Révolution française
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Révolution française
2. Les causes de la Révolution

Afin de mieux comprendre la Révolution française, il est nécessaire d’en analyser les causes et, ce faisant, de distinguer les causes profondes des causes immédiates.

1. Les causes profondes
1.1. Les contradictions sociales

Le principe fondamental régissant l’ordre social de l’Ancien Régime est l’organisation en trois ordres distincts, inégaux devant la loi et l’impôt.

Très minoritaires, la noblesse (environ 400 000 membres) et le clergé (quelque 115 000 membres) bénéficient de nombreux privilèges symboliques et substantiels par rapport au tiers état (25,5 millions de personnes). Chacun de ces états est lui-même profondément divisé. Dans les rangs de l’aristocratie, la noblesse d’épée — de très ancienne lignée — méprise la noblesse de robe, anoblie par faveur royale. La noblesse de province (petits seigneurs souvent appauvris et parlementaires des villes) accuse l’aristocratie de cour d’accaparer les avantages. Il en est de même au sein de l’Église : le haut clergé (archevêques, évêques en particulier) s’oppose au bas clergé (congrégations séculières, curés, vicaires, religieux), issu du tiers état et souvent misérable. Le tiers état est constitué d’une immense majorité de paysans, mais comprend également des artisans et des bourgeois (roturiers).

L’un des principaux ferments de tension sociale à la fin du XVIIIe siècle est la persistance d’une société rurale à structure féodale, alors que le début d’une révolution industrielle a engendré l’apparition d’une bourgeoisie urbaine. L’ascension de cette dernière est freinée par le cloisonnement en ordres et en corporations ainsi que par les privilèges de la noblesse. Cette force montante, qui dispose déjà du pouvoir économique, cherche à s’arroger le pouvoir politique pour imposer un cadre économique libéral qui lui soit favorable.

1.2. Une organisation archaïque

À la fin du XVIIIe siècle, les finances publiques sont organisées selon un système archaïque, sans aucune prévision budgétaire. Le roi se fait avancer les sommes nécessaires au budget de l’État par les fermiers généraux, lesquels se remboursent ensuite en levant l’impôt. Outre les trois impôts directs (taille, capitation, vingtièmes), il existe plusieurs impôts indirects, notamment la gabelle (sur le sel), les aides (sur les boissons) et les traites (droits de douane). Une répartition arbitraire, suivant les ordres et les régions, explique la persistance des déficits et l’accroissement de la dette. La masse paysanne dans son ensemble est écrasée par la charge des impôts, tandis que la bourgeoisie supporte de moins en moins toutes les taxes qui grèvent son activité. La noblesse et l’Église bénéficient de nombreux privilèges et exemptions. Toutes ces survivances de la féodalité volent en éclats au cours de la nuit du 4 août 1789.

La pratique du pouvoir monarchique par Louis XV et Louis XVI a tendance à évoluer vers un « despotisme éclairé », faisant appel à des ministres compétents et pragmatiques, favorables aux réformes. Mais les fondements de l’autorité du roi demeurent de caractère absolu et de nature autoritaire.

La France est un État fortement centralisé, mais sans aucune homogénéité administrative et juridique ; le droit romain s’impose dans le Sud, alors que le Nord vit suivant un droit coutumier. Les impôts, les lois, les systèmes de mesure varient d’une région à une autre. Enfin, les barrières douanières dont doivent s’acquitter les marchands à chaque fois qu’ils pénètrent dans une région constituent un frein aux échanges.

1.3. Les changements culturels

On a depuis longtemps imputé les fondements philosophiques de la Révolution à Voltaire et à Rousseau. Les idées des Lumières ont progressivement pénétré toutes les couches de la société. Le rationalisme et le progrès, l’aspiration à plus de liberté et d’égalité se répandent partout, y compris dans l’aristocratie. Mais la société d’ordre reste accrochée à ses privilèges et, dans certaines campagnes, on assiste même à une radicalisation du régime seigneurial de la part des petits nobles, souvent appauvris.

Outre ces fondements intellectuels et le caractère subversif de la philosophie des Lumières, les historiens actuels mettent l’accent sur les origines culturelles de la Révolution. Ils insistent sur la sécularisation des mentalités et sur l’émergence d’une opinion publique à la fin du XVIIIe siècle.

Dans un tel contexte, la nécessité d’un changement est ressentie par tous. La France semble mûre pour une réforme de la monarchie. Mais la Révolution va manifester une conjonction chaotique de plusieurs mécontentements : celui, traditionnel et violent, des émeutes populaires ; celui, nouveau, des « talents » inemployés, qui forment une masse d’intellectuels, bloqués dans leur désir d’ascension sociale.

2. Les causes immédiates

Depuis 1776, la France est sortie du cycle de croissance entamé en 1730. L’accroissement des dépenses de l’État, en particulier militaires avec la participation à la guerre de l’Indépendance américaine (1775-1783), a alourdi la dette publique au point que la monarchie parvient à peine à payer les intérêts.

Les solutions envisagées par des ministres éclairés et résolus de Louis XVI (Jacques Turgot, Jacques Necker, Calonne) impliquent toutes la fin des privilèges fiscaux et donc une forte contribution des classes exemptées. Tous se heurtent à la résistance de l’aristocratie, fortement attachée à ses privilèges.

En août 1774, Louis XVI nomme l’économiste libéral Jacques Turgot contrôleur général des Finances. Il tente d’unifier le système des impôts et de libéraliser le commerce. La plupart de ses réformes sont annulées, et Turgot est acculé à la démission en 1776 par la faction la plus conservatrice de la noblesse et du clergé, soutenue par la reine Marie-Antoinette. Son successeur, le financier Jacques Necker, n’a guère le temps de mettre en œuvre son programme d’économie budgétaire et d’élargissement de l’assiette fiscale avant sa chute, en 1781. Il acquiert néanmoins une certaine popularité en publiant un rapport sur les finances royales, qui révèle le coût élevé des privilèges.

Aux difficultés économiques et financières s’ajoute une crise agricole provoquée par une série de mauvaises récoltes. Après les rigueurs de l’hiver 1788, le pays connaît une pénurie de blé. En outre, la crise industrielle provoquée par l’arrêt des importations espagnoles de laine et de drap, ainsi que par l’ouverture du marché français aux produits anglais, en 1786, entraîne la fermeture de nombreuses manufactures. La misère populaire augmente, tandis que le nombre croissant de vagabonds génère un climat d’insécurité dans les campagnes, les « peurs ».

Le projet de réforme de l’intendant des Finances Calonne, en 1786, prévoit la création d’une subvention territoriale pesant sur tous les propriétaires. Il est rejeté par l’assemblée des notables, en 1787. Le conflit entre les parlements (composés de nobles) et le gouvernement dégénère en révolte. Les nobles en appellent à l’opinion publique pour réclamer la convocation d’états généraux — assemblée réunissant les représentants du clergé, de la noblesse et du tiers état — et fomentent de véritables émeutes qui plongent le pays dans l’anarchie pendant près d’un an (journée des Tuiles à Grenoble, le 7 juin 1788, assemblée de Vizille dans le Dauphiné). Leur objectif est en fait de déconsidérer le roi pour lui imposer un pouvoir aristocratique.