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| 2. | Des droits des bourgeois aux élites urbaines |
Le terme « bourgeois » désigne un groupe particulier dès le XIIIe siècle. L’émergence de la bourgeoisie est parallèle au développement du commerce en Occident (villes de foires) et à la constitution de centres urbains.
À l’origine, les bourgeois forment une catégorie de personnes jouissant de privilèges particuliers dans les villes. Ces avantages peuvent être de nature fiscale (ainsi en est-il des villes normandes depuis le XVe siècle) ou politique, accordés par la charte communale. On peut citer les élus de Toulouse, les capitouls, ou ceux de Bordeaux, les consuls. Les prérogatives attachées à ce statut leur accordent une réelle prépondérance dans l’administration des affaires de la cité : par exemple, ils autorisent le recours à la force publique, souvent constituée autour d’une milice de francs archers, c’est-à-dire des guerriers professionnels rémunérés par la commune. En ce sens, être bourgeois constitue donc une distinction dont on s’enorgueillit dans les actes publics.
Les dignitaires de ces fonctions sont principalement recrutés au sein de cette nouvelle catégorie de la population qui va s’enrichir grâce au commerce. Les membres des associations professionnelles structurant la plupart des métiers (ghildes ou guildes, jurandes, corporations, karités ou charités, confréries diverses) forment la nouvelle élite urbaine qui apparaît à l’époque féodale. Ces corporations, dotées de statuts extrêmement précis, assument à la fois des fonctions de sociabilité et de solidarité, des fonctions politiques (en encadrant les élections des dirigeants municipaux) et surtout économiques (en organisant la formation de la main d’œuvre et l’introduction de nouvelles techniques productives).
Les marchands d’eau de la Ville de Paris, par exemple, figurent parmi les plus illustres de ces confréries. Ce sont eux qui donneront à la ville ses armes.
Très vite, la royauté utilise la puissance des corporations urbaines contre les prétentions des grands féodaux. Pour témoigner de sa faveur à cette nouvelle classe qui s’enrichit, elle procède à l’anoblissement de certains élus de grandes villes comme Paris, Lyon, Toulouse. Cette marque de reconnaissance aboutit à la constitution d’une « noblesse de beffroi » ou « noblesse de clocher ». La bourgeoisie devient ainsi un vivier, offrant une alternative à la noblesse et au clergé, pour le service de l’État.
Cette politique instaure une dichotomie entre ceux qui peuvent prétendre aux plus hautes fonctions et ceux qui restent cantonnés au seul exercice de privilèges limités à quelques exemptions fiscales. Au-delà de la hiérarchie des richesses, elle reflète également une hiérarchie des fonctions qui valorise les activités liées au commerce (grands marchands, banquiers), ou les fonctions de nature politique, tels les magistrats ou les membres des Parlements.
Dès le XVe siècle, les ministres des grandes monarchies européennes, tel Colbert, sous le règne de Louis XIV, recrutent dans les rangs de la bourgeoisie les grands commis et les serviteurs de l’État. Grâce au système de la vénalité et de l’hérédité (1604) des offices, dont les plus prestigieux ont vertu anoblissante, cette nouvelle classe acquiert, outre le pouvoir économique, une influence politique et administrative grandissante. Cette évolution s’opère au détriment de la noblesse d’épée qui en sera réduite à jouer un rôle honorifique auprès du prince.