Paul III Farnèse
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Paul III Farnèse
2. L’irrésistible ascension d’un prélat romain vers la papauté

Né dans le Latium (probablement entre Rome et Canino, près de Viterbe), Alexandre (Alessandro) Farnèse est le fils de Pier Luigi Farnèse et de Giovannella Caetani, issue elle-même d’une vieille noblesse du Latium (Gaète) et lointaine descendante du pape Boniface VIII. Formé aux humanités dans la Ville éternelle par le lettré Pomponius Laetus (Pomponio Leto), il s’inscrit à l’Académie florentine de Laurent de Médicis — où il côtoie Pic de la Mirandole et Jean de Médicis (le futur pape Léon X) —, puis parfait ses connaissances à l’université de Pise où il acquiert une belle réputation d’archéologue.

Jeune mondain à l’esprit insolent et frivole, il est doté de bénéfices substantiels par Rodrigo Borgia (le futur pape Alexandre VI Borgia) grâce à l’intercession de sa sœur, la Bellissima Giulia, la très belle mais aussi très jeune Giulia Farnèse (née en 1474), élevée au rang d’« uxor Christi », selon l’expression usitée par les esprits impertinents de la cour pontificale. Alexandre Farnèse est nommé successivement protonotaire apostolique (1491), trésorier pontifical (en septembre 1492, un mois après l’élection d’Alexandre VI Borgia), puis cardinal-diacre (1493), pourpre cardinalice qui lui vaut le surnom de cardinale gonnella (« cardinal jupon »), compte tenu de la nature équivoque du soutien dont il a bénéficié. Nommé l’année suivante cardinal légat du patrimoine de Saint-Pierre, il devient en 1501 évêque de Montefiascone et de Corneto et, en 1502, cardinal légat des Marches.

Père de quatre enfants (Pier Luigi, Paolo, Ranuccio et Costanza) nés, au temps des années d’insouciance, d’une mère officiellement inconnue (une majorité d’historiens s’accorde à penser que ce pourrait être une certaine Silvia, noble romaine de la famille des Ruffini), il fait légitimer les deux aînés en 1505 (deux ans après la mort d’Alexandre VI Borgia) par le nouveau pape Jules II Della Rovere, un ennemi féroce des Borgia. Cette même année, il officie très diplomatiquement aux épousailles de sa nièce Laura (fruit des amours de sa sœur Giulia) avec Nicola Della Rovere, neveu du nouveau pape. Entré dans les bonnes grâces de Jules II, Alexandre Farnèse est nommé en 1508 évêque de Vence et, en 1509, évêque de Parme, ville qui devient désormais emblématique de la dynastie Farnèse.

Quelques mois après l’élection au siège pontifical (en 1513) de son ami Jean de Médicis (sous le nom de Léon X), il obtient l’évêché de Bénévent, trois ans avant son ordination sacerdotale. Doyen du Sacré Collège, il est persuadé d’obtenir la tiare lors du conclave qui s’ouvre en 1523 après la mort du très austère pape flamand Adrien VI (un pontificat qui n’aura duré qu’une petite année après la mort de Léon X en 1521). Il doit cependant s’incliner (à la suite des pressions exercées tour à tour par le Saint Empire et par la France auprès des membres du conclave) devant un nouvel élu de la famille Médicis (Jules de Médicis), qui prend le nom de Clément VII. Le cardinal Farnèse doit attendre le 13 octobre 1534 pour voir ses attentes enfin comblées par la Providence. À la mort de Clément VII, il est enfin élu à l’unanimité par le conclave. La pieuse assemblée prend en effet acte de l’esprit avisé de ce doyen de la Curie romaine. Elle voit également d’un œil favorable sa position de neutralité entre Charles Quint et François Ier, alors que Rome sort difficilement d’un désastre (le sac de 1527), que ses habitants interprètent comme un châtiment venu du Ciel sur le nouveau Sodome et Gomorrhe qu’est la Ville éternelle. Le nouveau pape choisit le nom de Paul III en souvenir du pape Paul II sous le pontificat duquel il a vu le jour, nom qui lui évoque également le prénom de son propre fils Paul, passé de vie à trépas avant l’âge. Le pape est alors âgé de soixante-sept ans.