Courbet, Gustave
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Courbet, Gustave
3. Le chef de file des réalistes
1. Les « réalistes » de la brasserie Andler

Durant la Révolution de 1848, Gustave Courbet tient la vedette aux « colloques » et agapes mémorables organisés à la brasserie Andler de la rue Hautefeuille. Il y côtoie notamment ses compatriotes franc-comtois, le philosophe socialiste Pierre Joseph Proudhon et Max Buchon, un fouriériste provocateur contraint à l’exil au lendemain du coup d’État napoléonien du 2 décembre 1851.

Gustave Courbet collabore également à la revue du Salut public que dirigent Champfleury et l’un des dandys de la bohème hétéroclite de la capitale, le poète Charles Baudelaire. Dès lors, le peintre prône un réalisme toujours plus radical, affranchi de toute idéalisation bucolique et de tout pittoresque, un réalisme qui s’attache à mettre l’art au service de l’homme et à rendre compte de la vie quotidienne des gens ordinaires (Une après-dînée à Ornans, 1848-1849, œuvre exposée au Salon de 1849, musée des Beaux-Arts, Lille).

2. Un art encanaillé

Désormais, les tableaux de Gustave Courbet ont valeur de manifeste et postulent à part égale contre l’académisme d’Ingres et contre le romantisme de Delacroix. En attestent les trois œuvres capitales qu’il expose au Salon de 1850, dont sont certes bannis tout ennoblissement du réel, mais aussi toute dramatisation exaltée de ce même réel — les Casseurs de pierres (1849, musée de Dresde, détruit en 1944 lors du bombardement de la ville), les Paysans de Flagey revenant de la foire (1850, musée des Beaux-Arts, Besançon) et Un enterrement à Ornans (1849-1850, musée d’Orsay, Paris) —, peint dans de grands formats, traditionnellement réservés à la peinture d’histoire.

Dans Un enterrement à Ornans qui rompt radicalement avec la hiérarchie des genres, Gustave Courbet prône aussi ouvertement l’égalité des sujets. « Jamais le culte de la laideur n’a été exercé avec plus de franchise », affirme alors un critique du Journal des Débats. Cet art « encanaillé » déclenche un scandale digne de la bataille d’Hernani (la pièce de Victor Hugo, en 1830). Il n’en faut pas plus pour faire de Gustave Courbet le chef de file du mouvement réaliste.

3. Le pavillon du réalisme

En 1855, plusieurs des grandes toiles de Gustave Courbet sont refusées par le jury du salon qui se tient au sein de l’Exposition universelle de Paris. Furieux, le peintre fait construire avenue Montaigne (grâce aux subsides de son ami et mécène Alfred Bruyas) un « pavillon du réalisme » où il présente quarante de ses œuvres dont son grand ouvrage l’Atelier du peintre (1855, musée d’Orsay), œuvre bilan comme le suggère son sous-titre : Allégorie réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique. Le Manifeste du réalisme est publié simultanément dans le catalogue de l’exposition, prônant un « vouloir faire de l’art vivant ».

Dans les années qui suivent, le style des tableaux de Gustave Courbet est désormais marqué par une palette limitée et vigoureuse, une composition simplifiée, des cadrages rapprochés et des personnages aux modelés non « adonisés » — les Demoiselles des bords de Seine (1857, musée du Petit Palais, Paris), ou le Sommeil (1866, musée du Petit Palais) et le Réveil (1866, musée de Berne). Il aborde également de nouveaux genres dans sa peinture : portraits, dont l’étonnant Proudhon et ses enfants (1865, musée du Petit Palais), natures mortes — Fleurs dans un panier (1863, musée de Glasgow) —, peintures de paysage et en particulier ceux de sa région natale — la Source de la Loue (1864, Allbright-Knox Art Gallery, Buffalo) —, peinture érotique — l’Origine du monde (1866, musée d’Orsay), etc. Gustave Courbet est alors au faîte de sa gloire, protégé par l’empereur Napoléon III.

4. Le « déboulonneur » de la colonne Vendôme

Presque aussi radical en politique qu’en peinture, Gustave Courbet est nommé le 4 septembre 1871, durant la Commune de Paris, président de la Fédération des artistes. Bien qu’il ait contribué à sauver les collections du Louvre de l’incendie des Tuileries, le peintre républicain est condamné à six mois de prison, pour complicité dans le « déboulonnage » de la colonne Vendôme. En 1873, sur l’initiative de Mac-Mahon, président de la jeune République, il est même condamné au remboursement de la totalité des frais de rétablissement de la colonne. Aussi Gustave Courbet choisit-il de s’exiler à La-Tour-de-Peilz, près de Vevey (Suisse), où, ruiné, il meurt d’hydropisie. Un mois avant la mort de l’artiste, les œuvres de son atelier parisien ont été dispersées lors d’une vente publique orchestrée par le gouvernement français.

Le 29 juin 1919, au cours d’une cérémonie dépourvue de tout caractère officiel (seuls quelques villageois sont présents), les cendres de Gustave Courbet ont été déposées dans la ville natale du peintre. Un musée Courbet a depuis été créé à Ornans.