| Aragon, Louis | Format lecture | ||||
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| 4. | La résistance et l'après-guerre |
Mobilisé en 1939, Aragon rejoint en zone sud le Parti communiste, devenu clandestin, et organise un réseau de résistance. Il fait paraître sous le manteau des poèmes où se conjuguent, par l’assimilation de la France à la femme aimée, patriotisme et élans amoureux (le Crève-Cœur, 1941 ; les Yeux d’Elsa, 1942 ; Brocéliande, 1942 ; le Musée Grévin, 1943 ; la Diane française, 1945). Cette poésie, de forme classique, donne une grande importance à la rime. Certains textes ont été mis en musique (« Il n’y a pas d’amour heureux », chanté par Brassens).
À la Libération, Aragon publie son roman le plus célèbre, Aurélien (1944), le quatrième volume de la fresque du Monde réel. Conformément à sa théorie littéraire, Aragon donne à l’incipit, sorte de « donné », un pouvoir d’expansion tout particulier. Ce récit d’amour débute en effet par une phrase où domine la mise à distance (« La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide ») qui ouvre sur le scepticisme et l’indifférence se dégageant de l’ensemble du livre, reflet de la société instable de l’après-guerre. Quant au dernier roman du cycle du Monde réel (les Communistes, 1949 et 1951), il apparaît comme l’œuvre la plus militante d’Aragon. Entré aux Lettres françaises, revue culturelle communiste, en 1949, l’écrivain prend la direction de la revue en 1953 (il conservera son poste de directeur jusqu’en 1972). L’année suivante, il est nommé membre du Comité central du Parti communiste, mais les excès du stalinisme s’imposent à lui et le déterminent à se consacrer désormais presque exclusivement à son œuvre.
Alors que le Roman inachevé (1956) est un recueil de poèmes d’inspiration autobiographique où se lit un retour à certains traits de la poétique surréaliste, le Fou d’Elsa (1963) et Il ne m’est Paris que d’Elsa (1964) s’inscrivent dans la continuité du thème de la célébration de la femme, inauguré dans les poèmes engagés de la Résistance. La Semaine sainte (1958), roman historique (bien qu’Aragon refuse cette étiquette), renouvelle son inspiration ; son œuvre se nourrit désormais d’une interrogation sur la création artistique et sur la conscience (la Mise à mort, 1965 ; Blanche ou l’Oubli, 1967 et Théâtre / Roman, 1974). Le Mentir-vrai, titre d’un recueil de nouvelles publiées en 1980, est caractéristique des contradictions que la critique n’a pas manqué de relever à propos de la vie et de l’œuvre d’Aragon. Lui-même a d’ailleurs insisté sur la nécessité de resituer ses textes dans leur contexte historique, afin de ne pas trahir leur sens. Correspondant à la fois à un désir de communication sincère et à un goût prononcé pour le masque et les énigmes, la diversité de sa création témoigne de la passion d’Aragon pour l’exploration de l’inconnu, qui l’a amené, finalement, à assimiler l’écriture à une quête de soi. Les Œuvres romanesques croisées d’Elsa Triolet et d’Aragon ont paru en quarante-deux volumes de 1964 à 1974.