| Léonard de Vinci | Format lecture | ||||
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| 2. | Léonard de Vinci ou l’histoire d’un génie |
| 1. | Les années de formation à Florence |
Né le 15 avril 1452 dans la petite ville toscane de Vinci, près de Florence, Leonardo di Ser Piero da Vinci — dit Léonard de Vinci — est le fils naturel d’un notaire florentin promis à une brillante carrière et de Caterina, une jeune paysanne. Au milieu des années 1460, le jeune garçon — jusqu’alors élevé dans la campagne toscane par ses grands-parents paternels — rejoint son père à Florence.
| 1.1. | L’élève de Verrocchio |
Ne pouvant prétendre, du fait de sa naissance, aux carrières prestigieuses de la finance, du droit ou de la médecine, Léonard entre vers 1466 comme apprenti (garzone) dans l’atelier de Verrocchio — où il a pour compagnons Sandro Botticelli, Domenico Ghirlandaio et le Pérugin. C’est là que Léonard fait l’apprentissage de diverses activités, depuis la peinture de retables et de panneaux jusqu’à la sculpture monumentale de marbre ou de bronze.
En 1472, il est admis au sein de la confrérie des peintres de Florence — il figure toujours comme assistant de Verrocchio en 1476. De ces années de collaboration avec son maître, les historiens de l’art s’accordent à lui attribuer l’ange agenouillé dans la partie gauche du Baptême du Christ de Verrocchio (v. 1473-1476, galerie des Offices, Florence).
| 1.2. | Premières commandes personnelles |
À partir de 1478, Léonard devient un artiste indépendant. Sa première commande, un retable pour la chapelle du Palazzo Vecchio, n’a jamais été exécutée. De cette première époque florentine, encore fortement imprégnée de la manière de Verrocchio, datent le Portrait de Ginevra Benci (datation controversée entre 1474 et 1478, National Gallery of Art, Washington), l’Annonciation autrefois attribuée à Domenico Ghirlandaio (datation controversée entre 1475 et 1480, galerie des Offices, Florence), la Madone Benois (v. 1478-1480, musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg) et deux tableaux inachevés : Saint Jérôme (v. 1481, pinacothèque du Vatican, Rome) et l’Adoration des Mages (v. 1481, galerie des Offices, Florence). Ces commandes non honorées sont les premières d’une longue liste, et le manque de ténacité de Léonard va bientôt ternir aux yeux de certains le génie de l’artiste.
| 2. | Les années milanaises au service des Sforza |
Vers 1482, Léonard de Vinci entre au service de Ludovico Sforza, duc de Milan, qui a été séduit par les talents d’ingénierie militaire de l’artiste. Pour le duc de Milan, il s’occupe notamment d’ingénierie, de travaux hydrauliques, de poliorcétique, d’architecture et d’urbanisme. La pratique artistique n’est selon lui que l’une des nombreuses manières de découvrir le monde et de soumettre le savoir à l’expérience.
| 2.1. | Les différentes versions de la Vierge aux rochers |
Le début de sa période milanaise est marqué par une œuvre essentielle, la Vierge aux rochers, dont il existe deux versions (la première, exécutée vers 1483, est conservée au musée du Louvre de Paris ; la seconde, réalisée entre les années 1503 et 1506, se trouve à la National Gallery de Londres). Outre sa composition spatiale très particulière, ce tableau se caractérise par l’emploi d’une perspective aérienne originale, formulée par Léonard et aujourd’hui connue sous le nom de sfumato.
Peu après, il exécute pour la cour ducale le Portrait de Cecilia Gallerani, dit la Dame à l’hermine (v. 1490, musée Czartorycki, Cracovie), le Portrait d’une dame, dit la Belle Ferronnière (v. 1490, musée du Louvre) et probablement la Madone Litta (1490-1491, musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg).
| 2.2. | La Cène de Santa Maria delle Grazie |
De 1495 à 1497, Léonard de Vinci travaille à la Cène, une vaste fresque murale destinée au réfectoire du monastère de Santa Maria delle Grazie, à Milan. La Cène n’illustre pas seulement l’épisode éponyme des Évangiles, mais tente de restituer la diversité des réactions des apôtres lorsque Jésus leur annonce que l’un d’entre eux va le trahir. La composition est tout entière conçue pour magnifier la portée spirituelle de la figure du Christ, représentée dans un isolement symbolisant la dimension tragique et grandiose de son destin. « Le caractère divin de la peinture fait que l’esprit du peintre se transforme en une image de l’esprit de Dieu. » (Traité de la peinture) : sans doute cette réflexion postérieure du peintre s’applique-t-elle à la composition de ce chef d’œuvre.
Cependant, la technique que Léonard expérimente pour la Cène (tempera à l’œuf sur un arriccio très épais) ne permet pas une bonne conservation de l’œuvre. Depuis 1726, de nombreuses tentatives de restauration ont été entreprises, aggravant parfois son état. Toutefois entre 1977 et 1999, un programme conjoint de restauration et de conservation a permis de retrouver les couleurs d’origine et des détails jusqu’ici masqués.
| 2.3. | Dernières commandes non honorées des Sforza |
Au cours de son long séjour à Milan, Léonard de Vinci se montre très actif, laissant de nombreux tableaux et dessins (dont la plupart ont été perdus), des plans de théâtre, des planches architecturales et des modèles pour le dôme de la cathédrale de Milan. Il reçoit une commande pour un colossal monument de bronze à la gloire de Francesco Sforza, père de Ludovico, destiné à la cour du Castello Sforzesco. L’œuvre, connue par des dessins (v. 1490, château de Windsor, Grande-Bretagne), ne voit finalement jamais le jour. Lorsqu’en décembre 1499, la famille Sforza est chassée de Milan par les troupes françaises, le modèle grandeur nature de la statue est détruit. Léonard fuit la ville.
| 3. | Les années de maturité |
| 3.1. | La consécration artistique du Florentin : la naissance de la Joconde |
Établi à Florence entre 1500 et 1506, le maître voyage beaucoup dans les environs. C’est par exemple au cours d’un voyage à Mantoue qu’il effectue le portrait d’Isabelle d’Este (1500, musée du Louvre).
L’année 1502, Léonard est à Ferrare, au service de César Borgia, duc de Romagne et général en chef des armées du pape Alexandre VI, son père illégitime. En tant qu’architecte et ingénieur en chef, Léonard supervise les travaux des forteresses dans les territoires ecclésiastiques du centre de l’Italie.
À Florence, la Seigneurie charge Léonard de représenter la Bataille d’Anghiari dans la salle du grand conseil du Palazzo Vecchio qui doit faire pendant à la Bataille de Cascina confiée à Michel-Ange à la même époque — on connaît aujourd’hui ces œuvres par des copies des cartons, la plus connue étant due à Rubens (v. 1615, musée du Louvre). En janvier 1504, Léonard siège à la commission qui doit décider du lieu d’exposition du David de Michel-Ange (1501-1504, galleria dell’Accademia, Florence). Il prend également part, comme ingénieur, à la guerre contre Pise.
Léonard de Vinci exécute plusieurs portraits au cours de cette seconde période florentine dont celui de la Joconde (1503-1506, musée du Louvre), le seul qui soit parvenu jusqu’à nous. Ce tableau constitue le témoignage le plus direct de la poétique de la natura naturans selon Léonard. Commande du marquis Francesco del Giocondo, l’œuvre figurant un énigmatique portrait de son épouse Mona Lisa n’a pas été terminée dans les temps, ce qui a permis à l’artiste de la conserver jalousement dans ses trésors personnels.
| 3.2. | Le peintre des plus grandes cours d’Europe |
En 1506, Léonard demande un congé temporaire à la République florentine afin de se rendre à Milan pour y régler quelques affaires restées en suspens. Appuyé par son roi Louis XII (qui réside alors à Milan), le gouverneur Charles d’Amboise demande à l’artiste de prolonger son séjour. L’année suivante, Léonard est nommé peintre et ingénieur ordinaire de la cour de Louis XII. Il réalise les dessins du Monument équestre à G. G. Trivulce, commandeur des forces françaises de la ville (inachevé ; études et dessins à la Wallace Collection de Londres). De cette époque datent également la seconde version de la Vierge aux rochers (v. 1503-1506, The National Gallery, Londres), Léda et le cygne (v. 1505-1510, œuvre perdue) et la Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne (v. 1510, musée du Louvre). En 1513, la restauration des Sforza oblige le peintre, politiquement compromis, à quitter Milan.
De 1513 à 1516, Léonard de Vinci vit à Rome sous la protection de Julien de Médicis, le frère du pape Léon X — qui pour sa part lui préfère des artistes comme Raphaël, Bramante ou Michel-Ange. Il réside dans le palais du Belvédère, au Vatican, et semble se consacrer essentiellement à des expériences scientifiques. N’ayant conquis que son mécène (lequel aurait pourtant dit de lui : « Cet homme ne sait qu’imaginer, il est incapable de créer ! »), Léonard quitte Rome à la mort de ce dernier.
| 3.3. | L’ultime invitation : François Ier |
Sur l’invitation du roi François Ier, l’artiste se rend en France en 1516, avec plusieurs de ses toiles dont la Joconde (1503-1506, musée du Louvre), la Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne (v. 1510, musée du Louvre) et sa dernière œuvre, Saint Jean-Baptiste (v. 1515, musée du Louvre). Doté d’une belle pension et du titre de « premier peintre, ingénieur et architecte du roi », il reçoit commande de plusieurs travaux, dont le projet de construction du château de Chambord. Il passe les dernières années de sa vie au château de Cloux (aujourd’hui le Clos-Lucé, près d’Amboise), où il meurt à l’âge de 67 ans.
Par voie testamentaire, ses deux assistants et fidèles amis — Giacomo Caprotti, surnommé « Salaï » (petit diable), et Francesco Melzi — reçoivent respectivement plusieurs peintures et toutes les notes de l’artiste.