| Révolution française | Format lecture | ||||
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| 3. | La Révolution |
| 1. | Les États généraux |
En 1788, sous la pression de l’opinion, Louis XVI se résout à convoquer les états généraux, qui n’ont plus été réunis depuis 1614. Lors de la campagne précédant les élections aux états généraux, la censure est suspendue et un flot de pamphlets exprimant des idées inspirées des Lumières circule. Dans toutes les paroisses de France, des cahiers de doléances adressés au roi sont rédigés.
Jacques Necker, rappelé par Louis XVI en 1788, obtient le doublement de la représentation du tiers état (en majorité des bourgeois), qui doivent disposer d’autant de députés que la noblesse et le clergé réunis.
Les états généraux se réunissent à Versailles le 5 mai 1789. Rapidement se pose la question du mode de scrutin. Les privilégiés réclament un vote par ordre, leur assurant d’imposer leur point de vue, tandis que le tiers état exige un vote par « tête », lui garantissant la majorité. L’impasse de procédure (et l’épreuve de force) dure six semaines et, le 17 juin, le tiers état se proclame Assemblée nationale. Il est rejoint le 19 par la majorité des représentants du clergé (en grande partie des curés) conduits par Emmanuel Joseph Sieyès et par un groupe de nobles libéraux menés par le comte de Mirabeau (élu du tiers état). Méfiante à l’égard du gouvernement royal, qui a apporté son soutien à la noblesse et au clergé, l’Assemblée nationale se déclare seule habilitée à lever les impôts. En guise de représailles, Louis XVI lui supprime sa salle de réunion, la salle des Menus-Plaisirs. L’Assemblée nationale réplique, le 20 juin, en se réunissant dans une salle de Jeu de paume, où elle jure solennellement de ne pas se séparer avant d’avoir donné une constitution à la France (voir serment du Jeu de paume).
| 2. | L’Assemblée nationale constituante (juillet 1789-octobre 1791) |
| 2.1. | La rébellion ouverte |
La défiance des députés envers les décrets royaux et les mouvements de mutinerie dans l’armée conduisent le roi à capituler. Après avoir tenté, en vain, de revenir à la représentation en trois ordres, le 27 juin 1789, Louis XVI invite la noblesse et le clergé à rejoindre l’Assemblée nationale, qui s’érige en Assemblée nationale constituante le 9 juillet.
| 2.1.1. | La prise de la Bastille |
Cédant aux pressions de la reine et de son frère le comte d’Artois (futur Charles X), Louis XVI appelle plusieurs régiments étrangers loyalistes, qui viennent stationner à Paris et à Versailles. Le 11 juillet, il renvoie le très populaire Jacques Necker. Le peuple de Paris réagit à ce qu’il prend pour une provocation par des émeutes, qui commencent le 12 juillet. Le 14 juillet, la prison royale de la Bastille, symbole du despotisme de la dynastie des Bourbons, est prise d’assaut (voir prise de la Bastille).
Le roi rappelle Necker le 16 juillet et, le lendemain, il se fait présenter par Jean Sylvain Bailly, à l’Hôtel de Ville, la cocarde tricolore (bleu, blanc, rouge), nouveau symbole de la nation. Inquiets de la tournure des événements, le comte d’Artois et d’autres grands du royaume, les premiers émigrés de la Révolution, quittent le pays ce même jour.
| 2.1.2. | La « Grande Peur » |
La bourgeoisie parisienne, craignant d’être débordée par la « populace », a établi en hâte le 13 juillet un pouvoir municipal provisoire et organisé une milice populaire, qui prend le nom de Garde nationale. L’exemple de Paris est bientôt imité partout en France, et la Garde nationale est placée sous le commandement du marquis de La Fayette, qui s’est déjà illustré durant la guerre de l’Indépendance américaine. Incapable de refouler la marée montante de la révolte, Louis XVI retire ses troupes.
Depuis plusieurs années, la misère et la disette ont accru le brigandage et le vagabondage dans les campagnes françaises. Les événements de Paris et la crise politique amplifient le sentiment d’insécurité et sont à l’origine de la Grande Peur, qui se répand dans le pays à partir du 20 juillet 1789. Les paysans prennent les armes pour se défendre contre la menace supposée et, la crainte passée, se tournent contre la noblesse pour détruire les traces écrites des droits féodaux, allant parfois jusqu’à incendier les châteaux.
| 2.2. | Les lois fondamentales de la Révolution |
| 2.2.1. | L’abolition des privilèges |
Inquiète de voir le mouvement lui échapper, la bourgeoisie possédante décide de reprendre ces revendications à son compte. Dans la nuit du 3 au 4 août 1789, le clergé, la noblesse et la bourgeoisie du parti patriote votent l’abolition des privilèges (corvée, servitudes personnelles) et le rachat des autres droits seigneuriaux.
Dans les jours suivants, l’assemblée proclame l’égalité des peines, la libre admission à tous les emplois, l’abolition des dîmes levées par l’Église, ainsi que celle de la vénalité des charges et de tous les droits féodaux.
| 2.2.2. | La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen |
Dans la foulée, elle décide de placer en préambule de la future constitution une Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Inspiré de la philosophie des Lumières et conçu sur le modèle du préambule de la Constitution des États-Unis, ce texte est voté le 26 août 1789. Les idéaux révolutionnaires sont résumés sous la formule « Liberté, Égalité, Fraternité ».
Tandis que l’Assemblée constituante délibère, la population de Paris, affamée et alarmée par des rumeurs de conspiration royaliste, réclame du pain et s’agite. Des récits rapportant qu’au cours d’un banquet, à Versailles, la cocarde tricolore a été piétinée, font monter la tension. Les 5 et 6 octobre 1789, une foule de Parisiens, principalement des femmes, marche sur Versailles et entame le siège du palais royal. Louis XVI et sa famille sont secourus par La Fayette qui, à la demande des émeutiers, les escorte jusqu’au palais des Tuileries à Paris, où ils s’installent. Après cet épisode, les membres les plus conservateurs de l’Assemblée constituante, qui a suivi le roi à Paris, remettent leur démission. Dans la capitale, la pression des citoyens s’accentue tant sur la cour que sur l’Assemblée. La tendance la plus radicale domine de plus en plus à l’Assemblée, mais l’objectif premier, une monarchie constitutionnelle, est maintenu.
| 2.2.3. | Les grandes réformes |
La Constituante consacre la fin de l’année 1789 au vote des lois sur l’élection, le découpage administratif et les questions financières. Les provinces abolies sont remplacées par un découpage en 83 départements. Les titres héréditaires sont bannis, un jury populaire est institué pour les procès criminels, et une refonte complète des lois françaises est entreprise. En instaurant des conditions de propriété pour accéder au droit de vote, la Constitution réduit l’électorat aux seuls possédants. L’autorité législative est confiée à une assemblée unique composée de 745 membres élus suivant un scrutin indirect. La première rédaction de la Constitution reçoit l’approbation du souverain le 14 juillet 1790, au cours des cérémonies grandioses de la fête de la Fédération, au Champ-de-Mars à Paris, auxquelles participent des délégations de tout le pays.
Pour éviter la banqueroute financière, l’État est autorisé dès le mois de décembre 1789 à créer une formule qui devient papier-monnaie en mars-avril 1790 : l’assignat est garanti par les terres confisquées à l’Église, les biens nationaux, qui représentent un dixième de la superficie de la France.
| 2.2.4. | La Constitution civile du clergé |
La suppression de la dîme et la « mise à disposition de la nation des biens du clergé » (2 novembre 1790) exigent une redéfinition du statut de l’Église et de ses rapports avec l’État. Le 12 juillet 1790, est votée la Constitution civile du clergé, d’inspiration gallicane, destinée à être intégrée à la Constitution. L’organisation de l’Église est calquée sur celle du pays. Il doit désormais y avoir un seul évêque par département ; archevêques métropolitains, évêques et curés doivent être élus par des assemblées électorales. Chacun doit recevoir de l’État un traitement. Cette Constitution civile du clergé est approuvée par le roi en l’état.
Lasse d’attendre la consécration de la Constitution civile du clergé par le pape, l’Assemblée constituante exige des ecclésiastiques un serment de fidélité à la nation, le 27 novembre 1790. Cette décision provoque une cassure profonde et imprévue. Bien que la majorité des membres du bas clergé soit pourtant acquise à la Révolution, l’Église est divisée par un schisme. Les prêtres « constitutionnels » acceptent de prêter serment, tandis que les « réfractaires » continuent à ne reconnaître que l’autorité suprême du pape. La plupart d’entre eux prennent le parti de la contre-révolution. La population se retrouve en position de choisir entre un bas clergé dont elle se sent proche et les idéaux de la Révolution.
| 2.3. | L’échec du compromis entre le roi et la Révolution |
Les quinze mois séparant l’acceptation par Louis XVI du premier projet de constitution à l’achèvement de la version définitive enregistrent l’échec de la tentative de compromis entre le roi et la Révolution. Les rapports de force au sein du mouvement révolutionnaire évoluent sensiblement au profit des radicaux.
| 2.3.1. | La fuite du roi et son arrestation à Varennes |
Les rumeurs faisant état de contacts réguliers entre la reine Marie-Antoinette et son frère Léopold II, empereur du Saint Empire romain germanique, attisent la tendance radicale. Comme la plupart des autres monarques d’Europe, Léopold a recueilli les émigrés et ne fait pas mystère de son aversion envers la Révolution. La véritable rupture entre le peuple et la famille royale a lieu lorsque celle-ci tente de fuir à l’étranger ; elle est arrêtée à Varennes, le 21 juin 1791. Déjà discrédité par son hostilité manifeste à la Révolution, Louis XVI est ramené à Paris le 25 juin et provisoirement suspendu.
| 2.3.2. | L’émergence des clubs révolutionnaires |
Au sein du camp révolutionnaire, la modification du rapport de force provient avant tout de la méfiance et du mécontentement des couches populaires exclues des élections. Réclamant le droit de vote et surtout des mesures pour mettre fin à la misère, les couches populaires s’ancrent fermement dans le radicalisme. De plus en plus présent lors des débats de l’Assemblée, le peuple parisien exerce une pression sur les délibérations. Ce processus est accéléré par la création de clubs (club des Jacobins, des Cordeliers, etc.) qui, de Paris, font circuler les mots d’ordre révolutionnaires grâce à leurs ramifications dans tout le pays. Le vote de la loi Le Chapelier (14 juin 1791), qui interdit aux « citoyens d’un même état ou profession » de se regrouper, affirme le caractère bourgeois de la Révolution.
Le 17 juillet 1791, les sans-culottes se rassemblent sur le Champ-de-Mars pour soutenir une pétition réclamant la déposition du roi. Sous les ordres du marquis de La Fayette, la Garde nationale ouvre le feu sur les manifestants (voir fusillade du Champ-de-Mars). Ce bain de sang provoque une fracture définitive entre le peuple, favorable à l’instauration de la république, et une frange de la bourgeoisie. Les modérés, qui souhaitent une monarchie constitutionnelle, quittent le club des Jacobins et fondent le club des Feuillants.
Après avoir démis Louis XVI, la majorité modérée de l’Assemblée constituante, redoutant le désordre croissant, décide de réinstaller le roi sur le trône dans l’espoir de freiner la radicalisation de la Révolution et d’empêcher une intervention étrangère.
| 2.3.3. | La Constitution de 1791 |
Très différente du projet initial, la Constitution est finalement adoptée le 3 septembre 1791. Louis XVI, qui prête serment le 14, devient « roi des Français ». Il conserve l’autorité exécutive, mais ses moyens d’action sont strictement limités. Son pouvoir de veto est simplement suspensif, et l’Assemblée, souveraine et disposant d’un pouvoir prédominant, a un droit de regard effectif sur la conduite des affaires étrangères. L’Assemblée constituante se sépare le 30 septembre 1791. Le lendemain a lieu la première réunion de la nouvelle assemblée, l’Assemblée législative.
| 3. | L’Assemblée législative (octobre 1791-septembre 1792) |
L’Assemblée législative est élue au cours de l’été 1791, tandis que Léopold II et Frédéric-Guillaume II, roi de Prusse, se rencontrent à Pillnitz le 27 août et affirment leur soutien à la monarchie française. Cette menace à peine voilée à l’égard de la Révolution décuple l’ardeur des patriotes.
| 3.1. | La radicalisation de la Révolution |
| 3.1.1. | L’émergence des factions politiques |
La Législative, qui se réunit pour la première fois le 1er octobre 1791, est composée de 750 membres élus au suffrage censitaire, tous dépourvus d’expérience car les membres de la Constituante se sont eux-mêmes décrétés inéligibles. La nouvelle assemblée est divisée en factions fortement opposées. Les plus modérés sont les Feuillants, qui soutiennent la monarchie constitutionnelle prévue par la Constitution. Au centre, le groupe majoritaire est dépourvu d’opinion arrêtée et par conséquent ne dispose pas de l’initiative. Les plus radicaux de l’assemblée sont les Girondins (ou « brissotins ») — qui demandent la transformation de la monarchie constitutionnelle en une république fédérale — et les Montagnards (Jacobins et Cordeliers), favorables à l’établissement d’une république indivisible et fortement centralisée.
Unis provisoirement par leur conviction républicaine, Girondins et Montagnards font voter plusieurs textes importants, notamment l’obligation aux émigrés de rentrer avant le 1er janvier 1792 (9 novembre 1791), et la condamnation à des peines de prison ou de déportation pour le clergé réfractaire (29 novembre 1791).
| 3.1.2. | L’engagement dans la guerre révolutionnaire |
Le veto émis par Louis XVI contre ces textes suscite toutefois une crise qui permet aux Girondins d’accéder au pouvoir, en mars 1792. Malgré l’opposition des Montagnards, en particulier de Maximilien de Robespierre, le cabinet girondin dominé par Roland de La Platière adopte une attitude belliqueuse à l’égard de Frédéric-Guillaume II de Prusse et du nouvel empereur germanique, François II. Les deux souverains soutiennent ouvertement les activités des émigrés et l’opposition des propriétaires terriens féodaux d’Alsace aux lois révolutionnaires. Dans le camp favorable à la guerre, on trouve aussi bien des monarchistes, qui espèrent la défaite du gouvernement révolutionnaire et la restauration de l’Ancien Régime, que des Girondins, lesquels veulent triompher définitivement des contre-révolutionnaires à l’intérieur et étendre les principes révolutionnaires en Europe. Le 20 avril 1792, sur proposition de Louis XVI, l’Assemblée législative déclare la guerre au roi de Bohême et de Hongrie (Léopold II en tant que souverain d’Autriche), entamant la longue période des guerres révolutionnaires.
| 3.1.3. | La « patrie en danger » |
Profitant des erreurs et des trahisons du haut commandement français, en majorité monarchiste, les armées autrichiennes remportent plusieurs victoires et pénètrent sur le sol français, suscitant une vive émotion. L’invasion de la France a des répercussions majeures sur le climat politique de la capitale.
Le 11 juin 1792, le roi émet un veto au nouveau décret sur les réfractaires et à la création d’un camp de 20 000 fédérés aux portes de Paris. Deux jours plus tard, il renvoie le gouvernement girondin (13 juin), qui est remplacé par un cabinet feuillant. Une semaine après la chute de Roland de La Platière, la foule en colère envahit le jardin des Tuileries, résidence de la famille royale, mais Louis XVI maintient son veto. Le 11 juillet, après que la Sardaigne et la Prusse ont rejoint le camp de la guerre contre la France, la Législative décrète « la patrie en danger ». Des renforts sont envoyés au front, et des volontaires de tout le pays arrivent à Paris. Le chant du contingent marseillais est popularisé et devient un hymne patriotique sous le nom de Marseillaise. Le 25 juillet 1792, le commandant en chef allié, Charles William Ferdinand, duc de Brunswick, menace Paris d’une « subversion totale » si la famille royale est maltraitée.
| 3.2. | La chute de la monarchie |
| 3.2.1. | Le 10 août 1792 et la Commune de Paris |
Ce manifeste ne fait qu’accroître la ferveur patriotique et le mécontentement populaire à l’égard de la monarchie. Le 10 août 1792, sous l’impulsion des Montagnards, des sans-culottes parisiens et des volontaires nationaux en route vers le front ravagent les Tuileries et massacrent la garde suisse du roi. Louis XVI et sa famille se réfugient dans l’enceinte de l’Assemblée législative, qui décide de suspendre immédiatement la monarchie et place le roi en détention dans la prison du Temple. Le même jour, les insurgés déposent le conseil de Paris, qu’ils remplacent par une Commune insurrectionnelle, avec Pétion et Manuel à sa tête (voir Commune de Paris).
Les Montagnards, sous la direction de l’avocat Georges Danton, dominent désormais la Commune et accroissent leur influence au sein de l’Assemblée législative. Celle-ci décide la tenue d’élections au suffrage universel masculin, destinées à réunir une nouvelle convention constitutionnelle. Signe de la radicalisation, un tribunal criminel extraordinaire est créé, et l’assemblée décrète la déportation des réfractaires.
| 3.2.2. | Les massacres de septembre |
Début septembre 1792, pris de panique devant l’avance des armées ennemies et les rumeurs de complot contre-révolutionnaire, le peuple en armes massacre plus d’un millier de royalistes, prêtres réfractaires et détenus de droit commun dans les prisons de Paris et de certaines villes de province. Les chefs montagnards, comme Georges Danton ou Jean-Paul Marat, encouragent ou laissent faire la tuerie, qui marque la première dérive de la Révolution.
| 4. | La Convention nationale (septembre 1792-octobre 1795) |
| 4.1. | La Convention girondine (septembre 1792-mai 1793) |
| 4.1.1. | Valmy, victoire des républicains |
Avec la chute de la monarchie, la guerre prend un caractère national et politique au lieu d’être un simple conflit entre princes. Le 20 septembre 1792, une armée de sans-culottes commandée par le général Dumouriez stoppe à Valmy l’avance prussienne. La Convention nationale fraîchement élue, qui se réunit le jour même de cette victoire éclatante, proclame la République le 21 septembre.
Le 19 novembre, les Girondins font voter un texte promettant « fraternité et secours à tous les peuples qui voudront recouvrer leur liberté ».
| 4.1.2. | Le procès de Louis XVI |
L’accord entre les principales factions de la Convention, les Girondins et les Montagnards, va à peine au-delà de ces premières mesures. Des dépêches optimistes arrivent presque chaque semaine des armées, qui ont pris l’offensive après la bataille de Valmy et se sont successivement emparées de Mayence, de Francfort, de Nice, de la Savoie et des Pays-Bas autrichiens. Au même moment, la lutte s’intensifie à la Convention, la Plaine oscillant entre un soutien aux Girondins (qui craignent l’influence de Paris et souhaitent arrêter la Révolution) et aux Montagnards (plus radicaux). Le premier bras de fer important est le procès de Louis XVI, que les Girondins veulent retarder. La majorité approuve la proposition des Montagnards de le juger pour trahison devant la Convention. Le 15 janvier 1793, par un vote quasi unanime, la Convention déclare le souverain coupable, mais se divise le lendemain sur la nature de la peine. Des lignes de clivage très nettes apparaissent entre les « régicides » et ceux qui refusent la peine capitale. Condamné à mort par une très faible majorité (387 voix contre 334), Louis XVI est guillotiné le 21 janvier 1793.
| 4.1.3. | Les difficultés du régime |
L’influence des Girondins à la Convention nationale diminue sensiblement après l’exécution du roi. Leurs divisions internes au cours du procès atteignent irrémédiablement leur prestige, depuis longtemps au plus bas dans la population parisienne, laquelle leur préfère les Jacobins. Les Girondins subissent aussi les contrecoups des revers militaires essuyés par les armées françaises contre la coalition formée par l’Angleterre, les Provinces-Unies, l’Espagne et plusieurs États italiens. Le 24 février 1793, la Convention vote la conscription de 300 000 hommes. Les émissaires dépêchés dans les départements afin d’organiser la levée sont choisis parmi les Montagnards, creusant le fossé entre Girondins et masses populaires. En Vendée, des royalistes et des prêtres réfractaires savent exploiter le traumatisme causé par l’exécution du roi et l’hostilité des paysans à la conscription pour mener une révolte armée qui s’étend rapidement aux départements voisins. Le 18 mars 1793, le général Dumouriez est battu par les Autrichiens à Neerwinden et passe à l’ennemi.
Les Girondins tentent en vain de s’opposer aux propositions jacobines destinées à renforcer le pouvoir du gouvernement. Un Tribunal révolutionnaire est institué le 10 mars 1793 pour juger les suspects et, le 6 avril, la Convention crée le Comité de salut public (organe exécutif de la République) et réorganise le Comité de sûreté générale.
La défection du chef de l’armée, l’extension de la guerre civile et l’avance des forces ennemies, qui envahissent à nouveau le territoire national, provoquent une crise à la Convention. La rivalité entre Girondins et Montagnards se fait de plus en plus acharnée. Les Girondins tentent une contre-attaque maladroite en mettant en accusation Jean-Paul Marat, l’un des chefs montagnards les plus populaires et les plus radicaux, qui est acquitté triomphalement par le Tribunal révolutionnaire le 24 avril.
| 4.2. | La Convention montagnarde (juin 1793-juillet 1794) |
Les 31 mai et 2 juin 1793, une insurrection de trente et une sections parisiennes, menée par le journaliste Jacques Hébert et d’autres radicaux, somme la Convention d’arrêter vingt-sept députés girondins ainsi que les ministres Lebrun-Tondu et Clavière (le premier est exécuté et le second se suicide). Les sans-culottes réclament une meilleure répartition des richesses et la poursuite de la déchristianisation. Ils constituent le principal soutien des Jacobins, qui prennent le contrôle du Comité de salut public le 10 juin, et en font le principal instrument de la dictature révolutionnaire après l’avoir totalement réorganisé. Trois jours plus tard, Jean-Paul Marat est assassiné par Charlotte Corday, une Girondine. L’indignation suscitée par ce crime élargit considérablement l’influence des Jacobins.
| 4.2.1. | La Constitution de l’an I |
Le 24 juin 1793, la Convention promulgue une nouvelle Constitution faisant une large place à la démocratie directe, ainsi qu’une Déclaration des droits de l’homme, d’inspiration plus sociale que la première mais jamais appliquée. Le 10 juillet, Georges Danton quitte le Comité de salut public et, le 27, Maximilien de Robespierre y fait son entrée ; il en devient rapidement le membre le plus influent. En collaboration avec Louis Saint-Just, Lazare Carnot et Georges Couthon, il prend des mesures radicales pour sauver la Révolution et anéantir ses ennemis de l’intérieur et de l’extérieur. D’avril 1793 à juillet 1794, la Convention nationale renouvelle chaque mois les pouvoirs du Comité, qui met en place un régime de Terreur, instrument politique de la lutte contre les contre-révolutionnaires.
| 4.2.2. | Instauration de la « Terreur » |
La situation militaire de la République est critique. Les monarchies européennes coalisées ont repris l’offensive sur tous les fronts. Condé-sur-l’Escaut (10 juillet 1793), Mayence (23 juillet) et Valenciennes (28 juillet) tombent, et Toulon est assiégée par les Britanniques. Un nouveau décret de conscription, publié le 23 août, ordonne la levée en masse de toute la population mâle apte au service. Quatorze armées (750 000 hommes) sont constituées en hâte, équipées et expédiées au front. Les contre-révolutionnaires royalistes et catholiques contrôlent la majeure partie de la Vendée et de la Bretagne. L’insurrection fédéraliste s’étend, et plusieurs villes importantes (dont Caen, Lyon, Marseille et Bordeaux) sont aux mains des Girondins. En outre, le Comité doit faire face à une opposition interne croissante.
La loi des suspects, votée le 17 septembre 1793, permet d’étendre la Terreur. Le 16 octobre, la reine Marie-Antoinette est exécutée, et 31 dirigeants girondins de premier plan (dont Brissot de Warville) subissent le même sort le 31 octobre. La répression s’abat sur tous les royalistes, prêtres, Girondins et autres suspects d’activités ou de sympathies contre-révolutionnaires. Les tribunaux révolutionnaires fonctionnent de manière expéditive et envoient des milliers de personnes à la guillotine. À Paris, 2 585 personnes périssent sur l’échafaud entre avril 1793 et juillet 1794, dont la moitié au cours des deux derniers mois. En province, en particulier dans les régions d’insurrection royaliste, les traîtres, avérés ou suspects, subissent un sort plus dur encore. En trois mois, sous la houlette de Jean-Baptiste Carrier, le tribunal de Nantes condamne à la guillotine plus de 8 000 personnes qui ont soutenu la rébellion vendéenne, et procède à des exécutions de masse par noyade.
Outre les milliers de condamnations à mort prononcées dans toute la France par les tribunaux révolutionnaires, de nombreuses personnes meurent dans les prisons surpeuplées, ou sont sommairement exécutées. Le nombre total de victimes est estimé à près de 40 000 personnes. Tous les courants politiques et toutes les couches de la société sont touchés. Environ 8 p. 100 des condamnés par les tribunaux révolutionnaires sont d’origine noble, 6 p. 100 appartiennent au clergé, 14 p. 100 à la petite bourgeoisie et 70 p. 100 sont des ouvriers ou des paysans accusés de désertion, d’accaparer des denrées, de rébellion et d’autres crimes.
| 4.2.3. | L’apogée de la « dictature jacobine » |
C’est le clergé catholique qui subit proportionnellement les pertes les plus importantes. L’anticléricalisme s’exprime encore par l’abolition, en octobre 1793, du calendrier julien, remplacé par le calendrier républicain. Sous l’impulsion de Robespierre, le Comité de salut public tente de réformer la France à partir d’un mélange d’humanitarisme fanatique, d’idéalisme social et de patriotisme. Pour établir une « République de la Vertu », le Comité encourage le culte de la Révolution et prend des mesures contre la corruption et les accapareurs. Le 21 novembre 1793, Maximilien de Robespierre prend position contre la déchristianisation, mais deux jours plus tard, la Commune de Paris décide de fermer toutes les églises et d’encourager activement le culte de la Raison, véritable religion révolutionnaire. Ce mouvement spontané de déchristianisation active s’étend rapidement à toute la France. Prise à l’instigation des chefs radicaux Pierre Chaumette et Jacques Hébert, cette décision accentue le fossé séparant les Jacobins centristes, menés par Robespierre, des « hébertistes » et des « enragés », respectivement puissants à la Convention et au sein de la Commune de Paris.
Grâce à la levée en masse, la guerre contre la coalition tourne à l’avantage de la France. Le général Jean-Baptiste Jourdan bat les Autrichiens à Wattignies le 16 octobre 1793 et, avant la fin de l’année, les envahisseurs sont repoussés au-delà du Rhin et Toulon libérée. À l’intérieur, le Comité de salut public est parvenu à mater les insurrections des royalistes et des Girondins.
Avec l’aide des « dantonistes », Maximilien de Robespierre parvient à se débarrasser de Jacques Hébert, qui est exécuté le 24 mars 1794 avec ses principaux partisans. Le 5 avril, c’est au tour de Georges Danton et des « indulgents », qui réclament la fin de la Terreur. À cause de ces purges et des représailles massives contre les tenants des deux camps, Robespierre perd le soutien de nombreux chefs jacobins, qui se sentent eux-mêmes menacés. Hostile à la déchristianisation et au culte de la Raison des hébertistes, il cherche à mettre en place un culte de l’Être suprême (décret du 7 mai 1794), inspiré de la philosophie des Lumières. Cette tentative pour réveiller le civisme et la morale républicaine se solde par un échec.
Une série de succès militaires, notamment à Fleurus le 26 juin 1794, ouvre la voie à une deuxième conquête des Pays-Bas autrichiens. L’espoir d’une victoire renaît dans l’opinion et la politique quasi paranoïaque, maintenue par Robespierre, perd sa justification. La Terreur atteint son paroxysme à Paris durant l’été 1794, et le bain de sang finit par provoquer l’écœurement de nombreux révolutionnaires.
| 4.2.4. | La chute de Robespierre : le 9 Thermidor |
La tension croissante entre le Comité de salut public, où siège Robespierre qui néglige de plus en plus les séances de la Convention, et le Comité de sûreté générale tourne au profit de ce dernier. Ses membres impliqués dans la Terreur (Barras, Tallien, Billaud-Varenne) s’allient aux députés modérés de la Plaine. Le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), Maximilien de Robespierre, son frère Augustin, Saint-Just, Lebas et Couthon sont décrétés d’arrestation et échouent dans leur tentative d’insurrection de la Commune de Paris. Arrêtés au cours de la nuit, ils sont exécutés le 28 juillet au soir. Dans les jours qui suivent, plus d’une centaine de leurs partisans subissent le même sort. Le 9 Thermidor marque un tournant décisif de la Révolution. La fin de la « République de la Vertu », rêvée par Robespierre, entraîne celle de la radicalisation du mouvement révolutionnaire.
| 4.3. | La Convention thermidorienne (juillet 1794-octobre 1795) |
| 4.3.1. | La réaction, une « Terreur blanche » |
Jusqu’à la fin de 1794, la Convention nationale est dominée par les députés thermidoriens du centre (la Plaine, ou Marais) qui ont renversé Maximilien de Robespierre et mis un terme à la Terreur. Les clubs jacobins sont fermés en novembre, les tribunaux révolutionnaires supprimés et plusieurs décrets, notamment celui fixant le maximum des salaires et des prix des denrées, sont abolis. Après le rappel à la Convention des Girondins proscrits et d’autres élus modérés, le conservatisme thermidorien fait place à la réaction. Les 1er avril (12 germinal an III) et 20 mai (1er prairial an III) 1795, des émeutes de la faim et des manifestations de protestation éclatent à Paris et dans d’autres régions de France. Ces émeutes sont sévèrement réprimées, et les derniers Montagnards sont exécutés.
| 4.3.2. | Les succès militaires |
Durant l’hiver 1794-1795, les forces françaises commandées par le général Pichegru s’emparent des Provinces-Unies, où elles fondent la République batave, et chassent les armées ennemies au-delà du Rhin. La coalition européenne ne survit pas à cette succession de défaites. Le 5 avril 1795, la Prusse et de nombreux États allemands signent, à Bâle, un traité de paix avec la France. Après le retrait de l’Espagne, le 22 juillet, seules l’Angleterre, la Sardaigne et l’Autriche sont encore en guerre contre la République. Les fronts restent stables jusqu’aux campagnes italiennes de Napoléon Bonaparte, l’année suivante. La paix est revenue aux frontières et, en juillet, la tentative de débarquement d’une armée d’émigrés est stoppée à Quiberon (Bretagne).
La suppression du budget du culte, le 18 septembre 1794, a préparé la voie à une séparation de l’Église et de l’État, qui est confirmée par un décret du 21 février 1795.
| 5. | Le Directoire (octobre 1795-novembre 1799) |
| 5.1. | La Constitution de l’an III |
La Convention nationale rédige également une nouvelle Constitution, approuvée le 22 août 1795 ; elle confère le pouvoir exécutif à un Directoire composé de cinq membres, qui doit nommer les ministres et généraux en chef. Le pouvoir législatif est confié à deux chambres, le Conseil des Anciens (250 membres) et le Conseil des Cinq-Cents. Un membre du Directoire et un tiers des assemblées sont renouvelés chaque année, à partir de mai 1797. Le suffrage est censitaire, et seuls les contribuables pouvant établir la preuve d’une année de résidence dans leur district électoral disposent du droit de vote. La nouvelle Constitution, très en retrait par rapport à la démocratie jacobine, veut à tout prix éviter un retour à la dictature parlementaire. Les rivalités de pouvoir au sein du gouvernement deviennent chroniques, de même que les blocages institutionnels entre les pouvoirs législatif et exécutif. Cette crise politique permanente entraîne un manque de continuité dans la gestion des affaires de la nation, et favorise plusieurs tentatives de coup d’État.
La Convention nationale, toujours anticléricale et antiroyaliste en dépit de son opposition au jacobinisme, crée des garde-fous contre la restauration de la monarchie. Il est décidé de nommer les premiers Directeurs et les deux tiers du corps législatif parmi les membres de la Convention. En réaction contre ce décret, les royalistes parisiens organisent, le 5 octobre 1795, une insurrection contre la Convention. L’émeute est rapidement maîtrisée par les troupes du général Napoléon Bonaparte, encore peu connu. La Convention nationale se sépare le 26 octobre 1795, et un nouveau gouvernement est mis en place.
| 5.2. | La république bourgeoise |
Le gouvernement des Directeurs rencontre dès le début un grand nombre de difficultés, malgré la présence d’hommes politiques de premier plan, comme Talleyrand. Souvent considéré comme un régime de transition entre la phase révolutionnaire proprement dite (que certains font arrêter à thermidor) et la période napoléonienne, le Directoire se consacre à stabiliser les bouleversements des années précédentes. Il est confronté à une grave crise économique et sociale qui accentue les inégalités entre les couches populaires misérables et une petite classe enrichie, menant une vie fastueuse (les muscadins, incroyables et merveilleuses). Le Directoire hérite d’une crise financière aiguë, qui entraîne la suppression des assignats le 19 février 1796. Malgré la mort, la fuite ou la disparition de la plupart des dirigeants jacobins, l’esprit du jacobinisme reste très ancré dans les classes populaires. De leur côté, les royalistes mènent une campagne intense pour la restauration monarchique. La période est marquée par de fréquents changements de cap politique, le gouvernement réprimant ou cherchant tour à tour à se rapprocher de la « gauche » jacobine et de la « droite » conservatrice.
La bourgeoisie, déterminée à préserver un statut durement acquis, comprend les avantages matériels et politiques qu’elle peut espérer d’une continuation de la guerre, qui lui permettrait de canaliser l’énergie libérée par la Révolution. Le patriotisme révolutionnaire est progressivement remplacé par une guerre de conquête inspirée par le nationalisme. La France a encore quelques contentieux à régler avec le Saint Empire romain germanique et l’absolutisme de la majeure partie des monarchies européennes est vécu comme une menace pour le pays.
| 5.3. | L’ascension de Napoléon Bonaparte |
Quelques mois après son entrée en fonction, le Directoire confie à Napoléon Bonaparte le commandement de la campagne d’Italie (de mars 1796 à octobre 1797), qui permet au jeune général d’acquérir sa popularité. Les trois coups d’État du 4 septembre 1797 (18 fructidor an V), du 11 mai 1798 (22 floréal an VI) et du 18 juin 1799 (30 prairial an VII) reflètent simplement les luttes de factions au sein de la bourgeoisie. Le réveil de la gauche jacobine se manifeste par le complot du radical Gracchus Babeuf, qui préconise une distribution égale de la terre et des revenus. La « conjuration des Égaux » de mai 1796 échoue, et Babeuf, trahi par un complice, est exécuté le 27 mai 1797 (8 prairial). Les revers militaires de l’été 1799, les difficultés économiques et l’agitation sociale mettent en danger la suprématie politique de la bourgeoisie. Dans l’esprit de la plupart des dirigeants de l’époque, comme Lucien Bonaparte (président du Conseil des Cinq-Cents), Joseph Fouché (ministre de la Police), Emmanuel Sieyès (membre du Directoire) et Talleyrand, la crise ne peut être résolue que par une action énergique.
Les 9 et 10 novembre 1799 (18-19 brumaire an VIII), le Directoire est renversé par un coup d’État du général Bonaparte. Le 24 décembre 1799, une nouvelle Constitution instaure le Consulat, au sein duquel Napoléon Bonaparte occupe d’emblée une place prédominante. Investi du pouvoir dictatorial en qualité de Premier consul, il détourne rapidement le zèle et l’idéalisme révolutionnaires à son profit. Alors qu’en France les principes révolutionnaires connaissent un net reflux, ils se répandent en Europe à la faveur des guerres napoléoniennes.