| commedia dell'arte | Format lecture | ||||
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| 2. | Intrigue et personnages |
Rompant avec la tradition du texte écrit et sans autre support qu’un canevas, parfois emprunté à une comédie, les troupes, composées de six à douze acteurs, improvisaient des comédies mêlées de chants, de danses et d’acrobaties, sur des scènes de fortune, en plein air ou dans des théâtres aménagés. Elles reposaient sur des personnages stéréotypés, appelés types, et des situations burlesques, accompagnées de pitreries. À l’exception des titulaires des rôles d’amoureux, tous les acteurs portaient des masques ; mais à la différence du théâtre traditionnel, la commedia dell’arte faisait appel à des actrices pour interpréter les rôles féminins.
Dès son apparition, la commedia dell’arte fut synonyme de théâtre professionnel, à l’opposé d’une forme de théâtre plus élitiste, la commedia erudita, écrite par des auteurs lettrés, des gens de cour et jouée par des courtisans amateurs dans des spectacles fastueux.
Les personnages de la commedia dell’arte étaient facilement reconnaissables : Arlequin portait généralement un habit rapiécé et un masque noir au nez retroussé. Valet espiègle, malin et cupide, Arlequin était très porté sur les plaisirs de la table et la compagnie des femmes. Il devait se transformer par la suite, dans les arlequinades, en un amoureux rêveur, vêtu d’un costume composé d’une multitude de petits losanges polychromes. Pantalon, marchand crédule, essayait de dissimuler son âge et de plaire aux jeunes femmes en portant des habits turcs très ajustés. L’ami de Pantalon, le Docteur, employait des mots latins pédants et confus, et préconisait des remèdes dangereux pour des maladies imaginaires. Capitan, tout en ne cessant de fanfaronner à propos de ses conquêtes guerrières et amoureuses, n’était en réalité qu’un lâche et un piètre amant. Polichinelle était un vaurien difforme et bedonnant, mettant au point d’horribles combines pour satisfaire sa méchanceté et ses désirs. Pierrot était un serviteur naïf et gauche. Colombine, servante ou femme de l’un des vieillards, introduisait une note d’esprit et de charme dans cet univers régi par la bêtise, la cupidité et la discorde.
Cette série de personnages (il y en avait vraisemblablement une douzaine d’autres) se répartissait en deux groupes : le parti grave des couples amoureux et le parti ridicule des vieillards comiques qui portaient des masques grâce auxquels le public pouvait désigner l’acteur par le nom du personnage. Les comédiens jouaient avec brio de l’identification et de la distance critique, excellaient dans l’art de la variation et de la répartie verbale et gestuelle, sans jamais s’éloigner du scénario (développement de l’action dramatique scène par scène).
Chaque troupe de la commedia dell’arte était en mesure de jouer des centaines d’intrigues différentes. À la demande, chaque acteur créait ses propres lazzi, qui permettaient de caractériser le personnage et de le reconnaître rapidement à travers ses grimaces et son comportement burlesque, que le public attendait comme le morceau de bravoure (le burle). Ces numéros d’acteur prenaient parfois la forme d’une courte farce : l’une d’elles consistait à se frapper mutuellement avec une latte ou un bâton. Les lazzi les plus réussis furent intégrés dans le canevas.