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Calderón de la Barca, Pedro
1. Présentation

Calderón de la Barca, Pedro (1600-1681), dramaturge et poète espagnol, auteur de La vie est un songe, qui est considéré, après Lope de Vega et Tirso de Molina, comme la dernière grande figure du Siècle d’or de la littérature espagnole.

2. Une carrière théâtrale longue et prestigieuse

Né à Madrid, issu d’une famille noble, Pedro Calderón de la Barca fait ses études au collège jésuite de sa ville natale, puis à l’université de Salamanque. C’est à l’âge de vingt-trois ans qu’il décide d’écrire pour le théâtre. Il acquiert rapidement une solide réputation, remportant notamment un concours de poésie en l’honneur de saint Isidore, le patron de Madrid. Après la mort de Lope de Vega en 1635, il devient le dramaturge le plus en vue de son époque. Cette même année, le roi Philippe IV lui commande une série de pièces pour le théâtre royal et l’ordonne chevalier de l’ordre de Santiago.

Après avoir participé à diverses campagnes militaires (siège de Fontarabie, 1638 ; guerre de Catalogne, 1640), il quitte les armes et entre au service du duc d’Albe. En 1651, il est ordonné prêtre puis il s’installe en 1653 comme prébendier à la cathédrale de Tolède, où il vit dans une atmosphère baignée d’art et de profonde méditation. Porte-parole de la Contre-Réforme, il se consacre pendant une trentaine d’années, à l’écriture d’autos sacramentales (« drames sur l’Eucharistie »), courtes pièces allégoriques en un acte qui mettent en avant les valeurs morales et qui représentent de façon originale le mystère de la sainte Eucharistie. En 1663, il est nommé chapelain du roi à Madrid, qu’il ne quitte plus jusqu’à sa mort.

3. Les autos sacramentales

Calderón est considéré comme l’un des plus grands dramaturges espagnols, autant pour son œuvre sacrée que pour ses pièces profanes (ses comedias). Ses autos sacramentales traditionnels, genre dramatique religieux dont il est le spécialiste éminent et l’auteur exclusif pour Madrid à partir de 1649, ont en effet une grande valeur artistique. Dans cette série de quelque 80 pièces, il met en scène des personnages allégoriques incarnant les concepts abstraits de la théologie catholique.

Calderón puise ses arguments, d’une extrême diversité, dans l’Ancien et le Nouveau Testament, la mythologie, les événements historiques, légendaires ou contemporains, ou même dans ses fictions précédentes. Il renouvelle constamment les formes, depuis ses premières productions (d’environ 1 300 vers) jusqu’à la complexité des textes de la seconde période (jusqu’à 2 500 vers). Certains de ces autos sacramentales, comme le Grand Théâtre du monde (El gran teatro del mundo, v. 1645), sont encore joués régulièrement en Espagne comme en Europe.

4. Les comedias

Les œuvres profanes de Calderón exaltent des thèmes comme le code de l’honneur castillan, qui oblige le mari, le père ou le frère à punir une femme adultère. Ce thème a d’ailleurs donné naissance à l’adjectif « caldéronien », qui désigne les pièces où l’honneur du héros est confronté à l’infidélité (ou à une suspicion d’infidélité) de sa femme. Parmi les quelque 140 comedias écrites par Calderón pour la scène profane, on trouve des drames tirés de légendes ou d’épisodes historiques (l’Alcalde de Zalamea  El Alcade de Zalaméa — 1636), des drames de la jalousie et de l’honneur viril (le Médecin de son honneur  El médico de su honra — 1637), mais aussi des pièces religieuses (la Dévotion à la Croix La dévoción de la cruz — v. 1633) et philosophiques (le Magicien prodigieux — El mágico prodigioso, 1637 ; La vie est un songe  La vida es sueño  publié vers 1633).

Calderón écrit par la suite des œuvres d’inspiration mythologique et raffinée, telles que Écho et Narcisse (Eco y Narciso, 1661) et la Statue de Prométhée (La estatua de Prometeo, 1670). Outre les comedias et les autos sacramentales, il est encore l’auteur d’une vingtaine de « pièces courtes » (intermèdes, jácaras  romances , mojigangas farces).

5. La vie est un songe

La vie est un songe, drame philosophique, est l’un des chefs-d’œuvre du théâtre espagnol du Siècle d’or. La pièce est remarquable par les principes moraux qu’elle défend et par son symbolisme philosophique : elle pose le problème de la destinée et du libre arbitre à travers le personnage de Sigismond, fils du roi Basile, emprisonné depuis sa naissance sur ordre de son père, et dont il est écrit qu’il est prédestiné à usurper le trône. L’ayant fait endormir, son père le relâche pourtant pour éprouver sa valeur. Mais Sigismond se signale par des faits iniques. Endormi à nouveau, il est renvoyé dans sa geôle. Il s’en échappe à la faveur d’une révolte qui le hisse au pouvoir. Devenu sage, il se rachète, pardonne à son père et tire la morale de la pièce : tout ce qu’il a traversé d’épreuves et de sentiments lui paraît aussi peu réel que les songes. À travers les infortunes de Sigismond, la pièce dénonce les illusions de ce bas monde.

6. Un « héritier novateur »

Poète catholique même dans son théâtre profane, Calderón porte au plus haut degré de perfection le genre de l’auto sacramentel, en faveur dans son pays depuis le Moyen Âge, et reprend la comedia dont Lope de Vega a fixé les règles avant lui, mais en l’accommodant à son génie. Il est considéré, en son temps, comme le maître incontesté du théâtre espagnol. Cinq tomes de son œuvre dramatique sont publiés de son vivant. Il a en outre directement inspiré Francisco Rojas Zorrilla et Agustín Moreto.