’adresse de la galerie d’art du photographe Alfred Stieglitz —, à laquelle Marcel Duchamp puis Francis Picabia viennent apporter leur dynamisme. Également fasciné par la modernité, Francis Picabia insuffle à la revue un véritable style d’abstraction « mécanomorphe » puis fonde au cours d’un séjour effectué en 1916 à Barcelone la revue 391, qui joue un rôle majeur dans le mouvement Dada, et dans laquelle paraissent notamment des poésies de sa main. De retour à New York en 1917, il continue la publication de 391 tout en réalisant des peintures consacrées au monde des machines. Dans ses œuvres, la froideur technique des dessins quasi industriels vient se heurter à des portions de textes, titres décalés, phrases énigmatiques et absurdes, qui créent le non-sens (Parade amoureuse, 1917, Guggenheim Museum, New York).

Francis Picabia entre en contact avec Tristan Tzara et le groupe Dada de Zurich en 1919, peu de temps avant que celui-ci n’éclate et se dissémine à travers l’Europe, et plus particulièrement en Allemagne et en France. À New York les derniers développements de Dada s’achèvent avec la publication par Marcel Duchamp et Man Ray de l’unique numéro de la revue New York Dada en avril 1921. Le climat conservateur qui règne aux États-Unis au sortir de la guerre se montre peu favorable au déploiement de Dada ; « Dada ne peut pas vivre à New York » écrit Man Ray dans une lettre adressée à Tristan Tzara en 1921.