| Format recherche | Meyerhold, Vsevolod | Format lecture |
| 1. | Présentation |
Meyerhold, Vsevolod (1874-1940), acteur, metteur en scène et théoricien du théâtre russe, dont l’œuvre marqua le mouvement d’avant-garde des années vingt et trente.
| 2. | Contre Stanislavski |
Né à Penza (Russie), Meyerhold entreprend des études d’art dramatique au cours desquelles il a pour professeur le metteur en scène Nemirovitch-Dantchenko, qui l’intègre en 1898 à la troupe du Théâtre d’art de Moscou qu’il vient de fonder avec Stanislavski. Meyerhold y interprète notamment les rôles de Treplev dans la Mouette de Tchekhov, et de Johannes dans les Âmes solitaires de Gehart Hauptmann. Il ne tarde pas à s’opposer au culte de Stanislavski pour le drame réaliste, et à rejeter le principe de l’identification de l’acteur au personnage.
| 3. | Les années d’expérimentation |
En 1902, il quitte le Théâtre d’art et cherche à mettre au point une pratique théâtrale plus stylisée. Il est tour à tour metteur en scène au Théâtre-Studio de Stanislavski (1905), au Théâtre dramaturgique Vera Komissarjevskaïa (1906-1907), puis dans les théâtres impériaux (de 1908 à 1917) où il a toute liberté pour créer des spectacles « esthétisants ».
Durant cette période, il mène des recherches dans les domaines plastique et musical et met en scène Maeterlinck, Ibsen, Hamsun, ainsi que des auteurs symbolistes russes. Il expérimente tous les procédés scéniques possibles (suppression du rideau de scène et de la distinction scène-salle, fragmentation de l’espace scénique grâce à l’éclairage en faisceaux, utilisation de praticables dans la dimension verticale du théâtre, montage d’éléments vocaux, rythmiques, gestuels, etc.) et s’inspire de formes théâtrales diverses, aussi bien improvisées que traditionnelles, comme la commedia dell’arte, le théâtre d’Extrême-Orient, le cirque (clowns, acrobatie, jonglage) et le théâtre de foire. De ces années d’expérimentation datent des mises en scène importantes comme le Dom Juan de Molière (1910), Tristan et Isolde de Wagner (1909) ou le Bal masqué de Lermontov (1917). Ses conceptions antiréalistes sont développées dans deux essais : Un théâtre théâtral et Du théâtre (1912).
| 4. | L’« Octobre théâtral » |
Au lendemain de la Révolution russe de 1917 — Meyerhold est l’un des premiers artistes à rallier le bolchevisme et s’inscrit en 1918 au Parti communiste —, il fait figure de chef de file de l’avant-garde théâtrale en Russie. Il lance l’« Octobre théâtral », prend la direction des Théâtres de Petrograd, puis de Moscou, et met en scène les pièces comiques et didactiques de Maïakovski (Mystère bouffe, 1918 ; la Punaise, 1929 ; les Bains, 1930). Il travaille avec des auteurs et des peintres issus du constructivisme et imagine une scénographie dynamique à l’aide d’échafaudages géométriques, d’échelles, de plates-formes et d’écrans mobiles. Le Cocu magnifique de Crommelynck, en 1922, est sa première mise en scène constructiviste.
Ses jeunes acteurs, véritables gymnastes et acrobates, sont soumis à un entraînement rigoureux, comprenant un système d’exercices mentaux et physiques appelé « biomécanique ». Inspirée de ses travaux autour du théâtre asiatique et du cirque, la biomécanique, qui tient l’acteur pour une machine vivante, est censée lui donner la capacité de contrôler très précisément ses émotions et ses mouvements.
Meyerhold s’attache également à une « relecture » provocatrice de classiques russes et européens, comme la Forêt d’Ostrovski (1924) et le Revizor de Gogol.
| 5. | Victime du stalinisme |
À partir de 1932, refusant de se conformer au programme stalinien de réalisme socialiste, Meyerhold est la cible d’attaques incessantes. En 1936, il est accusé de formalisme et de déviationnisme et répond à ses accusateurs et imitateurs dans un discours : Meyerhold contre le meyerholdisme. Ses mises en scène sont interdites. Il est privé de son théâtre en 1938, arrêté en 1939 et fusillé en 1940 par la police secrète soviétique après plusieurs mois d’incarcération. Il sera réhabilité à la fin des années cinquante.
Voir aussi drame et art dramatique ; théâtre (spectacle).