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métal, art du
1. Présentation

métal, art du, ensemble des activités artistiques consacrées au travail des métaux, comme la ferronnerie, la dinanderie (travail du laiton), la poterie d’étain, les bronzes d’art, etc.

L’usage des métaux est connu dès la préhistoire, dans la mesure où ceux-ci étaient utilisables dans leur état natif. Ainsi a-t-on trouvé des exemples préhistoriques de fer météorique travaillé. De même, l’or, l’argent et le cuivre sont déjà employés à la fin du néolithique. La découverte du traitement des métaux et de leurs alliages est déterminante dans l’histoire de l’humanité.

Leurs propriétés, leur capacité à être alliés, moulés, façonnés, ont répondu à des besoins multiples de l’homme tant dans ses activités quotidiennes (défense, chasse, repas, etc.) que dans l’aménagement de son environnement. Le fer et le bronze, métaux particulièrement durs, étaient employés pour fabriquer des armes et des outils agricoles ; le cuivre et l’étain ont servi davantage à faire des ustensiles de cuisine.

Constituants d’objets transportables et non cassables, les métaux ont été le véhicule privilégié des techniques et des styles d’une civilisation à l’autre, d’un peuple à l’autre. L’histoire des arts du métal constitue donc une part importante de l’histoire des arts décoratifs et de l’histoire de l’art en général. Elle a connu avec l’évolution des techniques, de la production artisanale à la production industrielle actuelle, des transformations multiples.

2. Histoire des techniques

C’est dans le nord-est de l’Iran, région riche en cuivre, en malachite et en bois — nécessaire à la cuisson —, que les techniques de métallurgie semblent s’être développées en premier lieu. Les Perses ont appris l’essentiel des techniques de métallurgie en utilisant le cuivre extrait localement et ont appliqué, par la suite, leur savoir-faire aux autres métaux. À partir du nord-est de l’Iran, les produits, et peut-être aussi les fabricants, se sont déplacés peu à peu vers d’autres régions, répandant ainsi les nouvelles techniques jusqu’en Mésopotamie, à travers la Perse occidentale, le long de la côte orientale méditerranéenne jusqu’en Égypte ancienne, à travers l’Afrique du Nord et jusqu’à l’Espagne. Un second itinéraire semble avoir relié l’ouest de l’Iran à l’Anatolie, puis continué vers l’Europe en passant par le détroit de l’Hellespont.

Le premier travail du métal semble donc avoir été celui du cuivre, dans le courant du XIe millénaire. Les pépites de cuivre étaient utilisées à l’état naturel, façonnées par pilage et battage, méthodes déjà utilisées pour travailler le silex et l’obsidienne. C’est grâce à des vestiges d’ornements datant de cette époque que l’on a pu retracer cette activité si précoce.

Les techniques employées dans le travail des métaux ont évolué en étroite relation avec les progrès de la métallurgie. Elles peuvent se diviser en deux grandes étapes : la mise en forme et le décor.

1. La mise en forme

Les principaux procédés de mise en forme des métaux sont le forgeage, au cours duquel le métal est chauffé à blanc puis frappé au marteau ou compressé pour être modelé, et la fonte, pour laquelle le métal est fondu puis coulé dans un moule.

1.1. Le forgeage

C’est vers 5000 av. J.-C. que se situent les premiers témoignages de forgeage. Les pépites étaient martelées après avoir été chauffées à blanc, puis refroidies. Cette opération, répétée régulièrement au cours du martelage, permettait de conserver le métal à l’état malléable. La chauffe se faisait alors au feu de bois, qui servait également à la cuisson des poteries : on appelle ce procédé « le recuit ». Un martelage répété sans chauffage aurait rendu le métal trop dur et cassable, créant ainsi des fissures. Au Moyen Âge, pour donner davantage de solidité au fer forgé, on le trempait dans un bain après l’avoir chauffé.

La technique du forgeage évolue parallèlement à celle de la fonte, apparue plus tardivement, et devient l’étape suivant la fonte dans le traitement des métaux.

1.2. La fonte et les alliages

L’invention du four fermé à double compartiment, un peu avant 4000 av. J.-C., entraîne au cours des siècles suivants un passage progressif à la fonte des minerais. Ce sont les premiers pas de la métallurgie. On commence par faire fondre de petits morceaux de cuivre ou de malachite (de laquelle on peut, dans certaines conditions, extraire du cuivre). Une fois fondu, le métal est coulé dans un moule dont il prend la forme. Cette mise en forme peut nécessiter ensuite un travail de finition, alors effectué par forgeage.

La maîtrise de la fonte ouvre la voie aux techniques d’alliage appliquées à divers minerais. L’évolution est lente. On trouve, vers 3000 av. J.-C., des traces de tâtonnement sur des minerais composés (roches possédant une ou deux particules métalliques différentes). On continue à façonner de petits outils de cuivre en alliant le procédé de la fonte à celui du forgeage. On a toutefois retrouvé des armes et des outils appartenant à la période prédynastique égyptienne (v. 3000 av. J.-C.), qui étaient indubitablement moulés à partir de cuivre coulé. On a dégagé des tombeaux royaux de la Ire dynastie (v. 3100-2907 av. J.-C.), situés à Ur (Mésopotamie), de nombreux objets travaillés en or, en argent, en électrum (alliage naturel d’or et d’argent), en cuivre et même en bronze primitif. Ces objets ont été réalisés à la fois selon les méthodes de moulage à moule ouvert et de moulage à cire perdue (procédé qui consiste à mouler un plâtre sur un modèle de cire que l’on fait ensuite fondre pour le remplacer par du métal en fusion).

On considère qu’au milieu du IIIe millénaire, les principales techniques de travail des métaux sont déjà connues et qu’elles sont appliquées à l’argent, à l’or et aux alliages naturels de l’électrum et du bronze. Le façonnage est réalisé par forgeage à chaud et à froid ou par battage, puis par martelage, techniques pour lesquelles on se sert de marteaux en hématite lisses ; par recuisson et pilage, techniques qui permettent de passer au polissage et à l’abrasion utilisés dans la fabrication de miroirs. On travaille également le métal en feuilles, au marteau, puis par soudage et finalement par moulage. Après la découverte de la fonte, on utilise le battage pour aplanir les masses de métaux en feuilles ; certaines formes de battage continuent à être nécessaires jusqu’à l’invention, à la fin du XVIIe siècle, du laminoir capable de produire des feuilles de métal par des moyens mécaniques.

D’autres méthodes, telles que la centrifugation, ont été introduites pour le façonnage industriel, mais l’assemblage, le battage, la recuisson et le moulage ont été et sont toujours les méthodes utilisées dans les arts du métal. Toutefois, au XXe siècle, la création artistique s’est souvent servie des procédés industriels de façonnage des métaux.

2. Les techniques décoratives

La plupart des techniques décoratives se seraient développées parallèlement à la circulation des matériaux bruts, par le biais du commerce, dans les civilisations urbaines du sud-ouest de l’Iran, de la Mésopotamie et de l’Égypte ancienne. Si elles sont parfois exécutées en même temps que la mise en forme, les techniques de décoration constituent cependant le plus souvent des étapes de finition à part entière.

2.1. Le repoussé

La décoration des métaux repose sur leur malléabilité. Les premières formes de décoration sont probablement nées du même procédé de battage que celui utilisé pour le façonnage. Il est en effet possible de créer ainsi des sillons ou des reliefs sur le métal en choquant sa surface afin de produire des effets de stries parallèles comme sur les coupes et les jattes en cuivre découvertes dans les sépultures royales d’Ur. Si l’on emploie des feuilles de métal, c’est la surface préparée de l’enclume qui imprime son dessin au métal. Un martelage plus localisé et sélectif peut produire de simples bossages ou des effets picturaux en relief. Cette technique, connue généralement sous le nom de repoussé, a été utilisée pendant plus de quatre mille ans. C’est en Europe aux XVIe et XVIIe siècles qu’elle atteint son apogée avec la fabrication d’ustensiles précieux en or et en argent d’un usage ecclésiastique ou domestique.

2.2. La gravure et la ciselure

Sous le nom de gravure, on désigne plusieurs techniques décoratives permettant de réaliser des motifs linéaires en enlevant de la matière. Celle-ci est retirée à la pointe, au trait avec un burin, ou au champlevé. Dans la technique du champlevé, on retire le métal, non plus de façon linéaire, mais en surface. Au XVIIIe siècle, on met au point le guilloché, gravure mécanique en général appliquée aux métaux précieux.

La technique de ciselure ne prélève pas de matière. Le métal est simplement relevé et frappé pour donner du relief à la surface. On distingue la ciselure au repoussé, la ciselure au mat et, à partir du XVIIIe siècle, la ciselure à la molette. Ces variantes dépendent de la forme des ciselets employés. La ciselure à la molette permet d’obtenir un décor plus régulier.

2.3. Le brunissage et le polissage

On peut également imprimer une surface de motifs récurrents de lignes brettelées, créant ainsi des parties mates ou irrégulières contrastant avec les autres parties polies et réfléchissantes. Pour noircir certaines zones, on fait appel à l’utilisation d’acide, technique surtout prisée pour l’acier des armures et des armes. Au XIXe siècle, on met au point un procédé d’oxydation par le soufre, permettant de réaliser des effets d’assombrissement sur des surfaces d’argent poli.

2.4. La dorure et l’argenture

Dorure et argenture permettent de donner un aspect précieux à un métal moins noble. Les procédés de placage ont évolué du simple martelage d’une feuille sur une autre à la dorure au mercure, puis à la dorure ou argenture par électrochimie. Dans le cas de la dorure au mercure, l’or ou l’argent est d’abord mélangé, sous forme de poudre, au mercure. Ce mélange est ensuite réparti sur la surface voulue, puis chauffé de manière à obtenir l’évaporation du mercure et à souder le métal précieux sur le métal d’origine. Technique dangereuse en raison des émanations de mercure, elle est remplacée, au milieu du XIXe siècle, par le procédé électrochimique. Encore employée de nos jours, l’électrochimie permet de dorer ou d’argenter un objet en métal en le plongeant dans un bain dans lequel passe un courant électrique. Les molécules de métal précieux viennent se fixer sur l’objet.

2.5. Les différents types d’incrustations

Le damasquinage, méthode d’incrustation de petits filets de métal, dans un objet constitué d’un métal différent, aux fins de décoration, est mis au point au Moyen Âge dans la ville de Damas (Syrie). Toutefois, on a trouvé la trace d’un type d’incrustation équivalente sur des vaisseaux chinois datant du Ier millénaire.

Le filigrane peut être fait en or ou en argent ; des motifs ajourés sont travaillés à partir de câbles minuscules constitués de deux ou trois fils d’or ou d’argent juxtaposés ou nattés. Aux XVIe et XVIIe siècles, on utilise beaucoup le filigrane dans la décoration de vases et de vaisseaux, particulièrement en Italie et en Allemagne, ainsi qu’en Amérique du Sud aux XVIIIe et XIXe siècles. Dans les pays russes et scandinaves, le filigrane a subsisté comme artisanat régional, et il est utilisé dans la confection de coffrets, d’étuis de miroirs et de bijoux. Cette technique est fragile et, à l’exception des bijoux, nécessite un matériau de renforcement.

La technique de l’ajouré, utilisée dans les arts ménagers et parfois dans la bijouterie, consiste à découper ou à percer des motifs dans le métal. Elle est très employée de la fin du XVIIe au début du XIXe siècle. La technique inverse, consistant à créer des motifs en relief en soudant de petites pièces ou des motifs découpés sur une surface plane, est également très employée.

2.6. Le serti et l’émail

Le serti ou enchâssement de pierres précieuses ou semi-précieuses, de bois exotiques, d’ivoire, de jade ou d’ambre est une autre manière d’orner le métal. Dès l’Antiquité, le mobilier de cérémonie est aussi orné que les bijoux ou les objets de culte. Les émaux et le nielle (émail noir sur argenterie) font aussi partie du répertoire décoratif. Toutefois, l’usage de ces techniques s’est progressivement restreint à la décoration de petits objets, et surtout à la bijouterie.

3. Les différents métaux

La forme, la fonction et l’aspect des objets en métal sont largement déterminés par la nature du métal utilisé. Les métaux précieux (l’or et l’argent, notamment) sont les plus malléables, tandis que les caractéristiques des métaux de base (cuivre, fer-blanc, plomb et fer) et de leurs alliages (bronze, laiton et étain) peuvent être très variables.

1. Le bronze

Composé de cuivre rouge et d’étain, le premier alliage de bronze est vraisemblablement fait au Proche-Orient dès le VIIIe millénaire. Mais la production ne semble s’être généralisée que vers 1500 av. J.-C. en Eurasie. On a toutefois retrouvé à Mycènes des armes en bronze, ainsi que des objets décoratifs de petite taille datant de la première moitié du IIe millénaire. Plus aisé à couler que le cuivre, le bronze donnait des outils et armes de meilleure qualité. Sa faible malléabilité, en revanche, rendait impossible un travail au repoussé, par exemple. L’alliage est progressivement affiné au cours des siècles, et on a su très tôt que les meilleures proportions étaient un volume d’étain pour dix volumes de cuivre.

En Europe et au Moyen-Orient, le bronze est principalement utilisé pour fabriquer des armes et des outils tranchants — épées, lances, têtes de flèches, boucliers et haches —, ainsi que des récipients et des chaudrons. Au cours du Ier millénaire, le bronze est très employé en Grèce, puis à Rome, comme élément de mobilier (trépieds, armatures de lits et de tables, lampes à huile, pieds de lampe), souvent décoré d’animaux ou de feuilles en relief. Dans l’art celtique, le bronze battu sert à fabriquer des objets quotidiens dès le milieu du IIe millénaire.

En Chine, il semble que le bronze ait été presque exclusivement utilisé pour la fabrication de cloches, de miroirs et de récipients de diverses formes correspondant à des fonctions rituelles précises pour les armes et la décoration du harnachement des chevaux et des chariots. Les objets conservent encore une patine rouge ou verte qui révèle l’usage de l’oxydation artificielle. Cette première ère du bronze en Chine s’étend du milieu de la dynastie Shang (v. 1500 av. J.-C.) à la fin de la dynastie Qin (206 av. J.-C.).

En Europe, le IXe siècle semble avoir été propice à une création artistique abondante. Les portes de la chapelle Palatine à Aix-la-Chapelle témoignent à la fois de la qualité du travail des bronziers et de leur localisation privilégiée dans les pays germaniques dans lesquels on constatera longtemps une forte tradition. Le Moyen Âge délaisse la production de bronze au profit du laiton. En Italie, on trouve davantage de trace d’une activité héritée de Rome. Parmi les plus belles œuvres italiennes en bronze, on peut citer la Porte du Paradis (1429-1452), réalisée en bronze doré par Lorenzo Ghiberti pour le baptistère de Florence. Elle est composée de dix panneaux rectangulaires, encastrés les uns dans les autres, qui représentent des scènes bibliques en haut relief. L’Italie apparaît à cette époque comme le plus important centre de fondeurs de bronze du monde, et de nombreux autres artistes de la Renaissance (Filippo Brunelleschi, Donatello, Della Robbia) ont recours à ce matériau. En France, on trouve des fondeurs de bronze à Fontainebleau au XVIe siècle. Sous Louis XIV, la faveur accordée à l’art de la statuaire entraîne une importante production en bronze.

Aux XVIIIe et XIXe siècles, on ajoute au mobilier d’art de nombreux accessoires en bronze doré ou similor. Les motifs saillants et richement décorés sont posés sur les bordures, les tiroirs et les pieds des meubles. Le XIXe siècle voit naître une production en série de moindre qualité d’œuvres de Carrier-Belleuse, Moreau, Chéret ou Barbedienne, qui meublent les intérieurs bourgeois.

2. Le cuivre

Le cuivre pur entre dans la composition du laiton et du bronze, souvent utilisé dans la fabrication d’objets quotidiens. Il a, toutefois, été plus employé dans la création artistique qu’on ne le pense. En témoigne une grande statue faite de feuilles de cuivre martelé et datant de l’époque du pharaon Pépi Ier (v. 2289-2255 av. J.-C., VIe dynastie, Musée égyptien du Caire).

Dans l’Antiquité et sur le pourtour de la Méditerranée, le cuivre est remplacé par le bronze dans la fabrication des armes et des outils ; toutefois, il continue à être utilisé pour la vaisselle, les coupes et les ustensiles domestiques légers. Important complément du bronze, le cuivre est par la suite employé comme matériau durcissant de l’argent et de l’or.

En Europe, à partir du Moyen Âge, le cuivre sert également de base aux plaques d’émail champlevé, car sa malléabilité facilite l’excavation des alvéoles pour l’insertion de la pâte de verre colorée.

Les Pays-Bas étaient le plus grand fabricant d’articles en laiton, alliage de cuivre et de zinc, souvent appelé cuivre jaune par opposition au cuivre rouge ou cuivre pur. La ville de Dinant (aujourd’hui en Belgique) était alors la principale productrice et exportatrice de plats en laiton ornés de décoration en relief.

Les artisans orientaux qui s’installent à Venise au XVe siècle apportent avec eux un renouveau du travail du cuivre, dont témoignent les récipients, aiguières, plats et chandeliers damasquinés d’or et d’argent, aux ornements orientaux raffinés. Leur technique est reprise au milieu du XVIe siècle par les artisans vénitiens, qui adaptent les styles renaissants à leurs décorations.

Le laiton est toujours utilisé au XXe siècle pour les marteaux et seuils de portes, les boîtes aux lettres, les bougeoirs et les accessoires de cheminée.

3. Le plomb

Apprécié pour ses propriétés isolantes davantage que pour ses qualités esthétiques, le plomb est un métal fragile qui doit être fréquemment remplacé. Les Romains disposent, après le traitement de l’argent, d’une grande quantité de plomb qu’ils réutilisent pour leurs toitures, les cercueils, les citernes à eau, les canalisations et la plomberie. Matériau très malléable, le plomb se travaille facilement. En Europe, au Moyen Âge, il est utilisé dans la fabrication de sceaux et de monnaie pour certains objets du culte (crosses, calices, patènes, etc.) placés dans les sépultures de dignitaires de l’Église. Au XVIIe siècle, on apprécie les statues de jardin en plomb et ce goût se prolonge jusqu’au XVIIIe siècle. Sa résistance à l’oxydation en a fait un matériau privilégié en architecture (gouttières, encadrements de lucarnes, etc.).

4. L’étain

L’extraction de l’étain date de l’Antiquité. Les Romains, entre autres, possèdent des mines à ciel ouvert dans certaines provinces de l’Empire, dans la péninsule Ibérique et les îles Britanniques. Le traitement, après préparation du minerai, permet d’obtenir trois qualités d’étain : l’étain « claire étoffe », composé d’une forte proportion de plomb (jusqu’à 40 p. 100), n’est pas utilisé dans la fabrication d’objets quotidiens. L’« étain commun », composé de cuivre, de bismuth et de plomb, et l’« étain fin », composé de 90 p. 100 d’étain, de bismuth, de cuivre et d’antimoine, sont en revanche utilisés dans la fabrication de vaisselle. L’étain fin est le plus beau des trois et devient brillant une fois poli. Ce métal est mis en forme au marteau ou fondu. On a trouvé quelques témoignages du travail de l’étain remontant au XIXe siècle av. J.-C. La Rome antique donne naissance à une tradition féconde qui s’éteint toutefois avec la chute de l’Empire. Le Moyen Âge semble avoir délaissé son usage et l’on ne connaît pas d’exemple avant le XIVe siècle, excepté les calices et les patènes retrouvés dans les tombes de prêtres à Metz. On a conservé davantage d’objets de facture allemande, comme la cuve baptismale de l’église de la Vierge à Mayence datant de 1320 environ, ou comme les salières du musée de Cluny (Paris). Au XVIIe siècle, la France remet l’étain à l’honneur et on commence à parler d’une « orfèvrerie d’étain ». Il est vrai que les motifs et les formes utilisés pour l’étain sont, à partir de cette date, copiés sur les pièces d’argenterie. Au XIXe siècle, l’étain connaît une faveur toute particulière. Son aspect brillant, lorsqu’il est neuf, en fait un alter ego meilleur marché de l’argent pour toute une classe de la société.

5. Le fer

Si l’on a retrouvé la trace d’un travail très précoce du fer météorique à Gerze en Turquie (3500 av. J.-C.) ou en Anatolie (v. 1400 av. J.-C.), il faut attendre le VIe siècle av. J.-C. pour noter la présence d’une activité à grande échelle en Chine. Les Chinois sont sans doute les premiers à couler le fer. Ils se servent en effet de supports en fer coulés dans la construction des pagodes, par exemple.

Au IVe siècle av. J.-C., le travail du fer indien est déjà réputé. Un des exemples les plus importants est sans doute le pilier en fer de la mosquée d’Altamsh à Delhi (8 m de haut pour 6 t).

Peu utilisé en tant que matériau d’art par les Grecs et les Romains, le fer a surtout servi à la fabrication d’armes. La production de lames de la vallée du Rhin notamment et celle des pays scandinaves ont longtemps été réputées.

Au Moyen Âge, la France semble avoir développé un art du fer forgé de grande qualité, quoique nous n’en ayons que peu de témoignages avant le XIIIe siècle. On peut cependant citer les grilles de l’abbaye d’Ourscamp (conservées au musée Le Secq des Tournelles à Rouen). On connaît certains objets des XIIIe et XIVe siècles, tels des chandeliers et des coffres témoignant d’un véritable art du fer forgé à destination ecclésiastique.

À partir du XIVe siècle, la ferronnerie, influencée par l’Italie, prend un essor nouveau. Les grilles des églises témoignent d’une inventivité hors du commun. Elles sont ornées d’un décor presque architectural à motifs végétaux ou animaux. À la Renaissance, c’est en Italie et en Espagne que se trouvent les grands centres de ferronnerie. Au XVIe siècle, les ouvrages de serrurerie prennent, en France, une ampleur nouvelle, donnant des pièces d’une grande finesse. Au milieu du XVIIe siècle, la ferronnerie française prend un nouvel essor. C’est de cette époque que datent les premiers balcons, les rampes d’escalier, alors que le fer est encore considéré comme un matériau précieux. Parmi les plus belles réalisations de l’époque, il faut citer les balcons du premier étage de la cour de marbre à Versailles (1679), la grille du château de Maisons (v. 1650, musée du Louvre). Au XVIIIe siècle, l’art de la ferronnerie s’oriente vers un raffinement toujours plus léger. Les créations se multiplient dans toute la France : place Royale à Nancy, ou encore place de la Bourse à Bordeaux. Le XIXe siècle et son inspiration néoclassique imposent des compositions plus sobres. Techniquement, on passe de la forge à la fonte. La fin du XIXe siècle et le tout début du XXe siècle sont marqués en Europe par un renouveau de la ferronnerie, lié à un intérêt des artistes de l’époque pour l’artisanat. On peut citer le travail de Victor Horta à Bruxelles, celui de Charles Rennie Mackintosh à Glasgow ou celui d’Antoni Gaudí à Barcelone. En France, Louis Majorelle et Hector Guimard renouvellent l’art du fer forgé.

Pour le travail des métaux précieux, voir orfèvrerie.