Chanel, Coco
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Chanel, Coco
3. La reine du « genre pauvre »

Immédiatement après la guerre, elle commence à édifier peu à peu l’une des maisons de couture les plus importantes de l’époque. Ses liaisons masculines lui donnant souvent de beaux motifs d’inspiration, c’est ainsi qu’elle crée des robes à motifs slaves du temps qu’elle fréquente le grand-duc Dimitri, cousin du dernier tsar de Russie. Plus tard, elle emprunte au duc de Westminster, réputé l’homme le plus riche d’Angleterre, des éléments de costume masculin, comme le chandail, la pelisse, le béret de marin ou la veste en tweed, et les adapte à la panoplie vestimentaire de la femme qu’elle souhaite moderne et dynamique, sachant allier le confort à l’élégance.

Une des premières à lancer la mode des cheveux courts, elle s’oppose résolument à la sophistication prônée par Paul Poiret (qui accusait Chanel de transformer les femmes en « petits télégraphistes sous-alimentés »). Elle privilégie une simplicité soigneusement étudiée, des tenues pratiques, comme le pyjama, à porter sur la plage comme en soirée ; les premiers pantalons, la jupe plissée courte, le tailleur orné de poches, mais aussi la célèbre petite robe noire (couleur jusqu’alors exclusivement réservée au deuil), fourreau sans col à manches longues mais sans poignets, en crêpe de Chine, moulant les hanches, correspondent parfaitement à la mode « garçonne » effaçant les formes du corps féminin. Maintes fois copiée, cette « Ford signée Chanel », ainsi que devait la qualifier le magazine Vogue, ne tardera pas à devenir un classique de la garde-robe féminine.

Récusant le qualificatif de « genre pauvre » souvent accolé à ses créations, Chanel entend distinguer la véritable sobriété du dépouillement : si la toilette féminine doit être simple, celle-ci, en revanche, doit être agrémentée d’accessoires. Chanel recourt, par exemple, à de faux bijoux mêlant pierres semi-précieuses, strass et fausses perles, ainsi qu’à des bracelets ornés d’un motif « croix de Malte », ou encore à des broches d’inspiration byzantine ou à motifs d’animaux, de fleurs ou de coquillages — à la création desquels ont présidé Étienne de Beaumont, Paul Iribe et surtout, entre 1929 et 1937, Fulco di Verdura, qui a su conférer aux bijoux de Chanel leur identité propre.

Personnalité du Tout-Paris, amie de Cocteau et de Diaghilev pour lequel elle créera des costumes de scène (le Train bleu, 1924), elle réalise également des costumes pour le cinéma, notamment, en 1939, pour la Règle du jeu de Jean Renoir.

Parallèlement, Chanel est la première couturière à lancer ses propres parfums, avec l’aide d’Ernest Beaux : N° 5, qui connaîtra une célébrité mondiale, mais aussi N° 22, Gardénia (1925) et Cuir de Russie (1926).

Chanel saura s’adapter aux mutations des années trente, au cours desquelles elle affrontera l’étoile montante de Schiaparelli. Privilégiant une silhouette plus féminine, elle présente notamment des robes du soir transparentes en mousseline de soie, en tulle ou en laize de dentelle, le plus souvent dans des couleurs faussement neutres (blanc, noir ou beige). Comportant une combinaison cousue à l’intérieur, la coupe très simple de ces robes permet à la femme du monde de s’habiller sans l’assistance d’une domestique. Un peu plus tard, elle crée les premières robes à balconnet, puis, en 1937, le style « gitane ». En 1939, à l’annonce de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, elle ferme sa maison de couture, se consacrant uniquement à son activité dans le domaine des parfums.