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Les corporations de métiers |
Métiers en France, craft guilds en Angleterre, arti en Italie, Zünfte ou Innungen en Allemagne, ces associations virent le jour dans divers pays européens dès le début du XIIe siècle. Comme les guildes de marchands, elles avaient pour but de défendre les intérêts de leurs membres ; elles regroupaient des artisans spécialisés (tanneurs, orfèvres, tisserands, armuriers) ou des commerçants détaillants (bouchers, épiciers, drapiers). À l'origine, les confréries, qui regroupaient des personnes de même métier se réunissant en dehors du travail, avaient un caractère surtout religieux. Chacune se réclamait d'un patron choisi parmi les saints qui, disait-on, avaient exercé le métier, comme saint Joseph pour les charpentiers ou saint Crépin pour les cordonniers. Elles assuraient aussi une fonction de secours mutuel en assistant les veuves et les orphelins, ainsi que les malades et les vieux ouvriers. Au cours des XIIe et XIIIe siècles, les corporations se multiplièrent et s'organisèrent. Vers 1450, on comptait 101 corporations à Paris et 142 à Venise. Leur rôle était devenu surtout économique. À la fin du XIIIe siècle, dans la plupart des villes, il fallait être membre de la corporation pour pouvoir exercer un métier déterminé. Chaque corporation était composée de trois catégories de membres : le maître, les compagnons et les apprentis. La famille d'un apprenti devait payer pour qu'un maître prenne l'enfant chez lui et lui enseigne le métier. Après un certain nombre d'années, l'apprenti devenait compagnon et travaillait pour le maître, qui lui versait alors un salaire. Éventuellement, s'il possédait assez d'argent pour payer les redevances à la corporation et s'il avait toutes les qualifications nécessaires, il pouvait à son tour devenir maître. Son admission était subordonnée à l'exécution d'un ouvrage appelé « chef-d'œuvre », qui témoignait de la compétence qu'il avait acquise. Le maître ou patron était propriétaire de la matière première et des outils, et se chargeait de la vente des biens manufacturés. Au cours du temps, l'accès au statut de maître fut de moins en moins aisé et, après le XIVe siècle, il était devenu impossible à un compagnon de passer maître. C'est alors que, aux XIVe, XVe et XVIe siècles, les compagnons fondèrent leurs propres corporations, appelées « compagnonnages » en France et yeoman guilds en Angleterre, en vue d'obtenir des salaires plus élevés et de meilleures conditions de travail, en utilisant parfois la grève pour obtenir la satisfaction de leurs revendications. Caractérisés par une mission de secours mutuel, un objectif de défense des droits du travail et l'existence d'un fort contrôle sur leurs membres, les compagnonnages sont souvent considérés comme les précurseurs des syndicats modernes.
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