| Mallarmé, Stéphane | Format lecture | ||||
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| 4. | Poétique |
Stéphane Mallarmé avait perdu sa mère à l’âge de six ans, et vu mourir sa sœur Maria alors qu’il en avait treize : cette double mort et ce double amour enfantin expliquent selon certains l’irrésistible nostalgie des premiers poèmes.
L’érotisme de sa poésie restait marqué par ces deux femmes absentes, donc idéalisées et inaccessibles : il évoqua d’une part les jeunes filles chastes, farouches, intangibles mais nues et désirables (c’est la chasteté d’une Hérodiade), et il peignit par ailleurs des amantes sous des traits maternels.
Peu à peu, cependant, « en creusant le vers », Mallarmé se dégagea de cette sensualité originelle pour prendre une direction sans précédent. Son œuvre est en effet la première qui rompt toute attache avec l’expérience humaine pour devenir expérimentation sur la littérature. Mallarmé souhaite égarer son lecteur par le jeu des coupes, des inversions, des rejets, par la complexité de la construction et la rareté du vocabulaire (utilisé pour son sens étymologique plus que pour son sens actuel), cela afin de l’engager dans l’obscurité sacrée d’un poème qu’il ne peut éclairer qu’à condition de le reconstruire. Mallarmé souhaite faire du vers « un mot total, neuf, étranger à la langue et comme incantatoire » qui « rémunère le défaut de la langue ».
Car, pour ce poète, le mot poétique est l’absence de la chose : « Je dis une fleur ! et, hors de l’oubli où ma voix relègue aucun contour, en tant que quelque chose d’autre que les calices sus, musicalement se lève, idée même et suave, l’absente de tous bouquets. » L’enjeu de cette poésie est la création d’un Poème qui constituerait un absolu (Mallarmé propose ainsi, en quelque sorte, le versant poétique de l’idéalisme hégélien).
L’œuvre inachevée de Mallarmé nous suggère aussi que l’échec de la littérature est peut-être une des conditions mêmes de l’expérience littéraire.