| policier, roman | Format lecture | ||||
| Dans le menu Fichier, cliquez sur Imprimer. | |||||
| 2. | Définition et caractéristiques du genre |
| 1. | Le roman à énigme |
Dans les romans policiers traditionnels ou « romans à énigme », l’intrigue débute par un meurtre. Elle se développe ensuite selon une chronologie inversée, puisqu’il s’agit pour l’enquêteur de retrouver ce qui s’est produit avant le crime sur lequel s’ouvre l’ouvrage. L’intérêt de l’enquête policière — interrogatoire de suspects et recherche minutieuse d’indices — porte sur le mobile, les circonstances et l’arme du crime : le détective parvient à la solution en éliminant les uns après les autres les suspects qui ne lui permettent pas de vérifier ses hypothèses.
Le roman policier est donc essentiellement bâti sur l’observation et le raisonnement logique ; pour le lecteur, le plaisir procuré par ce type d’ouvrages est celui d’un jeu, d’un exercice de réflexion et de déduction, où il s’identifie au héros tout en se mesurant à lui.
Afin de concocter un cas difficile pour le détective et intéressant pour le lecteur, l’auteur multiplie les obstacles matériels et les pièges logiques tout au long de l'enquête : plusieurs suspects, de nouveaux meurtres, des diversions et, souvent, des menaces contre l’enquêteur lui-même construisent un récit extrêmement complexe mais toujours cohérent. Au cours de son enquête, le détective fait part au lecteur de tous ses indices mais non de tous les raisonnements qu’il échafaude ; il ne démasque d’ailleurs le coupable qu’à la fin, où généralement il explique par quel moyen il a dénoué l’affaire. « Le lecteur et le détective doivent avoir les chances égales de résoudre le problème », a observé S. S. Van Dine, dans un article de Mystère magazine (1951) où il expose les vingt règles fondamentales du roman policier.
L’identification du lecteur au personnage du détective ou du policier chargé de l’enquête est renforcée lorsque ce dernier se confond avec le narrateur lui-même (récit à la première personne) ; mais, même dans le cas d’un récit à la troisième personne, l’enquêteur reste le personnage auquel le lecteur peut s’identifier : le roman policier exclut la possibilité d’une identification du lecteur au criminel et évacue ainsi chez lui tout sentiment de culpabilité. Le héros des romans policiers traditionnels est parfois accompagné d’un acolyte plein de bonne volonté mais peu habile et peu rigoureux dans l’art de la déduction logique, qui lui sert de faire-valoir (c’est le cas de Watson, compagnon de Sherlock Holmes, ou d’Hastings, associé d’Hercule Poirot).
| 2. | Évolution du genre |
Le roman policier contemporain a marqué une nette évolution par rapport au roman policier traditionnel dans le domaine de la caractérisation des personnages : tandis que l’enquêteur était habituellement un professionnel et un être d’exception, l’enquêteur des récits plus récents est un personnage ordinaire, plus proche du lecteur. Non seulement il n’est plus policier ni détective, mais c’est malgré lui qu’il se retrouve mêlé à un meurtre ou à une quelconque autre affaire policière : s’il se transforme en enquêteur, c'est par nécessité — par amour, par intérêt, ou pour « sauver sa peau », par exemple.
Si le roman policier est un genre conventionnel, obéissant à un certain nombre de règles reproductibles, la nécessité qui lui est faite, depuis plus d’un siècle d’existence, de se renouveler, l’a amené à jouer avec les normes mêmes qui le définissent. Le plaisir de lecture du roman policier est fondé sur des mécanismes aisément reconnaissables : il est fait à la fois d’identification et de distanciation, d’une lecture au premier degré et du plaisir de la reconnaissance des codes (lecture au second degré), de jeu et de sérieux, d’implication et d’ironie.
Le roman policier est un genre sériel fondé sur le double phénomène de la répétition et de la variation (c’est-à-dire qu’il se développe en séries de romans mettant en scène le même univers ou le même personnage, comme Sherlock Holmes ou Hercule Poirot). C’est cet aspect sériel, supposant des codes repérables, des personnages stéréotypés et une structure figée — aboutissant parfois, dans le pire des cas, à une « recette » facile — qui vaut au roman policier d’être classé dans la catégorie de la littérature populaire, voire de la paralittérature.