Turner, Joseph Mallord William
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Turner, Joseph Mallord William
3. Évolution du pinceau de Turner

Les premières œuvres de Turner sont surtout des aquarelles et ses sujets des paysages : le Panthéon le lendemain de l’incendie (1792, aquarelle sur crayon, British Museum, Londres) ou la Cathédrale de Lincoln (1795, aquarelle sur crayon, British Museum). À partir de 1796, il commence à exposer ses premières peintures à l'huile, imprégnées de la vibration chromatique déjà présente dans ses aquarelles — la Dixième Plaie d’Égypte (1802, huile sur toile, Tate Britain, Londres).

De son premier voyage sur le continent (1802), Turner rapporte la technique picturale des peintres français du XVIIe siècle, Nicolas Poussin et surtout Claude le Lorrain. L'utilisation que fait ce dernier des variations atmosphériques transparaît dans Lever de soleil dans la brume : pêcheurs nettoyant et vendant le poisson (1807, huile sur toile, The National Gallery, Londres) et son traitement des formes architecturales est manifeste dans Didon construisant Carthage ou la montée de l’Empire carthaginois (1815, toile, The National Gallery, Londres) et dans son pendant, le Déclin de l’Empire carthaginois (1817, toile, Tate Britain). Malgré ces influences fortes, sa peinture jusqu’alors classique se fait plus romantique comme le souligne prosaïquement l’écrivain Oscar Wilde : « Avant Turner, il n’y avait pas de brouillard à Londres ». Dans les scènes mythologiques et historiques pittoresques qu’il dépeint, les couleurs sont désormais tamisées tandis que les détails et les contours sont mis en évidence.

Son premier voyage en Italie, en 1819, marque également un tournant dans la peinture de Turner. À son retour, ses œuvres sont caractérisées par des couleurs plus brillantes et par la diffusion de la lumière. Dans Rome vue du Vatican, Raphaël accompagné de la Fornarina prépare ses tableaux pour la décoration de la loggia (1820, huile sur toile, Tate Britain), la Baie de Baiae, Apollon et la sibylle (1823, huile sur toile, Tate Britain) et Ulysse raillant Polyphème (1829, huile sur toile, The National Gallery, Londres), l'utilisation de la lumière donne une radiance particulière aux couleurs et adoucit les ombres, les formes architecturales et topographiques. Au cours de cette période, il réalise également une série de vues de Venise à l'aquarelle, notamment Venise : San Giorgio Maggiore vu de la Dogana (1819, British Museum), Orage à Venise (1840, British Museum) ou le Grand Canal à Venise (1840, British Museum).

Le génie artistique de Turner atteint son apogée dans les œuvres telles que Tempête de neige, vapeur au large d’un port (1842, huile sur toile, Tate Britain), Paix, funérailles en mer (1842, huile sur toile, Tate Britain) et Pluie, vapeur et vitesse (1844, The National Gallery, Londres). Utilisant à l’extrême l’abstraction qui caractérise ses dernières compositions, il parvient à un sens vibrant des forces en représentant les objets comme des masses indistinctes à l'intérieur d'un halo de couleurs chaudes. Contemporain de la révolution industrielle, il centre alors ses compositions autour d’un tourbillon qui n’est pas sans évoquer « la lumière spéciale née des brumes industrielles » (Roland Marx). Parmi les autres œuvres célèbres de cette période, citons le Vaisseau de ligne « le Téméraire » remorqué à son dernier mouillage pour y être démoli, 1838 (1839, The National Gallery, Londres) et Arrivée à Venise (1844, National Gallery of Art, Washington).