| Thiers, Louis Adolphe | Format lecture | ||||
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| 3. | Un orléaniste conservateur… |
Adolphe Thiers joue un rôle clef dans le renversement de Charles X et l’installation de Louis-Philippe sur le trône. Favorable à la monarchie constitutionnelle et parlementaire, il devient l’un des hommes du nouveau régime (voir monarchie de Juillet) : député d’Aix-en-Provence et conseiller d’État (1830), secrétaire d’État aux Finances (1830-1831), ministre de l’Intérieur (1832-1836), enfin président du Conseil et ministre des Affaires étrangères à deux reprises (1836, 1840).
Son action jusqu’en 1840 permet de brosser le portrait d’un politicien avisé, déterminé, fidèle à ses convictions, parfois paradoxales. En effet, Adolphe Thiers s’affirme parlementariste mais dans le même temps, par aversion pour les républicains et les légitimistes, il est intransigeant vis-à-vis de la liberté d’expression. Ainsi, en 1832, il fait arrêter la duchesse de Berry, représentante du parti légitimiste, qui a tenté de soulever le pays contre Louis-Philippe. De même, lorsqu’il accède à la présidence du Conseil, il adopte la théorie anglaise du gouvernement parlementaire : un ministère issu de la majorité et entretenant avec elle des liens étroits, sans que le souverain intervienne dans la conduite des affaires ; d’ailleurs sa formule « le roi règne mais ne gouverne pas » est restée célèbre. Mais tout parlementariste qu’il soit, il en profite pour museler l’opposition. En 1835 en effet, en tant que ministre de l’Intérieur, il restreint la liberté de la presse puis rétablit la censure, interdisant donc cette liberté au nom de laquelle il est entré en politique. Adolphe Thiers témoigne là de son appartenance au courant de la « Résistance », qui refuse dès 1830 d’aller au-delà des concessions constitutionnelles faites à l’issue de l’élection de Louis-Philippe. Ce conservatisme, partagé avec François Guizot, amène progressivement le régime vers l’ultra-conservatisme des années 1840-1848.
Homme d’ordre, Adolphe Thiers n’en est pas moins renseigné et visionnaire. Il pressent l’importance de la révolution industrielle et stimule, dès 1836, une ambitieuse politique de travaux publics. Sur le plan diplomatique, il cherche à affirmer la France sur la scène internationale et défend notamment — contre les Chambres — le principe d’une intervention en Espagne (1836), ce qui lui vaut sa première démission. Plus généralement, il sait flatter le sentiment national des Français, par exemple en négociant avec la Grande-Bretagne le retour des cendres de Napoléon (1840).