policier, roman
Dans le menu Fichier, cliquez sur Imprimer.
policier, roman
4. Roman policier traditionnel
1. Conan Doyle et l’invention de Sherlock Holmes

Demeuré jusque-là un avatar du roman noir et du récit fantastique, et pratiquement cantonné aux dimensions de la nouvelle, le roman policier ne devint véritablement populaire que lorsque le Beeton’s Christmas Annual publia, en 1887, Une étude en rouge, de sir Arthur Conan Doyle (où l’auteur fait d’ailleurs référence à Edgar Poe comme fondateur du genre) : le détective le plus célèbre de tous les temps, Sherlock Holmes, était né. Le père de Holmes, très influencé par Poe, dota son personnage des traits intellectuels de Dupin et d’habitudes tout aussi excentriques que les siennes, quoique différentes, car Sherlock Holmes, fils de son siècle, est marqué par la science et le positivisme. À l’instar de Poe, Conan Doyle raconta les exploits de son détective du point de vue de son plus proche compagnon, en l’occurrence le docteur Watson, incurable naïf.

Malgré le succès de Holmes, Conan Doyle, plus intéressé par d’autres genres romanesques, se lassa peu à peu de son personnage et tenta de le faire mourir dans le Dernier Problème, mais l’énorme popularité d’Holmes l’en empêcha, et le personnage survécut à son créateur, puisqu’il fut repris par d’autres auteurs. Ce phénomène de transfert d’un personnage d’un auteur vers un autre est d’ailleurs tout à fait typique du fonctionnement de la littérature dite « populaire », où la volonté du public intervient comme force contraignante dans le processus de production des œuvres. Le « canon », c’est-à-dire l’ensemble des énigmes originales de Sherlock Holmes, comprend quatre romans et cinquante-six nouvelles, écrits entre 1887 et 1927.

2. Élaboration d’un type de détective

Le succès de Sherlock Holmes rendit populaire le roman policier et lui donna les bases sur lesquelles il allait se développer. À partir de l’époque de Conan Doyle, en effet, les écrivains cherchèrent à créer des détectives capables de rivaliser avec son personnage. L’écrivain anglais G. K. Chesterton, dans les premières années du xxe siècle, donna vie au personnage du père Brown, un prêtre détective, et, en 1920, à l’aube de l’âge d’or du roman policier, la Britannique Agatha Christie fit naître miss Marple et surtout Hercule Poirot, fringant détective belge qui employait activement ses « petites cellules grises » à la résolution d’affaires criminelles. Aux États-Unis commencèrent les séries d'Ellery Queen, tandis que S. S. Van Dine (pseudonyme de Willard Huntington Wright, 1888-1939) contait les aventures du détective dilettante Philo Vance (la Mystérieuse Affaire Benson, 1926). À la même époque, un autre Américain, Earl Derr Biggers, inventait un fameux détective chinois, Charlie Chan. Parmi les autres écrivains des années 1930, citons l’Américain Rex Stout et son détective gourmet, Nero Wolfe, et l’Anglaise Dorothy Sayers, qui imagina un détective aristocrate, lord Peter Wimsey.

3. Élaboration d’une intrigue

L’exemple de Conan Doyle influença la mentalité et les aspirations littéraires des auteurs de romans policiers, qui eurent à cœur de distinguer leurs récits des autres œuvres de crime et de mystère en insistant sur l’énigme plutôt que sur le crime. Durant les années 1930, ces auteurs s’ingénièrent ainsi à fabriquer des énigmes de plus en plus élaborées et déconcertantes (comme le mystère des pièces verrouillées de l’intérieur de l’Américain John Dickson Carr). Dans certains cas, la complexité du récit était telle que le meurtrier finissait par être le moins suspect de tous les personnages. Agatha Christie excella particulièrement dans ce procédé ; l’exemple le plus remarquable et le plus extrême qu’elle en donna fut le Meurtre de Roger Ackroyd (1926), où elle opère une curieuse inversion des rôles par rapport aux habitudes du genre, puisque le meurtrier se révèle finalement être le narrateur lui-même. Cette veine de policiers classiques ne s’épuisa pas avec les années 1930 : Agatha Christie, Margery Allingham, Michael Innes, Nicholas Blake (pseudonyme de Cecil Day Lewis) et Ngaio Marsh poursuivirent tous leur œuvre après la guerre.

En France naquit en 1907, sous la plume de Gaston Leroux, le personnage Rouletabille, jeune reporter attaché au « bon bout de la raison ». Dans le Mystère de la chambre jaune, où il met en scène Rouletabille, l’auteur reprend avec habileté le principe du crime en lieu clos. Mais le plus célèbre policier français reste le commissaire Maigret, apparu en 1931 dans Pietr le Letton : le héros du romancier belge Georges Simenon aborde ses enquêtes d’un point de vue psychologique et social. Avec Maigret, le roman policier se fait également roman d’ambiance, et son intérêt dépasse la seule résolution de l’énigme. Le succès du genre en France est attesté par la création de collections entièrement consacrées à la littérature policière, comme « le Masque » ou « l’Empreinte ».