| comédie musicale | Format lecture | ||||
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| 3. | La comédie musicale au cinéma |
| 1. | Transposition au cinéma |
Directement issu de la comédie musicale des scènes de Broadway, le « musical » cinématographique naquit dès 1927 avec le premier film sonore produit par les frères Warner au moyen du procédé Vitaphone, le Chanteur de jazz (The Jazz Singer) d’Alan Crosland, qui mêlait pour la première fois paroles, accompagnement musical et chansons. Un véritable genre, aux codes fermement définis, se constitua très vite, d’abord dans les studios Warner et dans ceux de la RKO, avec numéros dansés, ou simultanément chantés et dansés. L’insertion du registre chanté / dansé dans le registre parlé / joué interrompait et relançait tout à la fois le récit, devenant même l’enjeu principal du spectacle (jusqu’à supprimer, dans des œuvres plus tardives, les dialogues au profit exclusif du chant et de la danse).
Le cinéma offrait au genre des possibilités illimitées, un peu comme le film d’animation. En multipliant les points de vue, en suscitant des décors purement cinématographiques, certains créateurs, comme Busby Berkeley, chorégraphe imaginatif des Chercheuses d’or de 1933 (Gold Diggers of 1933, Merwyn LeRoy, 1933) et de 42e Rue (42nd Street, Lloyd Bacon, 1933) et réalisateur des Chercheuses d’or de 1935 (Gold Diggers of 1935, 1935) et de Banana Split (Gang’s all here, 1935), ont conféré ses formes les plus spécifiques au nouveau genre, en multipliant les angles de prises de vue et en libérant gestuelle et décor des contraintes théâtrales. Il est vrai qu’à la même époque certains cinéastes se contentaient de filmer platement les succès de Broadway, dont Hollywood faisait un usage presque systématique.
| 2. | Âge d’or hollywoodien |
Les studios Warner s’étant dès 1933 affirmés comme les spécialistes du « musical des coulisses de Broadway » (intrigues se déroulant dans les milieux du spectacle) avec notamment la série des Chercheuses d’or, la plupart des majors hollywoodiennes se mirent à cultiver le « star-system » : la RKO, qui fit appel à Fred Astaire jusqu’en 1939 et l’associa à Ginger Rogers pour neuf longs métrages, parmi lesquels la Joyeuse Divorcée (Gay Divorcee, 1934), le Danseur du dessus (Top Hat, 1935) et l’Entreprenant Monsieur Petrov (Shall we Dance, 1939), tous les trois réalisés par Mark Sandrich ; la Fox, qui engagea Alice Faye, à laquelle succéda Betty Grable dans les années 1940 ; la Paramount, qui se limitait le plus souvent à l’opérette filmée et réunit le couple Jeanette Mac Donald-Maurice Chevalier ; la Columbia, qui obtint de grands succès à partir de 1941 avec Rita Hayworth, associée à Fred Astaire ou à Gene Kelly (la Reine de Broadway / Cover Girl, Charles Vidor, 1944).
C’est toutefois la MGM qui aura le plus brillamment illustré un genre que le producteur Arthur Freed (qui eut la responsabilité de près de quarante musicals entre 1939 et 1960) a su renouveler, en particulier grâce à Gene Kelly, chorégraphe, acteur et réalisateur (Invitation à la danse / Invitation to the Dance, 1956), aux cinéastes Stanley Donen (Drôle de frimousse / Funny Face, 1957) et Vincente Minnelli (Un Américain à Paris, 1951), aux interprètes Judy Garland (d’abord associée à Mickey Rooney), Cyd Charisse (Tous en scène / The Band Wagon, Vincente Minnelli, 1953) et Debbie Reynolds (Donnez-lui une chance / Give the Girl a Break, Stanley Donen, 1953) et au chorégraphe Michael Kidd. Parmi les grandes comédies musicales produites par la firme figurent encore Un jour à New York (On the Town, 1949) et Chantons sous la pluie (Singin’ in the Rain, 1952), réalisés par Gene Kelly et Stanley Donen, et Yolanda et le Voleur (Yolanda and the Thief, 1946) et le Pirate (The Pirate, 1948), mis en scène par Vincente Minnelli.
| 3. | Superproductions et diversité des genres |
L’importance croissante accordée à la chorégraphie s’accompagna dans les années 1950 et 1960 d’une baisse du nombre de films produits et d’une tendance à la superproduction à partir de Gigi (Vincente Minnelli, 1958) et surtout de My Fair Lady (George Cukor, avec Audrey Hepburn, 1963). La comédie musicale tendant à abandonner les sujets frivoles a connu également une évolution thématique, dont les meilleurs exemples sont West Side Story (Robert Wise et Jerome Robbins, 1961), tourné dans le décor réel d’un quartier new-yorkais qui allait être démoli, et Cabaret (Bob Fosse, avec Liza Minnelli, 1972), qui excelle dans la fusion entre le réalisme et l’imaginaire du spectacle.
Les musiques et les danses à la mode inspirèrent quelques productions à succès, comme le Rock du bagne (Jailhouse Rock, Richard Thorpe, 1957, avec Elvis Presley), la Fièvre du samedi soir (Saturday Night Fever, John Badham sur une musique des Bee Gees, avec John Travolta, 1977) et Flashdance (Adrian Lyne, 1983). Le cinéma continua néanmoins à adapter les succès de la scène : Un violon sur le toit (Fiddler on the Roof, Norman Jewison, 1971), Hair (Milo Forman, 1979), A Chorus Line (Richard Attenborough, 1985) ou encore Evita (Alan Parker, avec Madonna, 1996).
| 4. | Hors des États-Unis |
La comédie musicale a connu des illustrations dans de nombreuses cinématographies nationales, en Égypte, autour de chanteurs-musiciens comme Farid el-Atrache et Mohamed Abdelwahab (voir cinéma égyptien), ou encore en Inde, où elle constitue la base du cinéma le plus populaire produit à Bombay, à Madras et à Calcutta (voir cinéma indien).
L’Allemagne a connu brièvement la réussite au début des années 1930 avec des films tournés en plusieurs langues autour d’une interprète polyglotte, Lilian Harvey (le Chemin du Paradis / Die Drei von Tankstelle, Wilhelm Thiele, 1930) ; le film de Georg Wilhelm Pabst, l’Opéra de quat’sous (Die Dreigroschenoper, 1931), d’après l’œuvre de Bertolt Brecht et de Kurt Weil, demeura sans véritable postérité.
En France, si René Clair a intégré la chanson dans ses premiers films parlants (À nous la liberté, 1931), la production s’est le plus souvent limitée à de plates adaptations d’opérettes avec des chanteurs en vogue, comme Luis Mariano ; seul Jacques Demy, avec ses films intégralement chantés, a tenté de donner une forme originale au rapport du cinéma et de la musique (les Parapluies de Cherbourg, 1964 ; les Demoiselles de Rochefort, 1967 ; Une chambre en ville, 1982).