Hugo, Victor
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Hugo, Victor
3. Le chef de file du romantisme
1. Le créateur du drame romantique

En 1827, la préface que Victor Hugo rédige pour son drame historique, Cromwell — sa première œuvre dramatique majeure —, devient immédiatement le manifeste du théâtre romantique. Ce traité se divise en trois parties : la première, à finalité destructrice, condamne les règles aristotéliciennes de l’unité de lieu et de temps (deux des règles appliquées dans le théâtre classique) ; la deuxième partie recommande en revanche de conserver la seule règle acceptable, celle qui concerne l’unité d’action ; la troisième partie, enfin, affirme le droit et le devoir, pour l’art, de représenter la réalité sous tous ses aspects. Hugo définit ainsi, contre l’esthétique du théâtre classique (voir classicisme), les règles d’un nouveau genre théâtral, le drame romantique.

Le drame romantique né des théories de Hugo se caractérise par l’introduction du laid et du grotesque sur la scène théâtrale, par un plus grand souci de la couleur locale et surtout par le mélange des genres — puisqu’au sein d’un même drame figurent des éléments tragiques et comiques.

Le 25 février 1830, la représentation de la pièce Hernani, qui donne à Hugo l’occasion de mettre lui-même en pratique ses principes, se déroule dans une atmosphère surchauffée par les polémiques entre défenseurs de la tradition et tenants des nouvelles doctrines. C’est cette soirée mouvementée, restée dans l’histoire littéraire sous le nom de « bataille d’Hernani », qui fait officiellement de Hugo le chef de file du romantisme français. Hugo illustre encore ses théories au théâtre, notamment avec des drames passionnés comme Le roi s’amuse (1832), interdit par la censure, Lucrèce Borgia (1833) et surtout Ruy Blas (1838), qui parachève son projet théâtral. Voir romantisme.

2. Le poète lyrique

Sa renommée de poète lyrique est confirmée par la publication de plusieurs recueils de vers. L’éclatante révélation de Hugo comme poète romantique date en effet de 1829 avec le recueil des Orientales, nourri d’images de la Grèce en flammes et de visions de villes espagnoles. Des Feuilles d’automne (1831) au recueil les Rayons et les Ombres (1840), s’affirment les thèmes majeurs d’une poésie à la fois intimiste et méditative, voire visionnaire : la nature, l’amour, le droit du rêve. Dans les Voix intérieures (1837) apparaît le personnage d’Olympio, double et interlocuteur du poète, immortalisé peu après par le célèbre poème « Tristesse d’Olympio » dans les Rayons et les Ombres.

3. Roman et idéologie

L’évolution de Hugo du catholicisme et du monarchisme vers une pensée libérale et sociale, vers la compassion pour le petit peuple, est perceptible dans toute son œuvre, mais c’est dans ses romans qu’elle apparaît de la façon la plus flagrante. C’est en 1831 qu’est publié le premier des grands romans historiques de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, qui met en scène un couple devenu mythique, Quasimodo et Esmeralda. Hugo avait débuté auparavant dans la prose avec Han d’Islande (1823) et Bug-Jargal (1826) et, en 1829, il avait publié un court texte, mystérieux et provocant, contre la peine de mort : le Dernier Jour d’un condamné. D’emblée, le récit hugolien, quoique pittoresque et romanesque, prend une orientation très critique : raillant les genres en vogue, il pose en outre, sur le mode ironique le plus souvent, les problèmes de l’actualité politique et sociale ou de la misère ouvrière (Claude Gueux, 1834), tout en s’interrogeant sur les moyens par lesquels le peuple pourrait conquérir le droit à la parole (Notre-Dame de Paris).