| famille (sociologie) | Format lecture | ||||
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| 3. | La famille moderne |
Des études ont montré que la structure familiale a été moins affectée par l'urbanisation et par l'industrialisation qu'on avait pu le présumer. La morale bourgeoise et le poids de la religion ont tous deux permis la conservation d'une structure familiale fixe et établie, véritable norme sociale inscrite dans l'inconscient collectif. La famille nucléaire était l'unité préindustrielle la plus répandue et reste l'unité de base de l'organisation sociale dans la plupart des sociétés industrielles modernes ; toutefois, la famille moderne diffère de ses formes traditionnelles par ses fonctions, par sa composition, par son cycle de vie et par les rôles dévolus aux pères et aux mères.
La seule fonction de la famille à avoir survécu à tous les changements est celle qui consiste à assurer l'équilibre émotionnel et affectif de ses membres, en particulier des nouveau-nés et des jeunes enfants. Toutefois, la solidarité affective n'est plus statutaire, dans le sens où elle ne correspond plus à un schéma préétabli assurant au père de famille l'autorité complète sur le foyer. Diverses structures économiques et sociales remplissent aujourd'hui nombre de fonctions qui, autrefois, relevaient de la famille : production économique, éducation, enseignement religieux, loisirs, etc. Le monde du travail n'est plus à l'échelle d'une famille — même élargie — et certains spécialistes vont même jusqu'à considérer comme peu pertinente son analyse comme unité de consommation. L'éducation est prise en charge par l'État ou par des institutions privées ; les activités récréatives ont lieu à l'extérieur, même si elles participent à la cohésion de la structure familiale. Si la famille a toujours la responsabilité de la socialisation des enfants, il apparaît que, même dans ce domaine, l'influence de l'entourage et des médias exerce un rôle croissant.
| 1. | Des modifications profondes |
La composition de la famille dans les sociétés industrielles a subi de profondes modifications depuis les débuts de la révolution industrielle. Le taux de fécondité des femmes américaines, par exemple, a chuté de six enfants par femme en 1800 à moins de deux au début des années quatre-vingt-dix. En France, il est aujourd'hui de 1,7 enfant par femme (4,6 en 1800), ce qui ne permet pas le renouvellement des générations (voir natalité, taux de). Autrefois, le mariage était normalement dissous par le décès d'un époux avant que le plus jeune des enfants n'ait quitté le foyer familial : aujourd'hui, mari et femme (et couple vivant en concubinage) ont potentiellement autant d'années à vivre ensemble après le départ de leurs enfants du foyer familial qu'avant.
Certaines de ces évolutions sont liées à la transformation du rôle des femmes dans la société. Dans les pays occidentaux, à tous les stades de la vie familiale, les femmes entrent dans le monde du travail — ou le réintègrent après avoir eu des enfants. Leur sortie du champ de l'économie purement domestique où les confinait la répartition traditionnelle des tâches a entraîné dans les années soixante-dix une prise de conscience massive de l'aliénation féminine, ce qui a permis la naissance d'un important mouvement de libération féministe. Parallèlement à l'augmentation des exigences de valorisation personnelle à travers le mariage et la famille, l'allégement des procédures de divorce et l'amélioration des perspectives professionnelles pour les femmes ont contribué à la hausse du taux de divorce en Occident. Dans les années quatre-vingt-dix par exemple, on comptait approximativement un divorce pour deux mariages dans la région parisienne.
Au cours du XXe siècle, les familles étendues ont considérablement diminué. Cette mutation est liée tout particulièrement à l'accroissement de la mobilité résidentielle ainsi qu'à la diminution de la responsabilité financière des enfants envers leurs parents au fur et à mesure de la généralisation du système de retraites. Cette évolution n'empêche pourtant pas le fait que les jeunes foyers ont souvent tendance à s'installer à proximité de leurs parents et qu'ils reproduisent les modèles d'éducation qu'ils ont eux-mêmes expérimentés au cours de leur jeunesse.
| 2. | Les nouvelles familles |
Depuis la fin des années soixante-dix, la famille nucléaire type n'est plus le seul modèle parental ; en effet, de nouvelles structures, comme la famille monoparentale, la famille composée et la famille sans enfant ont fait leur apparition. Dans le passé, la famille monoparentale résultait généralement du décès d'un des partenaires ou époux. Aujourd'hui, l'immense majorité des familles monoparentales résulte du divorce, bien que certaines soient le fait de mères célibataires. Cependant, un grand nombre de familles monoparentales finissent par devenir des familles binucléaires, par remariage ou par cohabitation.
Une famille composée est créée par le remariage d'un des parents. Dans les familles composées, les relations entre parents non biologiques et enfants peuvent engendrer certaines tensions ; les difficultés sont parfois accrues lorsque le mariage ou la mise en concubinage d'adultes amène les enfants de deux familles à vivre sous le même toit. Les familles sans enfant semblent correspondre de plus en plus au choix délibéré des partenaires ou des conjoints, choix que facilitent les progrès du contrôle des naissances, même si pendant longtemps la proportion des couples sans enfant avait régulièrement diminué avec la découverte et le développement de méthodes médicales permettant la procréation artificielle. À partir des années soixante-dix, les mutations dans le statut des femmes ont renversé cette tendance. En Occident tout particulièrement, les couples tardent de plus en plus à se marier et choisissent maintenant fréquemment de ne pas avoir d'enfant ou de privilégier d'abord leur carrière professionnelle avant de procréer.
Depuis les années soixante, l'unité familiale a connu diverses variations. Davantage de couples vivent ensemble en concubinage, avant le mariage ou au lieu de se marier. De même, certains couples âgés, souvent en situation de veuvage, privilégient la cohabitation au mariage pour des raisons économiques. Les couples homosexuels vivent également de nos jours plus ouvertement en famille, partageant parfois leur toit avec les enfants d'un des partenaires. Ces derniers revendiquent désormais la création d'un contrat d'union civile reconnu par la loi et la possibilité d'adopter des enfants. Des exemples isolés de vie en communauté, où les « familles » sont composées de groupes de gens ayant ou non des liens familiaux, existent de longue date. Ce type d'unités familiales a commencé à apparaître en Occident dans les années soixante et soixante-dix (mouvement hippie) mais, dès les années quatre-vingt, leur nombre était en diminution ; il ressurgit cependant aujourd'hui avec le développement des organisations de type sectaire.
La famille a beau être aujourd'hui éclatée, dispersée et en crise, elle reste une structure fondamentale des sociétés occidentales. À cet égard, un des paradoxes inattendus de la crise économique aura été la revalorisation de la famille comme structure d'aide et de soutien lors des études et de la rentrée des enfants dans le monde adulte. Il n'est pas rare, de nos jours, de voir des jeunes vivant encore chez leurs parents après vingt-cinq ans.
| 3. | Tendances dans le monde |
Tous les pays industrialisés ont connu des tendances comparables à celles qui sont observées en Occident. L'amélioration des méthodes de contraception et la légalisation de l'avortement ont contribué a faire baisser le nombre de familles monoparentales incapables de subvenir à leurs besoins. Le divorce est aujourd'hui en hausse, même dans les pays où les obstacles religieux et légaux sont importants (notamment en Amérique du Sud).
Dans les pays en développement, la baisse du taux de mortalité infantile a entraîné un véritable bond de la natalité et un accroissement naturel que l'on commence à peine à maîtriser aujourd'hui (ralentissement dû aux politiques incitatives de limitation des naissances). Les familles étant souvent incapables de subvenir aux besoins de leurs enfants, la surpopulation, particulièrement urbaine, constitue un véritable défi pour les ressources des pays en développement.