| anglaise, littérature | Format lecture | ||||
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| 2. | Époque du vieil anglais (ou anglo-saxon) |
Cette période s’étend d’environ 450 à 1066, année de la conquête normande de l’Angleterre. Les tribus germaniques en provenance du continent européen qui envahissent l’Angleterre au Ve siècle, après le départ des Romains, apportent avec elles le vieil anglais (ou anglo-saxon), qui est à l’origine de l’anglais moderne. Elles introduisent aussi une tradition poétique spécifique, dont les caractères demeurent étonnamment constants jusqu’à ce que les envahisseurs franco-normands mettent fin à leur domination, six siècles plus tard. La production littéraire de cette période est riche et variée. Elle comporte de nombreuses traductions en langue vernaculaire d’ouvrages savants, comme ceux de saint Augustin et de Boèce, mais aussi des chroniques historiques, telle la Chronique anglo-saxonne, dont la rédaction s’étale sur près de quatre siècles.
| 1. | La poésie |
La plupart des poèmes écrits en vieil anglais sont probablement chantés et accompagnés à la harpe par le scop, ou barde anglo-saxon. Souvent hardie et vigoureuse, mais aussi d’inspiration mélancolique et élégiaque, cette poésie chante la douleur, la futilité de la vie, l’impuissance de l’homme face à sa destinée. Rarement rimée, elle se compose de vers caractéristiques de quatre syllabes accentuées, alternées avec un nombre indéterminé de syllabes non accentuées. Ce vers sonne étrangement aux oreilles habituées à la prosodie moderne courante, dans laquelle l’unité rythmique, ou pied, est en théorie constituée d’un nombre constant de syllabes (une ou deux) non accentuées précédant ou suivant toujours toute syllabe accentuée. La poésie écrite en vieil anglais présente une autre caractéristique formelle déroutante et tout aussi frappante, l’allitération structurelle : dans chaque vers, deux ou trois syllabes accentuées commencent par le même son.
Ces qualités de forme et d’inspiration s’illustrent parfaitement dans Beowulf, épopée écrite au VIIIe siècle. S’ouvrant et s’achevant sur les funérailles d’un grand roi, elle conte, dans un contexte de désastre imminent, les hauts faits d’un héros de la culture scandinave, Beowulf, qui extermina le monstre Grendel, la mère de Grendel et un dragon cracheur de feu. Beowulf y est présenté non seulement comme un héros couvert de gloire, mais aussi comme un sauveur du peuple. La vertu germanique de loyauté mutuelle entre le chef et ses partisans est traduite de façon efficace et touchante dans l’épisode au cours duquel Beowulf, âgé, fait le sacrifice de sa vie, et dans les reproches dont sont accablés les serviteurs qui l’abandonnent durant ce combat titanesque. L’art consommé avec lequel des fragments d’autres légendes héroïques sont introduits pour mettre en valeur l’action principale, conférant à l’ensemble une parfaite symétrie, n’est pleinement apprécié que depuis peu. Beowulf marque aussi l’affaiblissement de la puissance du destin inéluctable. L’idée chrétienne de confiance en un Dieu juste est de toute évidence présente. Ce trait est caractéristique des autres œuvres littéraires écrites en vieil anglais, car presque tout ce qui nous en reste fut sauvé par les moines copistes.
Les légendes et les histoires sacrées se transmettent dans des poèmes ressemblant dans leur forme à l’épopée de Beowulf. À l’origine, ces poèmes ont le style assez simple et austère des poèmes de Caedmon, humble personnage du VIIe siècle, dont Bède le Vénérable relate qu’il a reçu de Dieu le don de chanter. Plus tard, Cynewulf et ses disciples reprennent les mêmes thèmes. L’une des plus remarquables de ces œuvres est le poème religieux sur la Passion du Christ, Dream of the Rood (« Rêve de la Sainte-Croix »).
Outre ces compositions religieuses, les poètes du vieil anglais produisent un certain nombre de poèmes plus ou moins lyriques, plus courts, dénués de tout sentiment chrétien et exprimant l’âpreté des événements et la triste destinée humaine. The Wanderer (« le Vagabond ») et The Seafarer (« le Marin ») sont parmi les plus beaux de cet ensemble.
| 2. | La prose |
La prose écrite en vieil anglais est constituée d’un grand nombre d’œuvres religieuses : traductions de la Bible, ouvrages didactiques sur le calendrier ecclésiastique, sermons et vies de saints. L’impressionnante érudition des monastères du nord de l’Angleterre à la fin du VIIe siècle atteint son apogée avec l’Historia ecclesiastica gentis Anglorum (Histoire ecclésiastique de la nation anglaise, 731) de Bède le Vénérable. Soucieux d’éduquer son peuple, Alfred le Grand, roi des Saxons de l’Ouest au IXe siècle, fait entreprendre la traduction en vieil-anglais de cette importante œuvre historique et de beaucoup d’autres, dont De consolatione philosophiae (v. 523) de Boèce, qui aura une grande influence sur la littérature anglaise. La plupart de ces œuvres dérivent de sources latines et sont rédigées en prose allitérative, langue littéraire que supplantera le West saxon au xe siècle.