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| 2. | Histoire des techniques |
C’est dans le nord-est de l’Iran, région riche en cuivre, en malachite et en bois — nécessaire à la cuisson —, que les techniques de métallurgie semblent s’être développées en premier lieu. Les Perses ont appris l’essentiel des techniques de métallurgie en utilisant le cuivre extrait localement et ont appliqué, par la suite, leur savoir-faire aux autres métaux. À partir du nord-est de l’Iran, les produits, et peut-être aussi les fabricants, se sont déplacés peu à peu vers d’autres régions, répandant ainsi les nouvelles techniques jusqu’en Mésopotamie, à travers la Perse occidentale, le long de la côte orientale méditerranéenne jusqu’en Égypte ancienne, à travers l’Afrique du Nord et jusqu’à l’Espagne. Un second itinéraire semble avoir relié l’ouest de l’Iran à l’Anatolie, puis continué vers l’Europe en passant par le détroit de l’Hellespont.
Le premier travail du métal semble donc avoir été celui du cuivre, dans le courant du XIe millénaire. Les pépites de cuivre étaient utilisées à l’état naturel, façonnées par pilage et battage, méthodes déjà utilisées pour travailler le silex et l’obsidienne. C’est grâce à des vestiges d’ornements datant de cette époque que l’on a pu retracer cette activité si précoce.
Les techniques employées dans le travail des métaux ont évolué en étroite relation avec les progrès de la métallurgie. Elles peuvent se diviser en deux grandes étapes : la mise en forme et le décor.
| 1. | La mise en forme |
Les principaux procédés de mise en forme des métaux sont le forgeage, au cours duquel le métal est chauffé à blanc puis frappé au marteau ou compressé pour être modelé, et la fonte, pour laquelle le métal est fondu puis coulé dans un moule.
| 1.1. | Le forgeage |
C’est vers 5000 av. J.-C. que se situent les premiers témoignages de forgeage. Les pépites étaient martelées après avoir été chauffées à blanc, puis refroidies. Cette opération, répétée régulièrement au cours du martelage, permettait de conserver le métal à l’état malléable. La chauffe se faisait alors au feu de bois, qui servait également à la cuisson des poteries : on appelle ce procédé « le recuit ». Un martelage répété sans chauffage aurait rendu le métal trop dur et cassable, créant ainsi des fissures. Au Moyen Âge, pour donner davantage de solidité au fer forgé, on le trempait dans un bain après l’avoir chauffé.
La technique du forgeage évolue parallèlement à celle de la fonte, apparue plus tardivement, et devient l’étape suivant la fonte dans le traitement des métaux.
| 1.2. | La fonte et les alliages |
L’invention du four fermé à double compartiment, un peu avant 4000 av. J.-C., entraîne au cours des siècles suivants un passage progressif à la fonte des minerais. Ce sont les premiers pas de la métallurgie. On commence par faire fondre de petits morceaux de cuivre ou de malachite (de laquelle on peut, dans certaines conditions, extraire du cuivre). Une fois fondu, le métal est coulé dans un moule dont il prend la forme. Cette mise en forme peut nécessiter ensuite un travail de finition, alors effectué par forgeage.
La maîtrise de la fonte ouvre la voie aux techniques d’alliage appliquées à divers minerais. L’évolution est lente. On trouve, vers 3000 av. J.-C., des traces de tâtonnement sur des minerais composés (roches possédant une ou deux particules métalliques différentes). On continue à façonner de petits outils de cuivre en alliant le procédé de la fonte à celui du forgeage. On a toutefois retrouvé des armes et des outils appartenant à la période prédynastique égyptienne (v. 3000 av. J.-C.), qui étaient indubitablement moulés à partir de cuivre coulé. On a dégagé des tombeaux royaux de la Ire dynastie (v. 3100-2907 av. J.-C.), situés à Ur (Mésopotamie), de nombreux objets travaillés en or, en argent, en électrum (alliage naturel d’or et d’argent), en cuivre et même en bronze primitif. Ces objets ont été réalisés à la fois selon les méthodes de moulage à moule ouvert et de moulage à cire perdue (procédé qui consiste à mouler un plâtre sur un modèle de cire que l’on fait ensuite fondre pour le remplacer par du métal en fusion).
On considère qu’au milieu du IIIe millénaire, les principales techniques de travail des métaux sont déjà connues et qu’elles sont appliquées à l’argent, à l’or et aux alliages naturels de l’électrum et du bronze. Le façonnage est réalisé par forgeage à chaud et à froid ou par battage, puis par martelage, techniques pour lesquelles on se sert de marteaux en hématite lisses ; par recuisson et pilage, techniques qui permettent de passer au polissage et à l’abrasion utilisés dans la fabrication de miroirs. On travaille également le métal en feuilles, au marteau, puis par soudage et finalement par moulage. Après la découverte de la fonte, on utilise le battage pour aplanir les masses de métaux en feuilles ; certaines formes de battage continuent à être nécessaires jusqu’à l’invention, à la fin du XVIIe siècle, du laminoir capable de produire des feuilles de métal par des moyens mécaniques.
D’autres méthodes, telles que la centrifugation, ont été introduites pour le façonnage industriel, mais l’assemblage, le battage, la recuisson et le moulage ont été et sont toujours les méthodes utilisées dans les arts du métal. Toutefois, au XXe siècle, la création artistique s’est souvent servie des procédés industriels de façonnage des métaux.
| 2. | Les techniques décoratives |
La plupart des techniques décoratives se seraient développées parallèlement à la circulation des matériaux bruts, par le biais du commerce, dans les civilisations urbaines du sud-ouest de l’Iran, de la Mésopotamie et de l’Égypte ancienne. Si elles sont parfois exécutées en même temps que la mise en forme, les techniques de décoration constituent cependant le plus souvent des étapes de finition à part entière.
| 2.1. | Le repoussé |
La décoration des métaux repose sur leur malléabilité. Les premières formes de décoration sont probablement nées du même procédé de battage que celui utilisé pour le façonnage. Il est en effet possible de créer ainsi des sillons ou des reliefs sur le métal en choquant sa surface afin de produire des effets de stries parallèles comme sur les coupes et les jattes en cuivre découvertes dans les sépultures royales d’Ur. Si l’on emploie des feuilles de métal, c’est la surface préparée de l’enclume qui imprime son dessin au métal. Un martelage plus localisé et sélectif peut produire de simples bossages ou des effets picturaux en relief. Cette technique, connue généralement sous le nom de repoussé, a été utilisée pendant plus de quatre mille ans. C’est en Europe aux XVIe et XVIIe siècles qu’elle atteint son apogée avec la fabrication d’ustensiles précieux en or et en argent d’un usage ecclésiastique ou domestique.
| 2.2. | La gravure et la ciselure |
Sous le nom de gravure, on désigne plusieurs techniques décoratives permettant de réaliser des motifs linéaires en enlevant de la matière. Celle-ci est retirée à la pointe, au trait avec un burin, ou au champlevé. Dans la technique du champlevé, on retire le métal, non plus de façon linéaire, mais en surface. Au XVIIIe siècle, on met au point le guilloché, gravure mécanique en général appliquée aux métaux précieux.
La technique de ciselure ne prélève pas de matière. Le métal est simplement relevé et frappé pour donner du relief à la surface. On distingue la ciselure au repoussé, la ciselure au mat et, à partir du XVIIIe siècle, la ciselure à la molette. Ces variantes dépendent de la forme des ciselets employés. La ciselure à la molette permet d’obtenir un décor plus régulier.
| 2.3. | Le brunissage et le polissage |
On peut également imprimer une surface de motifs récurrents de lignes brettelées, créant ainsi des parties mates ou irrégulières contrastant avec les autres parties polies et réfléchissantes. Pour noircir certaines zones, on fait appel à l’utilisation d’acide, technique surtout prisée pour l’acier des armures et des armes. Au XIXe siècle, on met au point un procédé d’oxydation par le soufre, permettant de réaliser des effets d’assombrissement sur des surfaces d’argent poli.
| 2.4. | La dorure et l’argenture |
Dorure et argenture permettent de donner un aspect précieux à un métal moins noble. Les procédés de placage ont évolué du simple martelage d’une feuille sur une autre à la dorure au mercure, puis à la dorure ou argenture par électrochimie. Dans le cas de la dorure au mercure, l’or ou l’argent est d’abord mélangé, sous forme de poudre, au mercure. Ce mélange est ensuite réparti sur la surface voulue, puis chauffé de manière à obtenir l’évaporation du mercure et à souder le métal précieux sur le métal d’origine. Technique dangereuse en raison des émanations de mercure, elle est remplacée, au milieu du XIXe siècle, par le procédé électrochimique. Encore employée de nos jours, l’électrochimie permet de dorer ou d’argenter un objet en métal en le plongeant dans un bain dans lequel passe un courant électrique. Les molécules de métal précieux viennent se fixer sur l’objet.
| 2.5. | Les différents types d’incrustations |
Le damasquinage, méthode d’incrustation de petits filets de métal, dans un objet constitué d’un métal différent, aux fins de décoration, est mis au point au Moyen Âge dans la ville de Damas (Syrie). Toutefois, on a trouvé la trace d’un type d’incrustation équivalente sur des vaisseaux chinois datant du Ier millénaire.
Le filigrane peut être fait en or ou en argent ; des motifs ajourés sont travaillés à partir de câbles minuscules constitués de deux ou trois fils d’or ou d’argent juxtaposés ou nattés. Aux XVIe et XVIIe siècles, on utilise beaucoup le filigrane dans la décoration de vases et de vaisseaux, particulièrement en Italie et en Allemagne, ainsi qu’en Amérique du Sud aux XVIIIe et XIXe siècles. Dans les pays russes et scandinaves, le filigrane a subsisté comme artisanat régional, et il est utilisé dans la confection de coffrets, d’étuis de miroirs et de bijoux. Cette technique est fragile et, à l’exception des bijoux, nécessite un matériau de renforcement.
La technique de l’ajouré, utilisée dans les arts ménagers et parfois dans la bijouterie, consiste à découper ou à percer des motifs dans le métal. Elle est très employée de la fin du XVIIe au début du XIXe siècle. La technique inverse, consistant à créer des motifs en relief en soudant de petites pièces ou des motifs découpés sur une surface plane, est également très employée.
| 2.6. | Le serti et l’émail |
Le serti ou enchâssement de pierres précieuses ou semi-précieuses, de bois exotiques, d’ivoire, de jade ou d’ambre est une autre manière d’orner le métal. Dès l’Antiquité, le mobilier de cérémonie est aussi orné que les bijoux ou les objets de culte. Les émaux et le nielle (émail noir sur argenterie) font aussi partie du répertoire décoratif. Toutefois, l’usage de ces techniques s’est progressivement restreint à la décoration de petits objets, et surtout à la bijouterie.