| Format recherche | Antoine, André | Format lecture |
| 1. | Présentation |
Antoine, André (1858-1943), acteur, metteur en scène, directeur de théâtre et cinéaste français, l’un des initiateurs de la mise en scène moderne.
| 2. | Le Théâtre-Libre |
Né à Limoges, André Antoine, modeste employé de la Compagnie du gaz et comédien amateur, crée, en 1887, avec le soutien d’Émile Zola, la compagnie du Théâtre-Libre de Paris (qui s’installe la même année dans l’actuel théâtre Antoine). Dans des conditions financières et matérielles difficiles, il monte et interprète, en réaction contre le théâtre de boulevard alors dominant, des pièces naturalistes : des œuvres pour le théâtre ou des adaptations de romans de Zola, des frères Goncourt, de Balzac et de Daudet, des créations originales d’Eugène Brieux, de François de Curel et du groupe de la « génération de 1887 » (Jean Jullien, Georges Ancey, Fernand Icres, dont la mise en scène de la pièce les Bouchers fait scandale en 1888 à cause des quartiers de viande exposés sur scène), et enfin, dans le domaine étranger, Léon Tolstoï (la Puissance des ténèbres, 1888), Henrik Ibsen (les Revenants, 1890 ; le Canard sauvage, 1891), Ivan Tourgueniev (le Pain d’autrui, 1890), August Strindberg (Mademoiselle Julie, 1892) et Gerhart Hauptmann (les Tisserands, 1892).
| 3. | Le père de la mise en scène moderne |
André Antoine applique les théories d’Émile Zola sur la mise en scène, cherchant à reproduire sur scène avec exactitude un milieu social précis. Il débarrasse son théâtre des artifices et des vieilles conventions scéniques (décors interchangeables ou toiles peintes, cabotinage des acteurs et jeu déclamatoire à l’avant-scène, luxe exagéré des costumes élaborés par des grands couturiers) et impose des décors et des accessoires réels, un jeu sobre et le plus « naturel » possible, un ton proche de la conversation, « comme si le spectateur n’était pas là », l’acteur au besoin jouant de dos. Il insiste également sur la gestuelle, selon lui le moyen d’expression le plus intense de l’acteur, et règle avec grand soin les scènes de groupe. Il adopte le principe wagnérien de l’obscurité dans la salle et l’éclairage électrique. L’action est censée se dérouler derrière un « quatrième mur », invisible, qui laisse pénétrer le regard du spectateur, invité à assister en voyeur à une « tranche de vie » (Causeries sur la mise en scène, 1903).
Avec André Antoine, la mise en scène, qui revenait jusqu’ici souvent à l’acteur principal, devient essentielle. Le metteur en scène, de simple « régisseur », devient « coauteur ». Son Théâtre-Libre fait des émules ; des « théâtres-libres » sont créés à Londres, Munich et Berlin (où la Freie Bühne est créée en 1889).
| 4. | Du théâtre Antoine à l’Odéon |
De 1897 à 1906, après avoir quitté, au bout de dix-sept jours seulement, la direction du théâtre de l’Odéon, il fonde le théâtre Antoine, non subventionné. Il fait placer une horloge au-dessus de la scène ; les spectacles commencent bien à l’heure. Il reprend ses succès du Théâtre-Libre et révèle de nouveaux auteurs : Jules Renard, dont le Poil de carotte, en 1900, est un triomphe et, la même année, Henry Bernstein, dont il monte la première pièce, le Marché.
André Antoine est finalement rappelé à la direction de l’Odéon. De 1906 à 1913, il monte ou « produit » 364 pièces, une par semaine environ, abordant le répertoire classique avec Pierre Corneille (le Cid, 1910 ; reconstitution « aux chandelles » de la première représentation de 1636), Molière (Tartuffe, 1907) et Racine (Esther, 1912). Pour ses mises en scène de William Shakespeare (Jules César, 1906 ; Coriolan et Roméo et Juliette, 1910), il s’inspire de la scène élisabéthaine et des dispositifs à mansions du théâtre médiéval, inaugurant la pratique de la fragmentation de l’espace scénique.
| 5. | De la scène à la pellicule |
Mais, après la Première Guerre mondiale, l’endettement contraint André Antoine à renoncer au théâtre. Il revient néanmoins sporadiquement à la mise en scène, avec notamment Judith (1922) d’Henry Bernstein, s’essaie avec succès au cinéma, réalisant une dizaine de films, dont la Terre (1919) d’après Émile Zola, l’Arlésienne (1921) d’après Alphonse Daudet, et l’Hirondelle et la Mésange (1922), qui, mêlant documentaire et fiction, peut être considéré comme une œuvre néoréaliste avant la lettre. Il se consacre à la critique dramatique et cinématographique et rédige ses mémoires (Mes souvenirs sur le Théâtre-Libre et Mes souvenirs sur le théâtre Antoine, 1928).