| Paul III Farnèse | Format lecture | ||||
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| 3. | Politique papale et népotisme farnésien |
Dès les premiers mois de son pontificat, Paul III renforce la suprématie de la papauté (et de sa famille) sur l'Italie centrale en distribuant avec prodigalité charges et bénéfices à toute sa parentèle, offrant notamment le cardinalat et l’évêché de Parme à son petit-fils Alexandre (fils de Pier Luigi), tout juste âgé de quatorze ans, un cardinalat qu’il propose également à un autre petit-fils, Guidascanio Sforza (fils de Costanza), âgé de seize ans, mais aussi à son jeune cousin Nicola Caetani pour ne pas mécontenter la branche maternelle. La nomination la plus symbolique de ce népotisme demeure toutefois celle conférée en 1537 à Pier Luigi, ce fils sanguinaire qui, lors du sac de Rome en 1527, n’avait pas hésité à se mettre au service et à la solde des lansquenets impériaux et des « principules » italiens menés en hordes par Charles de Bourbon à l’assaut de la Rome papale. Pier Luigi est en effet nommé en grande pompe gonfalonier de la Sainte Église romaine et commandant suprême des troupes pontificales, en même temps que duc de Castro et de Nepi. Ce duché, créé à son intention par le pape, rassemble les anciennes féodalités du Latium auxquelles sont adjoints Caprarola, Ronciglione et les régions de Viterbe, de Bolsena et des Maremmes. Cette nomination contribue à la création, à proximité de Rome, d’un véritable État héréditaire au cœur même des anciennes terres farnésines.
En juin 1538 s’achève la négociation, sous la médiation du pape, de la trêve de Nice (qui fait alors partie du duché de Savoie), armistice qui met très provisoirement fin aux hostilités entre les deux plus puissants souverains d’Europe. À l’occasion de cette rencontre, l’empereur Charles Quint (qui juge utile de s’octroyer quelques indulgences papales, mais tient aussi pour habile de se faire un allié) propose en mariage sa fille naturelle Marguerite d’Autriche, veuve à quinze ans du duc Alexandre de Médicis après l’assassinat de ce dernier par Lorenzo de Médicis (Lorenzaccio). Le prétendant tout désigné est le tout jeune préfet de Rome, Ottavio Farnèse, deuxième fils de Pier Luigi et petit-fils de Paul III. Le mariage est célébré, mais il n’est véritablement consommé qu’en 1543, après la rencontre de Gênes entre Paul III et Charles Quint.
Le 19 août 1545, à l’instigation de Paul III, les États pontificaux sont démembrés. En effet, malgré la vive résistance de nombreux cardinaux du consistoire, la famille Farnèse conclut un échange avec le Saint-Siège et les deux joyaux des États Pontificaux que constituent Parme et Plaisance sont cédés contre les duchés de Camerino et Nepi, qui reviennent à l’Église. Paul III octroie sur-le-champ les duchés de Parme et de Plaisance à son fils Pier Luigi, mais deux ans plus tard, ce dernier est assassiné à Piacenza par des conjurés menés par le gouverneur de Milan, don Ferrante Gonzaga, et probablement stipendiés par Charles Quint. Refusant d’abandonner les duchés à son petit-fils Ottavio, ce qui implicitement serait en accepter la tutelle indirecte de Charles Quint, le pape envisage de les restituer au Saint-Siège. Face au refus obstiné d’Ottavio, le pape, saisi de fièvre maligne et à l’agonie, se voit cependant contraint d’accorder son consentement à Ottavio sur l’intercession ultime et expresse de son autre petit-fils, le cardinal Alexandre, et meurt peu après en prononçant le nom de Parme.
Paul III repose dans la basilique Saint-Pierre, au fond de l’abside, dans un tombeau encadré de deux statues monumentales représentant l’abondance et la charité et sculptées par Guglielmo Della Porta (v. 1500-1577). L’une de ces statues est la reproduction en marbre de la belle Giulia Farnèse.